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 Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]

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Message Sujet: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Jeu 3 Mar - 0:54





Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure




(Tard une nuit d'avril 1981)

« Franchement... tais-toi. Pour le moment... tais-toi ! » Non, Clarence n'était pas particulièrement hostile à la douce voix de Benedict, douce voix de jeune stentor qui sonnait aux oreilles des filles comme le camembert coule entre les grilles du barbecue – cette invention moldue qui réunit les familles et divisent les diététiciens. À vrai dire, d'ordinaire, Clarence appréciait la conversation de Benedict, il la prisait même, et ne manquait pas une opportunité de palabrer avec lui, de tout et de rien, de sujets sérieux comme futiles, existentiels comme matérialistes. S'il devait par exemple choisir entre un pull jacquard et monochrome, c'était à Benedict qu'il demandait, moins pour le plaisir de sa voix mélodieuse que pour la justesse de son goût en matière de vêtements laineux cela dit. Pour autant, à l'instant, le jeune sorcier préférait le silence inquiétant de la Forêt interdite aux explications, excuses et pirouettes rhétoriques de son... meilleur ami ?

Certes, là, toute de suite, Clarence aurait nié jusqu'à la moindre once d'affection pour son comparse, mais en vérité, si Benedict était quelque chose à ses yeux, c'était bien ce que d'aucuns auraient appelé maladroitement un « meilleur ami », encore que le terme fût impropre, car il n'est d'échelle à considérer parmi ses amis, sinon chez les pompiers peut-être ? Car après tout le meilleur ami n'est pas meilleur qu'un autre au sens où il aurait le plus grand nombre des médailles d'amitié ou gagné la coupe du Trophée des Trois Amis, mais le meilleur ami jouit de ce vocable à seul fin de le distinguer des autres pour noter et remarquer, justement, l'amitié construite sur la longévité, la fidélité, et la communauté toujours plus étendue et profonde des points de vue.

Ainsi la variabilité permet aux demoiselles d'être assez volages en la matière, et de changer de « meilleure » amie au gré des modes et des tendances, tendis que chez les damoiseaux le « meilleur » ami souvent tient son titre le premier et le garde pour une durée longue autant que possible, parfois même à titre viager, parce que l'homme est peut-être plus conservateur que la femme, parce qu'il est plus commode pour lui d'estampiller son prochain pour longtemps quand, pour elle, la variation et le changement sont des gages de fraîcheur et de qualité ; notons toutefois que ces vaines interrogations n'ont aucun sens et qu'il paraît urgent de pénétrer au plus tôt dans le cœur de ce bref récit des aventures rocambolesques d'un Clarence et d'un Benedict, aventures qui, je le précise, n'ont pas pour objet de plaire à d'autres que leurs auteurs et leurs lecteurs ; les trolls baveux et les écrivaillons spécialistes de la discorde et des « rp » maquillés d'horreur sanguinolente à l'érotisme aussi douteux que le cul d'une musaraigne n'ont qu'à rentrer au Plat pays pour y vendre leur roman qui n'est autre qu'un fasicule pour jeune fille en mal de mâle huilé au savon et parfumé au fumet des « œuvres » d'une Meyer ou d'un James.

Bref, vous l'aurez compris, Clarence n'était pas disposé à entendre son ami et si ce dernier prit la parole ou s'exprima d'aucune façon, le Serdaigle feignit de ne point l'entendre. Considérons d'abord leur situation : ils étaient tous deux dans la Forêt interdite et comme un malheur n'arrive jamais seul, ils n'y étaient point au beau milieu de la journée par un charmant soleil de fin d'été. Cette forêt, même en plein jour, est un endroit dangereux. Pour autant, nul ne devrait s'inquiéter pour les deux hommes, sorciers en formation mais déjà enrichis de beaux succès dans les matières enseignées à Poudlard, même si la nuit, autour d'eux, épaississait la noirceur de la canopée. Pure folie ! La Forêt interdite n'est pas interdite par hasard, et doit bien son nom aux nombreux périls qui guettent les élèves indiscrets ou naïfs ou étourdis. Souvenons-nous par exemple de la douce Anamnesia, sorcière de la maison des Serpentard, réputée créatrice du troisième sortilège d'Amnésie, le moins usité, le moins connu, périt dans les profondeurs de la Forêt quand, suite à une crise existentielle, elle maudit le château tout entier de sorte que tous ses occupants l'oublièrent pour quelques heures tandis qu'elle partit en ballade... pour finir dévorée par un sanglier monstrueux qu'un sorcier malveillant transforma (par accident ?) en créature sanguinaire et anthropophage.

Ajoutons à cela que cette escapade à la belle étoile, sous les branches des plus beaux arbres de la forêt, était tout à fait imprévu, et nous comprendrons aisément le désarroi et l'agacement rapide d'un Clarence qui aurait mille fois préféré demeurer dans son lit à rêver de moutons-garous ou de miel de tilleul – testé, approuvé, un vrai régal ! Loin de toutefois se laisser abattre, il se releva, péniblement, et épousseta les saletés, feuilles et branches mortes qui encombraient sa chevelure, ses épaules, ses bras et les plis de son pull. Qu'était-il donc arrivé ? Clarence avait suivi Benedict dans ses folles entreprises, ce dernier ayant partagé avec lui une découverte : au beau milieu d'un livre parmi les plus illisibles de la bibliothèque – où tous deux avaient veillé très tard avec la permission qu'accordait le statut de préfet de Clarence – le sorcier avait donc trouvé la description d'un objet insolite et parfaitement loufoque, accompagné de la mention, pour être tout à fait précis, d'un bout de sortilège irrésolu ; et là, vous vous demandez sûrement ce qu'est un sortilège irrésolu, n'est-ce pas ?

