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 We might fall [Zacharius]

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+ SORCIER DEPUIS LE : 06/05/2016
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Message Sujet: We might fall [Zacharius]   Dim 29 Mai - 18:39

We might fall

« … et c'est pour ça que j'aime les canards roses » concluait le patient qui racontait sa vie (palpitante) depuis déjà vingt-trois (longues) minutes à un Alékseï luttant de toutes ses forces pour ne pas céder à la pulsion demandant qu'il prenne ses jambes à son cou.
« Je vois. » L'ennui s'entendait jusque dans l'accent russe du soigneur.

Quand les médecins disent ça, en général, c'est parce qu'ils n'ont rien écouté à ce que vous venez de leur raconter et qu'ils cherchent à gagner du temps afin de faire dévier le sujet vers quelque chose de moins barbant, l'air de rien. Toutefois, le prince moldu voyait vraiment. Et pas seulement avec ses beaux yeux gris. Son aptitude pour la légilimancie lui permettait de lire très profondément dans les âmes et d'aller y puiser des informations que même une pleine barrique de veritaserum n'aurait pas su obtenir.

Il sortit sa montre à gousset de la poche intérieure de son veston et consulta l'heure. Hum. Bientôt la fin de sa journée. Il allait enfin pouvoir rentrer chez lui, à l'abri de toute pensée, de toute émotion, de tout sentiment qu'il lisait toujours trop facilement, presque par réflexe. User de la légilimancie lui était aussi naturel que respirer mais, parfois, il parvenait à la mettre en sourdine. Son oncle le lui avait appris afin qu'il ne devienne pas fou. Une précaution salvatrice quand on était aussi doué qu'il l'était dans cette discipline.

En effet, chaque sortie en public apportait nécessairement avec elle son lot de souvenirs. Et, entendons-nous bien, des souvenirs étrangers aux siens. Il passait devant une boulangerie et, hop, il voyait la satisfaction de l'homme qui sortait les pains du four il y a une heure à peine. Il cheminait le long de la Tamise et, hop, il saisissait les espoirs de résultats d'un coureur en train d'y faire son jogging en consultant sa montre. Il était comme un aimant.
Souvent, il se disait que les gens ne sortiraient plus de chez eux s'ils se rendaient compte à quel point il était facile de les lire. Pour les legilimens, leurs sentiments étaient aussi clairement affichés à l'extérieur de leur corps que s'ils se les étaient faits tatouer. Alékseï ne cherchait même pas à les lire, pourtant, ils sautaient sur lui, agrippaient son cœur et harcelaient son esprit jusqu'à ce qu'il les ait déchiffrés et compris.
Le soir, il rentrait dans l'asile de son appartement, psychologiquement épuisé.

« Soigneur Dolgoroukov ? »
« Hm ? »

Alékseï avait tellement eu l'habitude se faire appeler Jolene Belephor dans le monde sorcier d'Europe de l'Est qu'il avait parfois du mal à réagir à son nom de baptême. Jolene était son alias d'espion quand il travaillait pour Dumbledore en tant qu'agent infiltré chez les mages noirs là-bas. Il aurait été dangereux de le conserver en Angleterre. Il l'usait encore parfois, quand il retournait pour ses visites à la prison de Nurmengard  pour voir un patient qui n'acceptait de parler qu'à lui. Gellert Grindelwald, un sorcier fascinant. Un ami personnel de son grand-père. Dumbledore avait tout de suite compris que Alékseï et Gellert entretiendraient une relation spéciale mais il ne considérait pas leur bonne entente comme une trahison de son esprion. Après tout, lui aussi, en son temps, était tombé sous le charme de cet homme.

« Vous êtes encore là alors que vous avez dit que vous deviez partir plus tôt parce que vous recevez du monde, ce soir. »
Au moment où la remarque de son patient atteignit son esprit, un sourire gigantesque fendit le visage du prince russe en deux et il s'exclama :
« C'est exact ! Il faut que je me dépêche. J'ai un repas à faire. » Il essayait toujours de faire des phrases courtes pour éviter les fautes d'anglais.
« Ooooh, vous cuisinez ? Vous avez l'air drôlement content, tout à coup. C'est un dîner en amoureux ? Avec une jolie sorcière ? »
Les patients d'Aléseï semblaient toujours préoccupés par le fait que leur séduisant soigneur était célibataire et la plupart cherchait toujours à le caser avec des membres de leur famille ou des amis ou des amis d'amis apparemment merveilleux et désespérément seuls aussi. Le sourire du rouquin se gorge d'ironie. Il aurait voulu répondre : Non, avec un beau sorcier. Qui a un corps parfait et un esprit plus affûté qu'une lame. Vous verriez ses yeux.... Deux saphirs. Et une bouche qui appelle au péché. Sauf que, évidemment, il ne pouvait pas dire cela. Pour plusieurs raisons d'ailleurs. Il se contenta donc de lui adresser un clin d'oeil que le client interpréta à tord comme un aveu et il sortit de la chambre d’hôpital après ses dernières recommandations.

L'appartement londonien d'Alékseï n'avait évidemment rien à voir avec le palais qu'il occupait en Russie avec sa famille. Disons que la taille du lieu était beaucoup plus modeste. Il n'y avait pas de pièces en trop (bien que sa mère pouvait trouver une justification au moindre mètre carré dont elle était la propriétaire). Le mobilier était différent aussi, moins ancien empire et plus années 70. Il avait gardé les lustres massifs qu'il affectionnait par contre et les nombreuses bustes et statues trahissaient son amour pour la sculpture. Il y avait beaucoup de plantes parce qu'il aimait la verdure. Les murs qui n'étaient pas occupés par des bibliothèques étaient surchargés de tableaux et de photographies représentant les personnes de sa famille, décédées ou encore en vie. Un vrai arbre généalogique pour celui qui savait le lire. Ces images étaient importantes pour lui. Un œil entraîné aurait pu remarquer que sa sœur figurait sur le plus grand nombre. Elle lui manquait terriblement... Lui même posait pour quelques clichés et, si on ne regardait pas assez bien, cela aurait pu passer inaperçu tant la barbe qu'il portait aujourd'hui et ses cheveux plus longs et indomptés changeaient son visage.

Près de deux heures plus tard, le dîner était prêt. Son doux fumet envoûtait les narines jusque dans l'entrée. Alékseï avait cuisiné des choses qu'il était certain de voir Zacharius apprécier. Par expérience, parce qu'ils se fréquentaient depuis plusieurs mois déjà, ou par observation et déduction. Il aimait être derrière les fourneaux et régaler ses invités, d'une manière générale, mais son enthousiasme à la tache était toujours doublé quand il s'agissait du britannique.
Il ne se souvenait pas vraiment dans quel sens tout ça s'était passé. C'est-à-dire à quel moment exactement il était tombé amoureux de lui. Était-ce quand il était entré dans la salle d'attente de Sainte-Mangouste, dans l'aile de psychomagie, qu'il avait appelé le nom de Zacharius avant de lever la tête de son agenda pour poser ses yeux dans les siens ? Ou seulement plus tard, quand le sorcier avait commencé à lui parler de lui, de son histoire triste comme les pierres ? Ou bien quand Alékseï s'est servi de la legilimancie pour effleurer son esprit abîmé par les doutes et les peurs profondément enfuis sous une bonne couche de fausse assurance ? Oui, c'était dur à dire. Quoi qu'il en fut, le prince était à présent pétri d'affection pour lui. Il se doutait bien qu'il ne s'en tirerait pas à si bon compte, qu'un jour toute cette indulgence reviendrait lui exploser à la figure, mais dans l'intervalle il n'avait ni la force ni la volonté de s'y opposer. Ni de tenter quoi que ce soit d'ailleurs. Le désirer de loin était suffisamment. Pour le moment.



Vues de l'appartement d'Alékseï : (cliquez pour agrandir)
   





« Zacharius » La joie de le voir était perceptible dans l'exclamation qu'Alékseï poussa en ouvrant sa porte. Son accent russe rendait la fin du prénom presque méconnaissable. Le gaillard aux boucles rousses posa une paluche sur son avant-bras et l'attira contre lui pour tapoter son dos de l'autre main, dans une accolade toute masculine. Avant de lui rendre sa liberté, il écrasa un baiser sur sa joue mais c'était là une pratique courante en Europe de l'Est, il ne fallait pas y voir d'ambiguïté. « Tu es venu. Je suis content. Entre. » Ça aurait quand même été dommage de mettre ce délicieux dîner à la poubelle.

Avec une galanterie d'ordinaire réservée aux dames, Alékseï offrit de débarrasser son ami de son manteau afin de l'accrocher au porte-manteau. Lui même était vêtu d'un pantalon de costume noir et d'une chemise blanche impeccable. Un tablier rouge un peu tâché en revanche surmontait son accoutrement. Un gant de cuisine dépassait de la poche ventrale.
Le nouvel arrivant n'avait pas fait dix pas dans l'appartement que des miaulements s'élevèrent de la pièce d'à coté. Ils amplifièrent comme son point d'émission se rapprochait rapidement de leur position et ils virent bientôt débarquer Milovidnii, le chat-léopard de l'Amour (c'est pas des conneries, ça existe) que le prince avait recueilli avant d'arriver à Londres. Un animal typiquement russe, comme son propriétaire. Le félin trottina vers le mangemort jusqu'à poser ses pattes avant sur ses chaussures et frotter sa tête contre son tibia.

« Milo'» Alékseï sourit à son petit compagnon sur quatre pattes. « Tu ne salis pas les souliers de notre ami, oui ? »
Bon, c'était presque ça. C'était compréhensible en tout cas. Et puis, les femmes trouvaient que les défauts d'élocution ajoutait à son charme.
Le rouquin résista à l'idée de se baisser pour prendre Milovidnii dans ses bras - parce qu'il cuisinait et que ce n'était pas très hygiénique quand même – et glissa une main dans le dos de Zacharius pour l'inviter à poursuivre son chemin jusque dans le salon. La table était élégamment dressée. Les bougies des chandeliers étaient éteintes toutefois. Dans un angle de la pièce, un harfang des neiges somnolait sur un perchoir. L'arrivée des humains et du chat-léopard lui fit ouvrir un œil et pousser quelques hululements contrariés. « Doucement, Cierij » commanda le sorcier en terminant sa phrase en russe. Le volatile se calma immédiatement et recommença à roupiller. Milo, quant à lui, avait sauté sur un fauteuil et s'était roulé en boule sur l'accoudoir. « Je t'en prie, installe-toi, Zacharius. J'ai ouvert du vin pour nous. Je vais chercher les verres. » Il gratifia son invité d'un sourire et rejoignit la cuisine.



Photographies d'Alékseï, de sa soeur Natalia et de sa mère Amelia pouvant être vues sur les murs : (cliquez pour agrandir)
   




Après une dernière vérification du coté des casseroles, Alékseï éteignit le gaz et ôta son tablier. Puis, il attrapa deux magnifiques verres à pied dans le vaisselier, versa un excellent Châteauneuf-du-Pape  dans chacun d'entre eux et rejoignit le mangemort dans le salon. Il lui tendit son verre. « Je crois tu ne travaillais pas aujourd'hui. Tu as peint, peut-être ? Ou fait des bêtises avec un chaudron ? »

Alékseï s'installa en face de Zacharius et porta le vin rouge à ses lèvres, sans cesser de sourire au britannique. Tout, du décor baroque chargé de la pièce au maintien parfait de l'hôte indiquaient que cet homme n'était pas un être humain lambda. Son charisme était presque palpable et il dégageait un genre d'aura admirable qui n'appartenait qu'aux princes. Il semblait tout à fait serein et sûr de lui. Un maître en sa demeure. Milo se leva pour venir s'asseoir à coté de l'orphelin, avide de caresses. Sur son perchoir, Cierij battit plusieurs fois violemment des ailes mais ne dit rien.

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LA NÉBULEUSE DES SENTIMENTS

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Message Sujet: Re: We might fall [Zacharius]   Mar 21 Juin - 23:51

Son travail pour le Ministère n’avançait pas, et par là sa mission pour le Seigneur des Ténèbres non plus. Il avait beau essayer, réessayer de créer le charme à double-sens qui lui permettrait de contrer les Aurors, il finissait toujours inlassablement pas se trouver face à une porte bloquée. L’agacement empêchait ses neurones de fonctionner correctement, alors Zacharius s’était jeté sur sa journée de repos.