C'est tout simple et tout bête : c'est un sort dont l'issue est ou inconnue, ou incertaine ; forcément, le caractère de Benedict le poussa à tenter l'aventure, il lut à voix haute les quelques syllabes de latin qui débutait le sortilège... et dans la minute qui suivit, les deux jeunes hommes se trouvèrent l'un sur l'autre, dans un fourré de la Forêt. Finalement, Clarence rompit le charme de son silence et, sans réellement reprocher à son ami d'avoir été tel qu'en lui-même, il dit avec un fatalisme digne d'un grec stoïcien de la première heure : « Je t'avais dit de ne pas lire à voix haute, hein... » Mais leur histoire commune était émaillée de nombreux épisodes semblables, et mille fois Clarence put dire à Benedict de ne pas lire, de ne pas faire, de ne pas ceci ou cela, sans que jamais son ami ne l'écoutât ni ne lui obéît. Tout à fait debout, Clarence dut s'avouer vaincu face à l'obscurité : il n'y voyait pas à plus de quelques mètres. Et pas une seule luciole pour éclairer... la clairière ? le hallier ? Il ignorait jusqu'à la nature du plus proche des arbres où sa tête avait manqué de cogner... il tira donc sa baguette et, dans un réflexe héroïque, il l'agita et murmura, triomphant : « Lumos ! »

Sauf que rien ne vint. Il essaya une deuxième fois. Le bout de la tige de bois demeura obstinément... inactif, insensible, inerte. Il sentait pourtant la magie qui passait de sa main à sa baguette, mais c'était comme si la mèche s'entêtait à ne poins s'enflammer malgré les multiples craquements d'allumettes... Après une septième tentative et pour couper court aux railleries éventuelles du responsable de leur situation, Clarence trancha net, dans la nuit, le silence d'un péremptoire. « C'est clair et net, Benedict, si le sort irrésolu m'a fait quoi que ce soit qui explique que je ne puisse même plus jeter un simple Lumos, alors crois-moi, t'as plutôt intérêt à courir très vite dans la forêt, car je vais te faire ta fête ! Et un troupeau de centaures dans ton lit ne seront rien comparé à ce que je vais te faire... » dit-il, en tout bien tout honneur. Sans vraie rancoeur... pour le moment. Après tout, un petit Lumos raté, ça arrive à tout le monde, non ?


Dernière édition par Clarence Macmillan le Jeu 3 Mar - 20:20, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Jeu 3 Mar - 17:36






Par une nuit d'Avril 1981

L’obscurité la plus totale ne m’empêcha pas de discerner les pupilles brillantes de Clarence qui me fixaient avec réprobation. Elles étaient tout près, trop près ! Et je remerciais la nuit et l’obscurité des fourrés – du moins pour l’instant – de nous envelopper. Je sentais la laine de son pull sous mes mains et je pris conscience de son corps sous le mien. Oops ! Notre posture était sans doute un peu gênante. Vite, trouve un truc à dire Benedict ! « J’ai de la chance de t’avoir… » commençai-je avec un grand sourire. « …comme… meilleur ami ! »Quel crétin je fais ! « J’ai toujours su que tu avais un don certain pour amortir mes chutes ! » Vas-y, rajoutes-en une couche ! Non mais sérieusement ?!

Je ne tergiverserais pas à mon tour sur la définition du terme réducteur de « meilleur ami » puisque d’une, il l’a déjà fait, et de deux, foi d’O’Carley, vous n’avez pas envie lire une dissertation philosophique de plus de cinquante centimètres de parchemin sur la question, étayée d’arguments, de contres arguments et d’exemples, pour finir avec une conclusion plus que douteuse sur laquelle vous ne serez probablement pas d’accord. Bref, Clarence et moi, c’est une longue histoire peuplée de nombreuses aventures qui ne sont pas prêtes de s’arrêter, ça non ! On se comprend, on se soutient toujours face à l’adversité et c’est déjà pas mal !
Je ne fus donc pas surpris de sa raillerie, méritée qui plus est, qui ne se fit pas attendre. Il avait raison, j’aurais mieux fait de me taire sur ce coup là. « Désolé ! » dis-je avec un sourire mi amusé, mi coupable, re-mi amusé derrière. En revanche, la culpabilité que j’éprouvais relevait plus de la sottise de ma présente élocution due à un trouble certain, que de la bêtise que j’avais faite en lisant cette formule à voix haute, malgré les mises en gardes de Clarence, pris dans l’euphorie de la chose, lorsque je lui avais montré, non sans un certain enthousiasme, ce vieux grimoire que j’avais déniché dans un recoin de la réserve de la bibliothèque de Poudlard. Ça, je ne le regrettais pas. Pas encore, du moins.

Je me redressai à la hâte, lui tendant aussitôt la main pour l’aider à en faire de même. Je m’époussetais rapidement en avisant l’endroit lugubre où nous nous trouvions. Je ne pu réprimer un frisson. De froid. Quoi d’autre ? Les nuits d’avril n’étaient pas réputées pour être des plus chaudes en Écosse. Et nous venions de passer de l’ambiance chaleureuse et feutrée de la bibliothèque à… l’humidité sournoise et glacée de la forêt qui bordait l’école. En admettant que nous nous trouvions effectivement dans cette forêt ! Mais n’allez pas vous imaginer que je puisse avoir peur ! Ça non !

Un craquement de branche me fit sursauter. Bon d’accord ! La forêt interdite n’était pas l’endroit que j’affectionnais le plus au monde car elle était remplie de créatures inquiétantes, toutes plus dangereuses les unes que les autres, qui alimentaient des récits à en faire trembler même le plus courageux batteur de quidditch ! J’en étais presque sûr ! Elle était aussi peuplée de plantes féroces qui m’avaient hélas, laissé quelques souvenirs impérissables dont la simple évocation mentale me fit déglutir péniblement. Mais là, il n’y avait pas de quoi paniquer. Hein ? C’était sans doute Clarence qui venait de marcher sur un truc. Oui. C’était ça. Quoi d’autre ? Il n’y avait rien de plus que lui et moi ici. Sans m’en rendre compte, je me mis à meumeuner l’air d’une chanson moldue des pays de l’est. Si cela m’arrivait relativement souvent de fredonner en toutes circonstances, là, c’était sans doute un peu nerveux.

Je rivais mes prunelles claires sur Clarence, espérant intérieurement qu’il allait me confirmer être à l’origine de ce bruit. Au lieu de ça, il me blâma une nouvelle fois, ce qui paradoxalement me rasséréna. Allez comprendre ! Il n’y avait rien à comprendre en fait. Le son calme et posé de sa voix me rassurait. Tout était normal, donc. Comme toutes les fois où nous nous étions retrouvés dans des situations similaires, souvent par ma faute d’ailleurs. « Oui, je sais. Je suis incorrigible !  Mais tu t’ennuierais sans moi, non ? Et puis, je ne pensais pas que le simple fait de lire cette formule la déclencherait instantanément. » dis-je avec une nonchalance feinte et une mauvaise foi réelle, elle. Mais si, justement ! Qui pensais-je duper ? Clarence me connaissait bien depuis le temps ! C’était une nouvelle fois ma curiosité malsaine qui m’avait poussé à le faire. J’étais partisan et adepte des expériences, en matière de magie. Et donc, à mon sens, le meilleur moyen de savoir ce qu’un sortilège faisait, bah… c’était de le tester. Certes, ça ne m’avait pas toujours réussi, mais malgré tout, je ne pouvais m’en empêcher. C’était toujours plus fort que moi.  « Bon d’accord. Ça m’avait tout l’air d’être un sortilège irrésolu. » admis-je. Sans blague ! Et si je ne pouvais pas le faire avec Clarence, avec qui le pourrais-je ? « Mais je voulais m’assurer que s’en était vraiment un. Après tout, rien n’était moins sûr… Je sais, c’était stupide, je te l’accorde. Mais avoue que c’était trop tentant ! » dis-je avec un sourire en coin. Quel gamin !

Tout en parlant, je cherchai nerveusement ma baguette et je mis enfin la main dessus quand j’entendis la formule qui allait enfin nous éclairer sur l’endroit où cet étrange formule nous avait conduits. Ma main s’arrêta sur la bosse que formait ma baguette sous mon pull, dépassant de la poche arrière de mon pantalon. Je me figeai de surprise quand aucune clarté ne se fit. Ça n’arrivait jamais ça ! Que Clarence foire un sort aussi simple que celui-là ! Il recommença. Plusieurs fois. En vain. Il connaissait mon goût prononcé pour l’aventure, mais aussi mes craintes au sujet de la forêt interdite et des plantes, en général. Je pensais d’abord que c’était une façon bien à lui de me charrier. Il me faisait marcher. C’était obligé !
Un sourire flanqué sur le visage, je me détendis et dégainai la mienne, de baguette. « Je n’avais pourtant pas l’impression que tu te sois cogné la tête en tombant, j’aurais peut-être du me montrer plus prévenant. » Comme si j’avais pu savoir… « A moins que la formule ai été couplée à un sort d’oubliette… tu as oublié comment lancer un sort basique ? » dis-je en plaisantant, avec peut être un soupçon de provocation. Très mature, comme toujours !
Mais ça n’avait pas l’air de faire rire Clarence. A vrai dire, je ne me moquais pas vraiment de lui, mais c’était ma manière à moi de dédramatiser la situation. C’était pas vraiment le moment de paniquer. « J’aimerais bien voir ça ! Et tu comptes me faire quoi au juste ? » fanfaronnai-je aussitôt à ses menaces. Oui, je le cherchais un peu. Si peu !