Dans sa petite maisonnette de campagne, il avait rapidement fini par tourner en rond, comme un lion en cage. Ni le chaudron vide, ni la toile blanche n’avait réussi à attiser l’étincelle de son esprit. Il en était venu à un point où il était bien trop épuisé pour réfléchir, mais bien trop actif pour se reposer. Après avoir passer plusieurs heures à faire des aller retour entre ses tâches de peintures et ses mélanges ratés, Zacharius avait fini par s’effondrer sur son canapé. La tête basculée en arrière, ses pensés volaient trop vite pour qu’ils les décryptent. Il ferma les yeux pour rejeter la migraine naissante et essaya de se détendre.

Sans succès. Ses doigts pianotaient nerveusement sur le bord de son vieux canapé dé fraichi. L’ancien Serdaigle n’avait pour réconfort que la promesse d’une soirée en charmante compagnie. La rapidité avec laquelle la présence de son psychomage attitré lui était devenue vitale était effrayante. Le mangemort était incapable de qualifier leur relation. Le mot ami semblait être légèrement à côté de la réalité, pourtant le brun n’avait pas l’impression de nourrir à l’égard d’Alékseï des sentiments amoureux, peut-être tout au plus une attirance ensorcelante. Peut-être qu’il se sentait tout simplement bien auprès de lui, à sa place, chose des plus rares.

Ses vagues occupations de la journée ne le divertissaient pas assez pour oublier que les secondes étaient bien trop longue à s’écouler, et lorsque l’heure s’approcha, Zacharius se leva d’un coup sec de son canapé et se dépêcha se s’apprêter, alors qu’il tranait encore dans son informe pantalon de coton et sa chemise tâchée. Pas question d’apparaître négligé devant Alékseï, surtout qu’il lui fait – encore une fois – l’honneur de lui offrir le repas. Ayant revêtu une apparence civilisée, il attrapa un petit paquet nué d’un ruban, puis transplana devant la porte du russe.

« Bonjour Alékseï. » Lui répondit l’expérimentateur avec un large sourire, illuminant son visage fatigué et ses traits tirés, en lui rendant son accolade. La chaleur de son ami ne le surprenait plus, il en tirait même certains réconforts. Avec politesse, il inclina légèrement sa tête en signe de remerciement pour l’invitation à entrer – manger sur le pallier n’aurait tout de même pas été très commode. Sans un mot, toujours un peu intimidé par charisme du russe, il le laissa débarrasser son manteau, tout en prenant soin de ne pas lâcher son petit paquet. Remarquant, un peu gêné, que la chemise enfilée à la va-vite qu’il croyait propre était constellée de tâches de peintures, Zacharius tira sur son gilet pour cacher ses méfaits, tandis qu’un miaulement sonore retentit dans l’entrée. « Bonjour Milo », murmura le mangemort à l’adorable félin – et gigantesque – en glissant ses doigts dans son pelage. « Ne t’inquiète pas, mes chaussures on vécut pire comme agression. » Plaisanta l’homme lorsque celui-ci réprimanda son animal. En effet, ses vieilles chaussures en cuir portaient les traces de ses essais successifs de créer une potion digne de ce nom.

Il n’eut pas plus le temps de s’attendrir envers la créature, car Alékseï était encore en train de le guider de nouveau. Peu habitué au contact humain en règle général, Zacharius réprima un frisson au contact de sa main niché dans son dos. Comme à son habitude, son ami c’était surpassé, le russe était un hôte de qualité qui ne faisait pas les choses à moitié. « Tu n’étais pas obligé, tu sais. Tu me gâtes, vraiment. » Avant de s’installer, l’ancien Serdaigle posa délicatement son petit paquet à la place de son hôte, et alla lui-même s’installer tandis que le russe s’activait. Les effluves qui s’échappaient de la cuisine chatouillaient agréablement ses narines.

Être ainsi à la place de l’invité, de l’hôte d’honneur, était une chose dont le mangemort n’avait pas l’habitude. Pas plus qu’être accueilli, attendu, choyé. Il ne voyait ses très rares amis qu’en coup de vent, seul Alékseï se permettait de lui offrir ce traitement de faveur. Et Zacharius savait pertinemment que cela ne résultait pas que de la nature généreuse de l’homme, sans trop oser se l’avouer. Il y avait dans son regard un lueur qu’il ne connaissait que trop bien, pour avoir vu la même dans le reflet des yeux de Willem.

Maître de maison exemplaire, Alékseï ne s’installa qu’après avoir vérifié tous les préparatifs de leur futur festin. Patient et poli, Zacharius l’attendit le nez en l’air, observant la pièce. La décoration très chargée l’avait toujours passionné, de même que les portraits, vestiges d’un passé décimé. L’odeur du papier en décompositions des vieux livres se mêlait avec celle du plat sur le feu. L’atmosphère de la maison avait pour effet de détendre instantanément les muscles noués du mangemort, qui accepta avec plaisir le verre de vin.

« Un peu des deux peut-être, ni l’un ni l’autre à la fois. Oui j’ai pris ma journée, je n’arrive ni à dormir ni à me concentrer ces derniers temps. » Le brun se stoppa, ne désirant pas avoir à table le type de conversation qu’il destinait au salon de consultation de son ami. « Sinon je t’ai apporté une babiole, ouvre. » Continua Zacharius, comme si de rien n’était, accompagnant sa parole d’un vague geste de main avant de boire de vin. Reconnaissant de tout ce que Alékseï faisait pour lui, l’expérimentateur aimait ramener un petit quelque chose à chaque fois qu’il l’invitait à sa table. Cette fois-ci, il avait trouvé une petite girafe taillée dans du bois, au détour d’une brocante dans une adjacente au chemin de Traverse. « Je n’ai fait que de me languir de ce repas aujourd’hui. » Lança le brun à son hôte en rigolant, tandis qu’il déballait son cadeau. « Je crois que j’ai encore eu l’espoir de devenir peintre, puis je me suis souvenu que ce n’était pas une bonne idée en remarquant que je faisais plus de tâches sur mes chemises que sur mes toiles. » Zacharius leva sa manche de chemise tâchée pour étayer ses propos. « Et toi, comment tu vas ? Ton travail ? » Continua l’homme d’un ton neutre.

Cela faisait quelques temps qu’il ne s’était pas présenté à son cabinet. Le mangemort passait une période particulièrement troublé, ses heures de sommeils diminuaient à mesure que ses humeurs devenaient imprévisibles, et il ne tenait pas à faire la moindre bourde en face de son ami. Il savait le sort qui était réservé à ceux qui en savaient trop sur le camp des Ténèbres, et tenait malgré lui beaucoup trop à Alékseï, sa présence était comme vitale à son bien-être. Naïf, il eut l’espoir que son psychomage attitré ne remarque pas les cernes sombres qui soulignaient ses yeux.

« Merci de m’avoir invité, comme d’habitude c’est un véritable plaisir ! » Lança l’homme, enjoué. Pour détourner l’attention de son ami de son état de fatigue extrême, il n’avait pas besoin de surjouer. La présence du russe lui provoquait un shoot d’adrénaline.

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"Why does a wise man take leave of his senses? Where is that fine line where sanity melts? When does intelligence give way to madness? A moment comes when a man becomes something else…" Jekyll & Hyde. ©️ Joy


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Message Sujet: Re: We might fall [Zacharius]   Ven 29 Juil - 15:59

Alékseï avait grand plaisir à recevoir des gens chez lui. Toutefois, ce plaisir général n'avait encore rien à voir avec le plaisir particulier qu'il avait à recevoir Zacharius chez lui. Il le regardait, assis sur son canapé, Milo roulé en boule contre sa cuisse, et il se disait qu'il allait parfaitement dans le décor. Il y avait sa place. Il aurait voulu la lui proposer en tous cas.

Plusieurs fois, durant leurs séances à Sainte-Mangouste, le psychomage avait eu envie de faire une entorse à l'éthique et de sonder les pensées de son ami pour savoir ce qu'il pensait de lui. Pour savoir s'il lui plaisait. Physiquement. Il s'était interdit cette coquetterie mais la tentation était toujours présente. Un autre que lui, moins respectueux et moins sage, aurait sans doute céder. Après tout, le lien ne fonctionnait que dans un sens. Aurait-il cherché l'information dans sa tête que Zacharius n'en aurait jamais rien su. Bien qu'il avait très envie de connaître la réponse - et qu'une négative lui aurait causé une déception légèrement pénible – c'était bel et bien l'éthique qui l'avait fait renoncer à regarder dans son esprit.
Il n'y avait pas de demie vertu et Alék comptait garder la sienne intacte. Au moins jusqu'à ce qu'il retrouve le Mangemort responsable de sa mort de sa sœur et qu'il ne le tue avec sa propre baguette, sans le livrer aux autorités magiques.

Le prince russe ne fut pas surpris d'apprendre que le sommeil de son ami était troublé ces derniers temps. Les cernes sous ses superbes yeux bleus l'avaient déjà trahi. Elles n'enlevaient rien à son charme mais ajoutaient au souci qu'il se faisait pour sa santé. Comme il aurait voulu pouvoir lui proposer de s'étendre sur son lit le temps d'une sieste. Il aurait alors pu d'un amour chaste masser son corps endolori par les ennuis et ainsi chasser ses mauvais rêves. Avec un ange-gardien comme Alékseï Dolgoroukov, nul cauchemar ne franchirait la porte de son sommeil.

Alék lui sourit avec tendresse et il posa son verre sur une sellette adjacente pour attraper le petit paquet qui était apparu sur la table du salon. Sans savoir encore ce qu'il renfermait, il le chérissait déjà – pour une raison que le lecteur aura compris seul s'il a bien lu les précédents paragraphes. Sans quitter son ami des yeux, il défit l'emballage. Quand il posa enfin ses prunelles sur son contenu, son sourire s'agrandit et se mordit la lèvre inférieure pour l'empêcher de lui fendre le visage en deux. C'était une petite sculpture de girafe en bois, qui était rendue encore plus mignonne par la grandeur des mains qui la tenaient avec toute la précaution dont elles étaient capables.
A coté du mangemort, Milovidnii avait relevé la tête, curieux, pour voir ce dont il s'agissait. Comme pour transmettre les remerciements de son maître, l'animal frotta sa tête contre la cuisse de leur invité en ronronnant.

« Elle est adorable. Je la garderai précieusement. Merci beaucoup, Zacharius. »

Il lui avait déjà trouvé une place : sa table de chevet. Après avoir caressé encore quelques instants le bois finement sculpté de l'animal, le sorcier déposa la girafe sur la sellette, fit une boule avec le papier d'emballage et l'agita brièvement pour attirer l'attention de son chat-léopard qui sauta immédiatement sur ses quatre pattes, prêt à l'action. Il lança la boule à travers la pièce et Milo s'élança à sa poursuite, délaissant la compagnie des humains pour quelques minutes de jeu innocent.

« Passons sur la table de la salle à manger, je vais servir le repas bientôt. »

La table était déjà dressée de l'autre coté de la pièce. Il n'y avait pas porte qui la séparait de l'espace salon où les deux hommes s'étaient d'abord assis mais l'ambiance était quand même changée grâce à la décoration des murs. En effet, de ce coté, plus de photographies de famille au mur mais des tableaux immenses représentant des paysages de sa Sainte Russie. Souvent la pleine nature, parfois des palais somptueux. On pouvait dire que les cadres, qui avaient manifestement traversé les siècles, avaient été ouvragés avec de véritables feuilles d'or. Les chandeliers sur les meubles étaient bronze. Les tentures en velours finement brodé. Le moindre objet ici semblait briller de sa propre noblesse.
Alékseï tira une chaise pour indiquer à son invité de prendre place ici. Il resta derrière pour la rapprocher de la table, prenant garde à ne pas taper l'arrière des genoux de Zacharius. Les moldus auraient sans doute été au moindre mot étonné de voir ainsi un prince honorer un orphelin.
Machinalement, comme il l'avait déjà fait dans la confidence de son cabinet à Sainte-Mangouste, le sorcier posa ses grandes mains sur les épaules du mangemort et commença à les masser doucement. C'était un art dans lequel, plus qu'en magie même, il excellait. Tout en s'affairant à défaire des nœuds dans les muscles de son camarade, il dit :