« Lumos ! » lançais-je fièrement, à haute et intelligible voix. Sauf que, là non plus… rien ne se produisit. « Oups ! » J’étais suffisamment confiant dans mes compétences en matière de sortilèges pour être certain de ne pas le rater celui-là. Mais non, Clarence ne s’était pas foutu de moi, il y avait un truc qui clochait. Vraiment ! Étrange ! « Je commence à courir tout de suite, ou bien ? » dis-je sur le ton de la plaisanterie pour dissimuler mon inquiétude grandissante.
« Attends, il doit y avoir quelque chose dans le livre qui doit pouvoir expliquer ça. Accio Grimoire ! » Que j’étais naïf ! J’avais beau maîtriser les sortilèges d’attraction, je ne les avais jamais utilisés à une distance aussi grande. Faire venir le livre depuis la bibliothèque était peut être un peu présomptueux. Et de toute évidence, je n’entendis pas l’once d’un froissement de parchemin dans le silence pesant des sous bois. Soit j’avais lamentablement raté mon sort, ce qui générait déjà une certaine frustration plus que vexante. Cependant, je mis deux secondes ma fierté de côté… « Essayes-en voir un autre, toi, pour voir ? » Soit aucun sort ne fonctionnait ici. Oups ! Que m’avait dit le nouveau professeur d’étude des moldus déjà ? Qu’il allait nous apprendre à survivre sans faire usage de la magie dans le monde moldu. Sauf que là, on était clairement en terrain hostile, magique qui plus est, et le seul rapport, c’était le « sans magie ». Raaah ! Réfléchis mieux Benedict !

Un nouveau craquement sonore retentit derrière Clarence. « Dis-moi que c’est toi ! » La panique à peine voilée cette fois, avait asséché le ton de ma voix. Ça m’avait échappé. « S’il te plait. » murmurais-je ensuite, entre mes dents serrées, dans un souffle à peine audible.

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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Jeu 3 Mar - 21:08

Un don certain pour amortir ses chutes... Clarence se découvrirait bientôt un certain talent pour le martyr des miches ! Il connaissait bien six ou sept sorts capables d'en finir avec le magistral séant du primat O'Carley, et pas moins de cent blagues douteuses sur ce nom de famille lui venaient à mesure qu'il se redressait. C'est que le jeune Macmillan cédait volontiers aux premiers feux de la colère, pour mieux les voir se dissiper, et de plus, admettez-le, cette fois, il y avait de quoi en vouloir au brave Benedict dont les parfaits sourcils et le sourire laiteux n'excusaient pas tout ! Mais le parfait enquiquineur eut la courtoisie et le bon goût de lâcher le mot sempiternel, celui qui convient aux situations où des excuses sont nécessaires.

Le Macmillan n'était juste point encore disposé à recevoir ces bons sentiments, ni même à admettre qu'il avait déjà pardonné à son ami d'avoir, une fois de plus, bouleversé sottement le cours de leur soirée d'étude. Une fois de plus, Benedict faisait la démonstration de ce qui, peut-être, dans la vie, le conduirait aux sommets les plus glorieux comme aux cul de basse fosse les plus infâmes. Ce jeune homme faisait si peu attention à lui ! Il avait ce soir lu la formule incomplète d'un sort décrit comme imprévisible et irrésolu... que ferait-il, la prochaine fois ? Irait-il jusqu'à plonger sa main dans le cœur humide et chaud d'un filet du diable réfugié sous la jupe d'une gamine de Serpentard ? Et voilà qu'il se mit à fredonner, comme s'il avait été le gobelin de la fable, celui qui se prélasse au soleil du Midi, allongé sur le rocher, auprès des rives de la Mare Nostrum, en chantant la mélopée des poètes bivalves, des conques enchanteresses :

The Sea ! The Sea !
I have returned !
Where every wave
feels like a mermaid's kiss !


Mais Clarence n'était pas d'humeur à sermonner davantage l'apprenti chanteur qu'était Benedict à ses heures, le Macmillan avait ses propres problèmes ; et ceux-ci impliquaient notamment un souci de gravité préoccupante. Sa baguette semblait parfaitement éteinte, insensible à ses injonctions de lumière. Et quand Benedict enfonça la porte ouverte de la nature du sortilège incomplet qu'il avait formulé... son camarade de classe manqua de se prendre un coup de baguette dans l’œil. Clarence ne s'y risqua pas : dans l'obscurité, il craignait de viser trop juste, et comme c'était tout à la fois ce qu'il voulait et ne voulait pas... « Tentant, peut-être, mais tu aurais pu attendre que je finisse de lire la page au moins ! »

Prudence élémentaire, non ? Non ? Pas dans le monde de Benedict, à l'évidence ! Bienvenue à Beneville où le moindre pas hors de chez vous peut s'avérer le dernier ! Et vint enfin l'événement – le premier – de la soirée, de la nuit, de la semaine même : le Lumos raté, plusieurs fois de suite ; et les questions de son ami qui, à la vérité, n'était pas pour rasséréner Clarence et le mieux disposer à l'égard de Benedict. S'il avait pu jeter des éclairs par les yeux et s'il avait pu fixer Benedict à travers la nuit noire, sans doute ce dernier eût-il péri électrocuter au beau milieu de cette modeste et tranquille clairière. « De toute évidence, je n'ai rien oublié de la formule du sortilège, ni de la façon de faire... c'est au niveau de la baguette que ça coince ! »

Sur ce point, il serait formel. Il sentait en lui la magie, et la percevait avec d'autant plus d'acuité que les ténèbres le privaient du sens immédiat de la vue. Benedict se rengorgea, fanfaronna, ce qui accrut encore l'agacement et l'anxiété d'un Clarence décidément fort surpris par cette soudaine... cassure entre sa main et sa baguette. La tenait-il mal ? Avait-elle renoncé à sa loyauté ? Il ne pouvait encore émettre aucune hypothèse, aucune conjecture... « Je trouverai bien quoi te faire... dans un livre d'Histoire médiévale de la torture... moldue ! » Sans magie, le commun des mortels avaient de tout temps l'art et la manière de pratiquer cet art subtil et délicat. Ils découvrirent toutefois, bientôt, que le même problème semblait toucher Benedict. Justice ! Mais Clarence ne fit aucune remarque, bien plus préoccupé par cette nouvelle réalité tragique : deux sorciers dans la Forêt interdite pouvaient espérer en sortir vivants, mais deux sorciers incapables de jeter le moindre sort ? Les carottes n'étaient pas encore cuites, mais qui veillerait à la cuisson s'ils n'avaient aucun moyen d'agir sur les plaques, sur les casseroles ?

Clarence pesta quand Benedict fit une nouvelle plaisanterie. « Tu sais bien que je cours plus vite que toi ! » Et pour cause, Clarence était plus grand que son « petit » ami ; mais ce n'était point là un exploit ; tout le monde était plus petit que Clarence, et cela le plongeait parfois dans des abîmes de perplexité et des gouffres de solitude, comme s'il se voyait contraint par la nature au retrait dans la tour d'ivoire, à la manière de la princesse de l'Histoire sans fin... mais enfin, bref ! Benedict s'essaya à un sortilège ambitieux... qui échoua. Ce qui eut au moins le bon goût de confirmer qu'il y avait là un problème qui les touchait tous deux ; par acquis de confiance, et faisant preuve d'une subite et inhabituelle rigueur intellectuelle, Benedict attendit que Clarence s'essayât lui-même à un autre sort. Instinctivement, le Macmillan obéit : « Furunculus ! » Il avait pointé au hasard ce qu'il croyait être la direction de la figure de son ami. Par chance pour lui, rien ne se produisit. La forêt demeura muette – avec son cortège de bruits lointains et proches. « Non, rien du tout ! »

Clarence entendit lui aussi le craquement sonore non loin d'eux. Il s'en désintéressa aussitôt qu'il saisit, dans la voix de Benedict, les premiers tremolos de la panique. Sottement, sans doute, le jeune homme se nourrit de la peur de son ami pour chasser la sienne et, à son tour, démontrer grande bravoure et folle hardiesse. « Non, ce n'est pas moi, et si j'en crois le lieu où nous sommes, ce pourrait tout aussi bien être un fantôme, un centaure, un troll ou un petit renard ! » Il se gratta la tête. Enfin, sa main atteignit, dans le noir, son épaule, et c'était déjà ça ! Quelques secondes passèrent. Un grillon s'en mêla. « Quoi que ce fût, ça n'a pas attaqué... bon, allez, essayons un dernier truc idiot, si tu t'en souviens, énonce la formule incomplète qui nous a mis dans cette... dans ce pétrin. Peut-être que ça fera... quelque chose ? »
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Ven 4 Mar - 23:29





J’avais peut-être un peu précipité les choses, car moi non plus, je n’avais pas pris le temps de lire le dernier paragraphe du grimoire, trop excité à l’idée d’énoncer cette formule,  que j’avais trouvé un peu ridicule, mais justement, pour la déconne j’avais pris un ton solennel que j’avais emprunté à Dumbledore, dans une bien piètre imitation, je devais le reconnaître. Si je m’attendais effectivement à une réaction magique, j’avais été surpris de me retrouver propulsé ici. Téléporté aurait été plus juste ?

Même si Clarence ne pouvait me voir dans cette obscurité, je haussai les épaules. L’absence de visibilité nous arrangeait bien tous les deux, visiblement, car cela m’évita de croiser son regard furibond et de me prendre sa baguette magique dans l’œil. « Ca va ! Tu la liras quand on aura retrouvé ce maudit grimoire. » D’ailleurs, c’était vrai ça ! Où était-il ce maudit bouquin ? Avait-il été téléporté ici aussi ou, était-il resté à la bibliothèque ? Je me mis à le chercher du regard, mais je ne distinguais même pas mes pieds dans cette pénombre.

« Oh super ! Ca tombe bien ! Keller m’a parlé d’un truc à ce propos ! » dis-je sur un ton léger. J’avais croisé le professeur d’Etude des Moldus à la bibliothèque, juste avant notre premier cours avec lui sur les moyens de transports moldus. J’avais déjà touché deux mots à Clarence sur ce personnage haut en couleur, au franc parler et aux coutumes peu conventionnelles et puis… depuis, il avait eu le temps de se faire sa propre opinion à son sujet. En effet, monsieur Keller était un baroudeur de la première heure, ancien Serdaigle, tout comme nous, qui avait fait le tour du monde et qui m’avait l’air de disposer d’un immense savoir. Je ne me lassai pas de le questionner et de l’écouter parler et je le trouvais particulièrement drôle, pour un prof ! Et donc, puisqu’il était question de torture moldue, tant qu’à faire : « Il parait que la pratique du bûcher est amusante. Tu sais, on a étudié ça en histoire de la magie quand on a traité le sujet de la crémation des sorcières au 14ème siècle. Gwendoline la Fantasque, si je me souviens bien, a failli être brûlée vive quarante sept fois par des moldus. Ca te dirait d’essayer ? » Mon ton laissait présager d’une énième pitrerie. Mais le pire, c’était que, je n’étais pas en train de me moquer. C’était une vraie proposition et j’étais on ne pouvait plus sérieux ! Bon, en revanche, je n’étais pas pressé de sentir l’odeur des carottes trop cuites, là tout de suite, alors que nos baguettes refusaient cordialement d’obtempérer.

Mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais m’empêcher de chercher Clarence. Le provoquer gentiment m’amusait et le fait qu’il me donne le change ne faisait que m’encourager à continuer sur ma lancée. « J’demande à voir ! » Certes, il était plus grand ! Et alors ? Bon, d’accord, je ne me serais pas amusé à défier Chris à ce jeu-là. Quoi que… rien que pour l’enquiquiner, j’en aurais été capable, en sachant pertinemment que c’était couru d’avance et qu’en plus, je risquais d’en prendre pour mon grade s’il me rattrapait. Mais Clarence était au moins aussi sportif que moi, les risques étaient moindres. Et avec lui, j’étais joueur et prêt à courir le risque d’être rattrapé malgré tout. Notre différence de taille ne m’empêchait pas de me mesurer à lui et ce n’étaient pas vingt malheureux centimètres qui allaient faire la différence ! En revanche, les quelques centimètres de sa baguette magique pouvaient réduire à néant tous mes espoirs de fuir en gardant une once de dignité. Clarence était un brillant duelliste et force était de constater qu’il ne fallait jamais froisser un Macmillan. C’était la règle !
« Nom d’un … ! Expelliarmus ! » J’avais dégainé aussi vite que l’éclair et j’avais senti la magie se diffuser dans mon bras jusqu’à la pointe de ma baguette en bois de saule, qui n’avait même pas fait la moindre étincelle. « Fichtre ! Clarence Anaxagore Macmillan ! Comment oses-tu !» râlai-je. Mon sang n’avait fait qu’un tour et j’affichai un air parfaitement outré qu’il ne pouvait voir, dans l’obscurité. Bon, certes, son maléfice n’avait pas fonctionné. Mais quand même ! « C était un coup bas ! » ronchonnai-je, pour la forme. Je me retins d’éclater de rire. Non, j’étais vexé et j’allais bouder et garder le silence pendant les dix prochaines minutes ! Si si ! J’en étais parfaitement capable ! Ce qui était excessivement rare et relativement inquiétant d’ailleurs, un O’Carley silencieux.

Ma résolution tint moins d’une minute. D’une, je ne lui en voulais pas vraiment, et de deux, il y avait des bruits inquiétants dans cette forêt. Il est peut-être temps de devenir sérieux deux minutes Benedict ! De toutes les énumérations que Clarence fit, je ne savais ce qui était sensé me rassurer le plus, le fantôme et le troll à la rigueur... quoi que… J’esquissai un sourire contrit. « Génial ! » dis-je, sur un ton faussement enjoué.

J’essayai de me remémorer la page que nous avions lue avant d’être téléportés ici. Il s’agissait d’un livre sur des sorts anciens et oubliés et nous étions au chapitre des objets ensorcelés contenant des formules irrésolues. Celle sur laquelle je m’étais arrêtée m’avait interpelé car elle contait une légende à propos de la forêt interdite. Je m’étais amusé à lire la description à voix haute, prenant un ton lugubre, comme si je contais une histoire terrifiante destinée à faire peur à un première année. Clarence m’avait bien entendu sommé d’arrêter de faire le pitre, et à juste titre, car non seulement nous étions à la bibliothèque, le silence était de rigueur, et nous allions nous faire repérer, mais en plus, voilà où mes conneries nous avaient conduits.

La page concernait une espèce de vieille sculpture apparemment en bois, grossièrement manufacturée, représentant potentiellement un être difforme, mais le texte était incertain puisqu’il était écrit que personne ne l’avait jamais retrouvée, depuis que ce qu’il restait du corps de son dernier propriétaire avait été retrouvé à l’orée de la forêt interdite au 11ème siècle. En d’autres termes, il s’agissait d’une histoire aussi sordide que celle de cette fille qui s’était faite dévorée par un sanglier anthropophage et qui, je le pensais, avait été quelque peu enjolivée pour effrayer les première années et les dissuader de s’aventurer dans la forêt interdite. Alors que, rien que l’idée du sanglier monstrueux me…. Brrrr !
Bref, la formule ? « Heu… oui. Attends. Tu es où ? » Je discernais à peu près la silhouette de Clarence dans la nuit noire et me rapprochai de lui à tâtons. Je le touchai. « Au cas ou… ça marcherait. Histoire qu’on ne soit pas séparés. Tu es prêt ? » Cette proximité... Je ne savais pas si j’étais content ou non qu’il fasse aussi sombre. Bref, reste concentré deux secondes Benedict ! J’énonçai le début du maléfice irrésolu en latin : « Carpe Ju ! » Et puis rien… Je me figeai dans la position, à l’écoute du moindre bruit. « De toute évidence, sans le grimoire, ça marche moins bien ! » Un nouveau craquement retentit. Je tressailli, enlevant ma main de l’endroit où je l’avais posée, puis le craquement s’intensifia, encore et encore. « C’est quoi ça ! » Une énorme branche se détacha de l’arbre sous lequel nous étions. « COURS !!! » Je chopai ce que je pensai être le pull de Clarence et l’entrainai avec moi.