« Ne sois pas si dur avec toi. Pour ta peinture. Connais-tu le... hum... je crois dans ta langue on dit le constructivisme russe. Kazimir Malevich a peint une toile qui porte le nom de 'Carré blanc sur fond blanc'. Et c'est juste cela. Un carré blanc sur une toile blanche. L'art n'est pas une seule chose. C'est une infinité de choses. Toujours imparfaites. Pour les taches par exemple, il y a Jackson Pollock. Alors il n'y a pas de raisons pour que les tiennes soient moins intéressantes. »

Il plaisantait pour le dernier point bien sûr. Il savait bien que Zacharius ne voulait pas peindre des taches. Une de ses mains remonta sur sa nuque et se mit à la masser aussi en poursuivant :

« D'ailleurs, je suis toujours dans l'attente d'acheter un tableau de toi. Ton prix sera le mien. Je veux absolument posséder une toile que tu as peint. »

Alékseï n'avait jamais été aussi sérieux à propos de quelque chose. Il retira ses mains dans épaules de son invité, mettant fin au massage, pour se diriger vers la cuisine.
Il ôta le couvercle de la marmite qui contenait sa viande et il en servit consciencieusement dans deux assiettes de porcelaine peinte à la main. Il souleva un autre couvercle et ajouta des pommes de terre. Rien de tel qu'un bœuf stroganoff cuisiné par un vrai russe.

Reparaissant dans le salon, il déposa l'assiette pleine par dessus l'assiette vide qui se trouvait déjà devant Zacharius et fit de même pour celle qui se trouvait sur sa gauche, où il prit ensuite place. Le sorcier vit que, dans l'intervalle, son chat-léopard avait finit de jouer avec la boule de papier et qu'il avait grimpé sur la chaise à droite du mangemort. La tête haute, il voulait voir s'il y avait des choses intéressantes sur la table qui pourrait être à la portée de ses papattes. Mais au moment même où il fit mine d'en poser une sur le bord de la table, la voix de son maître l'arrêta.

« миловидный, сидя́щий. »

Le docile animal obéit en s'asseyant sur ses pattes arrières. Ses prunelles félines étaient braquées sur le russe qui lui faisait face. Il attendrait sagement la fin du repas pour quémander. Sur son perchoir, Cierij battit des ailes quelques secondes, comme agité dans son rêve, et retrouva sa quiétude.
Alékseï resservit du vin à son invité.

« Pour mon travail, tout est bien allé aujourd'hui. Je ne peux pas discuter avec toi de les folies de mes patients car, tu le sais, je n'ai pas le droit de révéler ce qu'ils disent en consultation mais... disons que certains étaient divertissants. »

Son cabinet à Sainte-Mangouste recevait des cas que même Zacharius ne pourrait pas imaginer.
Le prince but une gorgée de vin. Il ne commencerait pas son assiette tant que son invité n'aurait pas donné le premier coup de fourchette.

« C'est plutôt reposant ici. Quand j'habitai Moscow, je travaillai à la prison de Nurmengard et, tu peux me croire, l'esprit des patients était bien différent que ici. »

Zacharius n'ignorait pas cela. Au fil de leurs conversations, Alék lui avait parlé de son expérience à la prison et même de son amitié pour Gellert Grindelwald, même s'il ne savait pas exactement ce qui les liait tous les deux. C'était peut-être d'ailleurs pour cela que le mangemort se sentait en sécurité auprès de lui. Le psychomage avait fouillé dans les esprits les plus dangereux et les plus torturés du monde actuel ; celui de Zacharius ne pourrait pas le dégoûter de lui. Il ne risquait pas de le chasser ou d'être jugé par lui.

« Nous devrions allés camper ce weekend, tu veux ? Toi et moi. Quelque part où l'homme n'a jamais mis les pieds. Tu emporterais ta peinture et moi un livre de poésie. Je cuisinerai. Je te ferai de la limonade. »

Alék sourit. (En fait, c'était une expression si naturelle à son visage que citer son prénom pour lui adjoindre ce verbe était presque redondant.)

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LA NÉBULEUSE DES SENTIMENTS

LA NÉBULEUSE DES SENTIMENTS
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Message Sujet: Re: We might fall [Zacharius]   Lun 14 Nov - 23:20


Un léger sourire étira les commissures des lèvres de Zacharius, quand il vit qu’il avait fait mouche avec son présent. Peu habitué à recevoir de l’attention, il était souvent pris au dépourvu par la bienveillance d’Alékseï, et chercher une manière de lui rendre la pareil était pour lui essentiel. Bien que l’homme n’avait pas les talents d’analyse de son ami médicomage, il possédait l’instinct propre aux hypersensibles, et il n’était pas désagréable d’utiliser cet instinct pour offrir des cadeaux, plutôt que comme outil de torture psychologique.

Détachant son regard de la petite girafe, le mangemort suivit docilement son ami vers la salle à manger. Ce n’était pas la première fois qu’il venait en ces lieux, mais il était une fois de plus saisi par la beauté de la salle. Son regard parcourait les immenses tableaux, qui dévoilaient des paysages glacés, caressant les nuances de blanc. Un étrange contraste entre la froide origine d’Alékseï et la chaleur qu’on pouvait déceler dans ses yeux. Coupant court à sa contemplation, son hôte tira une chaise pour l’inviter à prendre place. « Merci, votre altesse. » Le ton ironique et la mimique exagérée de Zacharius avaient pour but d’arracher un sourire au psychomage, dont la chaleur lui faisait souvent oublier son statut princier. L’humour lui permettait de garder une contenance. La majesté du lieu l’écrasait et il ne se sentait pas à sa place.

Malgré sa nature méfiante, l’ancien Serdaigle n’eut aucun frisson de surprise lorsque se posèrent sur ses épaules les chaudes mains d’Alékseï. Sous les doigts habiles du russe, la douleur musculaire de Zacharius se changea en soulagement. Il releva la tête pour remercier son hôte d’un sourire, avant de fermer paresseusement les yeux. « Je te remercie pour ton insistance à me rassurer, mais je t’assure que je ne tiens pas à être comparé à un Malevich ou un Pollock. L’art est un don, l’artiste offre. Pour ma part, je rejette, c’est expiatoire. Mes toiles ne sont pas des dons. » Sa voix baissa jusqu’à devenir un ronronnement. « Je refuse de ne faire payer la moindre noise pour mes croûtes. Mais si tu tiens tellement à faire affront aux chefs d’œuvre que tu gardes ici, je peux bien te faire quelque chose… » Plaisanta Zacharius, tandis que son hôte changea de pièce.