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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Dim 6 Mar - 19:12

Benedict prenait des risques, mais les calculait-il ? Bientôt le souvenir de Gwendoline la Fantasque, qui ne mourut point sur le bûcher mais dévorée par des loups à l'aune de sa soixante-dix septième année, serait éclipsé par celui plus récent et plus évident de la tragique mésaventure d'une jeune O'Carley qu'on aurait retrouvé mort, à moitié calciné dans la Forêt interdite ; lui-même, avec le temps, deviendrait Benedict l'Inconstant, ou Benedict Folle-Barbe, à la faveur des versions et des torsions de l'histoire originale. D'ici là toutefois, nos deux jeunes sorciers avaient bien le temps de se donner les moyens de revenir vers le château et de finir la nuit là où elle serait davantage bénéfique pour eux : dans le chaud confort d'un lit douillet. Tant que les deux baguettes refuseraient d'obéir à leurs ordres, toutefois, ce programme semblait compromis. Malheur à vous, pauvres sorciers impuissants !

Ni le sortilège de Clarence, ni celui de Benedict ne furent suivis d'effet ; c'était comme s'ils étaient deux moldus s'amusant à singer des sorciers. Quelle plaie ! Clarence haussa les épaules. S'il avait osé le maléfice des furoncles, c'était pour mieux se venger des sottises de son ami – et de plus, au fond de lui-même, il avait pressenti que la magie, cette fois encore, n'opérerait pas. « Bah ! Je savais que ça ne fonctionnerait pas... » avait-il concédé dans un soupir. Puis, quand ils se décidèrent enfin à agir, Clarence avait capté la proximité de Benedict et le regardait sans le voir. « Oui, je suis prêt, vas-y ! » Benedict y alla, Benedict déclama, Benedict... paniqua. Il comprit, comme Clarence, que l'itération nouvelle du sort irrésolu, de cette fraction incomplète de la formule, ne produisait rien, nul effet ne suivit ; mais les craquements autour d'eux se firent plus immédiats, dans toutes les directions, y compris au-dessus de leurs têtes.

Clarence haussa le regard mais n'eut point le temps de distinguer une seule ombre, une seule forme dans l'étoupe noire, que déjà Benedict s'effrayait des bruits ambiants et s'enfuyait avec grâce et courage, entraînant Clarence avec lui, qui perçut d'ailleurs au craquement de la laine que son pull serait appelé cette nuit à souffrir atrocement des maltraitances usuelles... « Attends ! » dit-il avec humeur, mais déjà il était trop tard, la peur avait saisi les tripes de Benedict et semblait lui donner des ailes. Il n'y avait plus ni lois physiques, ni réalités scientifiques, rien que l'effroi et les lestes pattes du jeune Serdaigle. Et le pauvre Macmillan, saisi au col, se voyait impuissant à rien empêcher, molle victime de la panique de son ami. Il dut courir tant bien que mal, traîné sur plusieurs mètres, sur plusieurs arpents, même ! Les pieds traînants, les genoux trop sollicités, la joue parfois griffée au passage d'un arbre aux branches basses... et Benedict qui ne s'arrêtait plus. Savait-il seulement où il allait ? Son instinct lui dictait-il la bonne direction à prendre ? Clarence, qui savait parfois se faire plus canasson qu'étalon, freina des quatre fers et retint son ami juste avant qu'il n'allât choir au fond d'une fondrière dont les remous fétides leur étaient visibles grâce à la faible clarté lunaire. « Ce n'est pas encore l'heure du bain de minuit ! »

Clarence passerait son tour. Il ne se déshabillerait pas pour aller faire trempette : il craignait trop de recevoir l'onctueux baiser d'un strangulot, dans pareille mare. Les deux amis durent reprendre leur souffle. Benedict, qui s'était sans doute découvert une force folle à la faveur de sa grande frayeur, les avait traînés vite et loin... encore que ? Qu'était-ce donc que ce bruit soudain ? Les mêmes craquements qui se rapprochaient. Conscient que son ami chercherait peut-être à précipiter leur fuite, à nouveau, Clarence prit l'initiative d'imposer son point de vue... avec, hélas, les moyens du bord, selon l'expression populaire, mais que peut faire un sorcier sans sa baguette et surtout sans magie ? Que ferait donc le professeur Keller, et que n'était-il là quand on aurait pu avoir besoin de savoir comment font les moldus pour gérer les situations de crise ? « Non, on ne bouge pas ! » hurla-t-il avec un surcroît de courage qu'il s'imposait pour tout à la fois dompter sa peur et, surtout, préempter toute réaction soudaine de Benedict. « Ce n'est peut-être rien ! Je veux savoir ! » Il enchaînait, à cor et à cri, les arguments en faveur de la posture de bravoure qu'il adoptait... sans savoir qu'il n'avait pas tout à fait l'air d'un héros de jadis, armure luisante et droite lance, dans le soleil couchant d'un champ de blé du Péloponnèse.

Admettons-le, ni Benedict ni Clarence n'avaient les profils de Léonidas ou d'Achille... L'instant fatal arriva, ce qui craquait les branches et les nerfs des deux garçons se rapprocha au point que l'odeur boisée d'un grand cervidé vint leur frotter la narine. Et tous deux purent constater que ce qui causa si grand émoi n'était autre... qu'un cerf. Clarence et l'animal échangèrent un regard et la tension se dissipa. Clarence donna du poing sur l'épaule de Benedict. « Tu mériterais que je te pousse dans la mare... » Oyez, oyez ! Acclamons tous sieur Benedict de la Mare et son écuyer, Clarence, qu'un cerf effraie dans la nuit noire ! Quelle bravoure, quelle vaillance, quel homme et chevalier de grand renom ! Mais le jeune sorcier n'avait trop le cœur à moquer l'effroi de son camarade. Lui-même n'en menait pas large. « Et que fais-tu là, toi, hein ? Tu veux tâter du bois avec nous ? Désolé mon gars, mais ni lui ni moi ne sommes cornus... » Le cerf demeurait devant eux. Il les avait suivi. À présent, c'était comme s'il les observait. Attendait-il quelque chose ? Clarence s'en intrigua. « Attends voir... »