Furtivement, la main du mangemort frôla sa poche, pour vérifier la présence de sa baguette. Un geste mécanique, devenu presque un tic, qu’il oubliait souvent de faire en présence d’Alékseï. Le Zacharius savait qu’il ne devrait pas se sentir autant en confiance avec son psycomage attitré, mais sa folle reconnaissance tendait à abaisser ses barrières, comme celle d’un animal blessé recueilli par un soigneur. La nature de leur amitié elle-même était incertaine, le mangemort décelait souvent dans les yeux d’Alékseï une lueur qui brillait trop fort pour n’être que de la franche camaraderie. Et ce détail le troublait, tant il était incapable lui-même de mettre un mot sur le besoin qu’il avait de sa présence.

Suivant des yeux le beau médicomage, Zacharius se surpris à évaluer le danger qu’ils se représentaient l’un et l’autre. Le pourcentage de chance que Alékseï accepte de collaboré avec la Justice du Seigneur des ténèbres était malheureusement bien faible, et le mangemort se demandait combien de temps il hésiterait si ses supérieurs lui demandaient la tête de son précieux prince roux.

Le doux fumet éloigna Zacharius de ses pensées morbides. « Ça a l’air délicieux Alékseï, merci. » Le manège entre l’hôte et son félin lui arracha un franc sourire. « Dommage, j’adorerais entendre des histoires. Cela me donnerait l’impression de ne pas être si dérangé que ça. » Plaisanta le mangemort, non sans amertume, en prenant poliment une première bouché de bœuf. C’était délicieux. L’évocation de la prison de Nurmengard éveilla de nouveau la curiosité de Zacharius. « Et qu’est-ce qui différencie les malades russes des malades britanniques ? » Le passé de son hôte princier le fascinait. Il lui semblait qu’il avait vécut milles vies avant d’arriver à ce moment précis. Il espérait secrètement que la conversation dérive vers Gindelwald, ce puissant et mystérieux sorcier qui intéressait tant le seigneur des ténèbres. Il aurait voulu questionner Alékseï sur son lien avec le criminel, mais sa question ne franchit pas le seuil de ses lèvres.

« Un week-end ? » Répéta innocemment Zacharius qui, surpris par la proposition, délaissa son assiette. L’ancien Serdaigle n’était pas naïf au point de ne pas comprendre le but de la proximité voulu par Alékseï. Il hésitait, incapable de savoir si c’était à cause de son indécision ou de sa peur d’abimer sa précieuse fleur russe. « Je ne pense pas que ce soit possible Alékseï, j’ai trop de travail en ce moment. » Malgré son trouble, c’était bien la vérité. L’intensité croissante de son implication dans les actions mangemort l’empêchaient de s’absenter trop de jours d’affilés sans donner de nouvelles. Murphy serait bien trop heureux de pouvoir lancer la rumeur comme quoi il aurait déserté. Et cela l’arrangeait bien de ne pas se décidé pour l’instant au sujet d’Alékseï.

Une ombre de déception sembla planer sur le sourire éternel du prince russe. « Par contre je pourrais essayer de voir si je peux me libérer une journée entière. » Céda Zacharius sur un ton d’excuse. « À condition que ne me promette de ne pas trop chanter. Et surtout qu’on soit assez loin de tout pour totalement oublié le goût de la vie sorcière anglaise. » Si la première requête n’avait été que taquinerie, la seconde était bien plus sincère, bien plus pressante. Et bien plus risquée. Apportant sa coupe de vin à ses lèvres, Zacharius dévisagea Alékseï, cherchant à savoir comment celui-ci interprétait ses paroles. Il n’était pas certain de savoir s’il voulait ou pas que son très cher prince se fasse des idées sur ses intentions. Il ne savait pas s'il pourrait lui offrir autre chose que son affection. À l’image d’une intimité possible avec le beau russe s’interposa le visage de Willem. À croire que sa fascination allait en premier à ce qui lui échappait.

Pour cacher sa nervosité, le mangemort bu une nouvelle gorgée de vin. Le précieux breuvage coula dans sa gorge et lui réchauffa agréable les sens. « À défaut d’y être, imaginons-nous à ce fameux week-end. Que vois-tu autour de toi ? Que lis-tu ? » Une projection bien moins risquée qu’une réelle escapade. « Je nous imagine au bord d’un immense lac, entouré de hautes montagnes. Un paysage qui me donnerait envie de peindre la réalité pour une fois, une réalité pure et pas encore souillée par les mains de l’homme. J’imagine un ciel étoilé se reflétant dans l’eau. » Disserta rêveusement l’homme, les yeux perdue dans les méandres des reflets troubles de son verre de vin. « Et je m’imagine devoir subir ton grognement que tu appelles chant. » Se moqua l’expérimentateur, d’un ton faussement pensif, pris au jeu. « Que chanterais-tu ? »


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Message Sujet: Re: We might fall [Zacharius]   Mar 6 Déc - 3:10

Zacharius était un des rares sorciers à savoir qu'Alékseï était un prince et, chaque fois qu'il faisait usage de son titre avec cette voix amusée si séduisante, le sourire du rouquin s'accentuait et la pointe de ses oreilles s'empourprait. C'était alors tellement évident qu'il était amoureux du mangemort. Tellement évident.
Cette pensée fut vite chassée par une fantastique nouvelle : Zacharius venait d'accepter de peindre pour lui. Il le croirait quand il pendrait la toile à son mur mais il savait déjà que son ami ne manquerait pas à sa parole. Il ne lui restait donc plus qu'à s'armer de patience. Fort heureusement, c'était une qualité qu'on lui avait enseigné très tôt et qu'il avait acquise rapidement.
Presque aussi rapidement que la légilimancie qu'il n'arrivait presque pas à faire taire. Même quand il essayait de ne pas déclencher consciemment ce pouvoir, il pouvait lire les fluctuations des émotions humaines qui l'entouraient. Elles étaient comme l'air d'une chanson qu'il se forcerait à ignorer mais qui, toujours, perçait la barrière de sa conscience pour s'inscrire dans son esprit. Aussi sentit-il qu'en l'effleurant du regard, Zacharius s'interrogea sur la dangerosité que représentait leur amitié l'un pour pour l'autre. Il aurait voulu poser une main sur sa joue et lui assurer en caressant sa peau qu'il n'avait rien à craindre de lui.

Car, oui, Alékseï savait que son cher Zacharius Hamilton était un mangemort. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il était son psychomage. Il avait plongé plus profondément dans son esprit que lui même aurait pu le faire. C'était bien la raison pour laquelle son cœur avait succombé.
Cette découverte, il la confessait dans une lettre. Dans un paragraphe qui précédait celui où il lui avouait ses sentiments les plus doux et les moins chastes. Le papier se trouvait dans le tiroir d'une console, dans cette pièce où ils allaient dîner. L'aurait-il su que Zacharius n'aurait eu qu'à se pencher un peu, tendre la main pour l'ouvrir et se saisir de l'enveloppe qui portait son prénom délicatement tracé à l'encre noire.

Un ronronnement de Milovidnii attira de nouveau l'attention de l'hôte sur le repas qu'il venait de servir et Alékseï prêta oreille aux propos du britannique, sans se départir de son sourire. Il arrivait que son ami se laisse aller aux propos amers quand il parlait de sa folie. En bon psychomage, le sorcier russe le laissait s'exprimer sans commenter, bien qu'il brûlait de lui dire qu'il était un million de fois plus sain d'esprit que la plupart des gens qu'il recevait à Sainte-Mangouste. Une fois de plus, il ne dit rien pour le détromper.

Le sourire légendaire du colosse roux vacilla quand il entendit Zacharius refuser sa proposition de weekend. Il bloqua du mieux possible son don pour la légilimancie qui avait largement tendance à se déclencher en permanence, à être toujours aux aguets, pour toujours chercher une raison aux réactions des gens qui l'entouraient. Dans le cas présent, c'était moins par souci de respecter le droit de son ami à avoir des pensées privées que par souci de s'éviter l'amère déception de découvrir qu'il avait vu clair dans son jeu et qu'il rejetait ici plus que sa proposition de weekend.
Il baissa le menton et riva ses yeux sur le bout de sa fourchette qui roulait un petit bout de bœuf dans la sauce. Passionnant.

Alékseï ne releva la tête que lorsque son ami fit amende honorable en lui proposant une journée. Son sourire aveuglant était de retour. Le psychomage se serait satisfait même d'une poignée d'heures en compagnie du mangemort. Ce qui était sans doute plus pathétique que mignon. Surtout à leurs âges. Il hocha la tête doucement, manquant de réagir sur son absence de talent pour le chant. Ce n'était pas un secret. Le russe adorait pousser la chansonnette (surtout en cuisinant) mais sa voix rauque de barbare cimmérien rendait le résultat insupportable pour les malheureux témoins.

Ses sens lui rapportèrent que Zacharius était devenu nerveux et ses yeux gris ne lâchèrent pas son invité tandis que celui-ci prenait une gorgée de vin. Quelle pouvait en être la cause ? Il lui aurait suffi de libérer sa légilimancie pour le savoir. C'était très tentant, à vrai dire, mais il respectait trop son ami pour céder à cette curiosité. Il se contenta donc de le regarder fixement pour tenter de percer son secret par un autre moyen, moins magique, moins 'illégal'.

Alékseï étouffa un éclat de rire avant de déclarer de son accent à couper au couteau :
« Si la vue est belle comme tu décris, je ne la gâcherais pas avec un chant qui, je le sais, mon ami, irriterait tes oreilles. Non. Je te réciterais de la poésie plutôt et je ne l'écorcherais pas car tu sais comme elle m'est chère. »

Il posa une de ses grandes mains sur celle du britannique pour l'étreindre doucement. Objectivement, ce n'était pas très étonnant de sa part car le prince était tactile et, même s'il n'avait pas nourri de tendres sentiments pour Zacharius, il y aurait eu fort à parier qu'il aurait eu ce même geste.
C'était la tendresse de ses yeux gris qui le trahissait toujours.

« Avance dans le vent et chante les mélodies de l'avenir.
Humblement ressent en la terre les pas de tes ancêtres
Qui partirent fiers et conquérants vers un monde où bâtir.
Hurle contre les mers qui engloutirent tes pairs par milliers
Mais entend au delà la mélopée du passé reniant ses maîtres.
Si intense et ardente est la flamme de ton espoir embrasé.

Écoute dans le lointain le futur d'un oiseau et compare-le à toi.
Sens-tu le décor vivre puis mourir sous chacun de tes pas ?
Tu fais parti de l'avenir dont tu es la descendance.
Sers ces plaines qui survivront après que tes fils aient enfanté,
Quand à plusieurs reprises les larmes auront coulé
Pour cette cruelle et temporelle danse. »


Rarement, il lui arrivait de composer aussi.

Alékseï sourit et retira sa main de celle de son ami, lentement, laissant traîner ses doigts sur sa peau dans une caresse moins innocente qu'elle ne semblait l'être.
Il mangea un peu pour ne pas laisser son assiette refroidir et il but, plus pour se donner quelque chose à faire que parce qu'il avait faim ou soif. Il avait trop peur de se remettre à fixer Zacharius et de finir par l'embarrasser. Il apprivoisait le sorcier petit à petit. Il ne voulait pas le brusquer.
Au bout d'un temps, il reprit la parole :

« Que fais-tu de tout l'art tu rejettes si tu ne donnes pas ? Où vont tes toiles ? »

Cierij, toujours sur son perchoir, se foutait bien de la conversation des êtres humains. Il se mit à balancer la tête en rythme de manière comique, comme s'il écoutait une chanson électro. Son manège attira l'attention de Milovidnii qui braqua ses yeux de chat-léopard sur autre chose que la table chargée de nourriture. Le félidé feula, ce qui déclencha les hululements de la chouette et l'appartement fut bientôt envahi d'une cacophonie peu commune.

« тишина, » ordonna Alek d'une voix pas suffisamment autoritaire pour convaincre ses compagnons de se calmer.

Le prince dut se lever pour aller ouvrir un tiroir de la console et sortir une petite balle qu'il ensorcela d'un rapide coup de baguette avant de la laisser glisser sur le sol. Cierij sauta de son perchoir et se mit à clopiner sur le sol, déséquilibré par ses serres, à la poursuite du petit objet rond. Milo était sur ses talons.

« Mes excuses, Zacharius. Ils sont comme des petits enfants. »

Le sourire du prince suintait d'indulgence.
Le tiroir était resté ouvert. Si on jetait un coup d'oeil à ce qui se trouvait sur la pile de documents qu'il contenait, on pouvait voir l'enveloppe dont nous avons parlé plutôt. Ce détail échappa au psychomage. Tout comme l'article dans la Gazette du Sorcier abandonné négligemment dans un fauteuil qui annonçait les fiançailles entre deux jeunes gens des familles Blackwood et Dolohov.

« J'ai fait un gâteau pour le dessert. Tu aimes les framboises toujours, oui ? »

Alek profita du fait qu'il était debout pour enlever les assiettes terminées et les rapporter en cuisine.

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Message Sujet: Re: We might fall [Zacharius]   Jeu 22 Déc - 1:19


Un vague sourire se dessina sur les lèvres du mangemort, en réponse au rire de son hôte. « N’ait pas tant d’égard pour mes oreilles, elles sont bien royales que ta voix mon cher ! »

Un frisson parcouru son échine au contact de la main chaude d'Alekseï dans la sienne, glacée. Il serra instinctivement ses doigts autour de ceux du psycomage. Peu habitué, ce contact le mis mal à l'aise, il ne savait pas s'il devait rester ainsi ou retirer sa main. Le prince russe réagit à sa boutade en entamant un poème. Hypnotisé par les mots, Zacharius plongea ses yeux dans le regard gris profond du russe. Les mots avaient toujours eut un fort pouvoir pour lui. Encore plus lorsqu’ils étaient prononcés avec cette puissance, et l’homme savait pertinemment que ce n’était pas du fait de l’accent de son hôte mais bien de son habituelle passion qui encore se manifestait.

Son poème avait une saveur de lointain et des arômes de mélancolie. « C’est triste. C’est comme ça que tu ressens ton histoire ? » À cette question, Zacharius montra à son ami qu’il savait que ces mots venaient de lui.

Alekseï mit enfin fin au contact, et aussitôt Zacharius ramena sa main à lui. Si précipitamment qu’il espéra que son ami n’en prit pas mouche. L’imitant, il reprit poliment plusieurs bouchés. Au contraire de son hôte, il était affamé. Mais bien trop conscient que la précipitation pouvait être perçue comme vulgaire pour une éducation noble. Le repas délicieux l’emplissait d’une douce chaleur. « Que fais-tu de tout l'art tu rejettes si tu ne donnes pas ? Où vont tes toiles ? » Zacharius savoura la dernière bouchée de son assiette avant de lui répondre avec un léger sourire, moitié gêné, moitié coupable. « Je les entasse dans un coin de ma maison. Et… » Le regard baissé vers son assiette vide, l’homme hésita, sachant que son hôte allait protester. « … Quand je suis de mauvaise humeur, j’en brûle certaines. » Il était conscient que Alekseï avait une vision de l’art bien plus noble que la sienne. Ou du moins, que ce dernier englobait ses gribouillis dans la grande catégorie de « l’art », alors qu’ils n’étaient que pour lui qu’un passe-temps inutile. Un intérêt qui le flattait mais qu’il ne comprenait pas forcément.

Heureusement pour lui, les bêtes de son hôte se décidèrent à faire le boucan, ce qui détourna momentanément l’attention de son ami, qui n’apprécierait pas à coup sûr le sort qu’il réservait à ses modestes toiles. Zacharius lança un regard amusé aux deux animaux qui semblait se chamailler, jusqu’à ce que le russe les rappelle à l’ordre. En les voyant maladroitement se jeter à la suite de la balle ensorcelée, Zacharius se dit que les animaux avaient gardés une innocence que l’homme avait perdue depuis bien longtemps. Le mangemort se pencha sur le côté pour effleurer le pelage de Milo.

« Oui, j’aime beaucoup, j’ai hâte de goûter ça ! » Tandis que son hôte débarrassait son assiette, le mangemort en profita pour sortir de table et s’agenouiller auprès du félin qui se débattait avec la balle magique, sous le regard dépité du rapace. Les conventions sociales, même s’il savait s’y tenir, lui donnaient toujours l’impression de manquer d’air. Parfois, les politesses et les manières avait l’odeur d’encens des cours de catéchisme de son enfance. Et des relents de l’essence de son bûcher.

Affalé au sol, Zacharius se détendait, les doigts fourrés dans doux pelage du félin. Assis contre le fauteuil, l’homme attrapa distraitement l’exemplaire de la Gazette du sorcier qui trainait négligemment. Son regard s’arrêta devant un article marital, annonçant des fiançailles. Dolohov. Le regard désolé du jeune garçon, lorsque Zacharius avait dû l’abandonner à son père, lui revint à l’esprit. « Il faut que je lui envoie un hibou. » Murmura l’expérimentateur, pour lui-même. Par curiosité, et peut-être aussi par inquiétude pour l’étrange garçon. Il ne semblait pas être le seul à avoir des difficultés avec les conventions sociales, et Cillian n’avait pas dû passer par la case fiançailles de plein gré. Zacharius reposa l’exemplaire de la Gazette en soupirant.

L’homme se leva et fit le tour de la pièce en attendant son hôte. Son regard se perdit une nouvelle fois dans les nuances de blancs de l’un des immenses tableaux. Le mangemort n’avait jamais pris la peine de voyager. Ironie du sort, il n’avait même pas déménager beaucoup plus loin que là où il avait vécut enfant. Comme si des chaînes invisibles le retenaient. Les paysages blancs lui semblaient d’une pureté inégalable, et il se surprit à s’imaginer dans pareil paysage. A ressentir le froid mordant sur sa peau, brûlant presque autant vivement qu’une flamme. Zacharius s’approcha jusqu’à distinguer chaque coup de pinceau. Il poussa l’audace jusqu’à caresser délicatement du bout du doigt les vaguelettes de peintures séchées.

À quelques centimètres du tiroir ouvert.


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We might fall [Zacharius]

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