Il s'approcha de la bête, admira sa majesté, et constata qu'un objet familier se trouver coincé dans les ramures sur sa tête... C'était le livre responsable de leur malheur du soir. « Oh ! Eh bien ça... voilà qui explique ton... insistance à nous fréquenter, hein ? Enfin, oui, bon, tu ne parles pas, et … » Et voilà qu'il parlait à un animal devant son ami ; Clarence n'aimait pas trop se donner en spectacle. Il adorait les animaux – comme un enfant, littéralement. Toutefois les deux Serdaigles auraient une belle surprise en récupérant le grimoire : même couverture, mais un contenu... transformé par le sortilège irrésolu. Le mystère n'allait que s'épaissir...
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Mar 8 Mar - 1:00





J’ignorais quels étaient ces sons qui sifflèrent au dessus de nos têtes, mais j’avais lu suffisamment d’ouvrages sur la forêt interdite pour avoir une vague idée des créatures dont elle regorgeait, et je n’avais pas particulièrement envie de me retrouver nez à nez avec un centaure, un sombral, une acromentule ou un gobelin buveur de sang. Je pouvais me montrer casse-cou, à mes heures, irréfléchi et impulsif, souvent, et je devais reconnaître ne pas faire preuve d’une grande bravoure à cet instant. Je n’attendis donc pas de voir quelle créature nous menaçait pour fuir. La réflexion avait été vite faite. Aussi brillants que nous puissions être, Clarence et moi-même, en sortilèges, nous étions tous deux démunis, sans magie, les longs discours soporifiques que j’affectionnais tant seraient sans effet sur un monstre sylvain, alors autant ne pas rester là !

L’adrénaline s’était emparée de moi et je n’entendis pas les protestations de mon ami que j’entraînais dans ma course folle. Notre sécurité importait plus que tout, et pour moi, sécurité rimait avec, mettre le plus de distance possible entre cette créature et nous ! Cependant, courir dans la forêt interdite, dans le noir absolu, n’était pas l’idée du siècle et c’était bigrement casse gueule ! Plusieurs branches me fouettèrent violemment le visage et le corps et je manquais par trois fois de tomber en me prenant les pieds dans des racines. Je ne savais pas vraiment comment je réussi à m’orienter dans cette pénombre, ni combien de temps nous courûmes. Soudain, j’aperçus une faible lumière qui me fit redoubler d’ardeur. Une sortie !

Tout s’accéléra. Une énième branche m’égratigna le front avant que je n’atteignisse ce que je pris pour la lumière au bout du tunnel. « HA ! » Je fus retenu de justesse par les bras de Clarence, qui m’empêchèrent de me précipiter plusieurs mètres en contrebas et de m’enliser dans ce bourbier pestilentiel. Quelques cailloux projetés par l’arrêt brusque de mes pieds firent le grand plongeon et disparurent dans un plouf étouffé. Le souffle court, le sang claquant violemment contre mes tempes, je ne trouvais pas l’air nécessaire à répondre à Clarence pour le moment. Je restai un instant immobile, comme si le temps s’était soudainement arrêté, toujours maintenu par mon ami dont la présence me rassurait. Je ne sais quand il me lâcha, mais lorsque je réussi enfin à retrouver suffisamment d’air, je lui soufflai un « Merci ! » accompagné d’un sourire sincère. J’aurais volontiers cherché un sarcasme à rajouter afin de garder une once de fierté tout de même, mais la créature nous avait suivis jusqu’ici.

Mon cœur refit un bond dans ma poitrine. Que faire ? Nous étions coincés ici entre cette fondrière et… un monstre. Je fis volte-face. Mais avant que je n’ai eu le temps de suggérer quoi que ce soit, Clarence haussa le ton. « Clarence ne soit pas…. » Phénomène exceptionnellement rare et de ce fait, méritant d’être souligné, je me mordis la langue et pris sur moi afin de me taire. Allons Benedict, arrête un peu d’être couard ! Prend exemple sur lui ! Oui, c’est ça ! De toute façon, je ne pouvais pas le laisser aller au devant de ce monstre et rester derrière lui, les bras croisés, sans rien faire. J’acquiesçais à ses paroles pour chasser ma peur et tentai de recouvrer un tant soit peu de courage. Je dégainai ma baguette, espérant avoir plus de chances de parvenir à lancer un sort ici. J’étais prêt. A quoi ? Je ne savais pas vraiment. Toutes les formules se bousculaient dans ma tête. J’eus l’impression d’attendre une éternité et ma nervosité était telle que le bout de ma baguette tremblait.

Clarence me tira finalement de ma torpeur et sa boutade fit redescendre la pression, d’un seul coup. Je lui jetai un regard appuyé accompagné d’un sourire en coin pour toute réponse et je rengainai ma baguette. Un silence était parfois bien plus éloquent qu’un flot de paroles. Même si cela ne me ressemblait pas vraiment, d’ordinaire. Je parlais le plus souvent pour meubler et dissimuler mes émotions. Il pouvait interpréter cela comme un « à charge de revanche », ou comme bon lui semblait, mais j’étais plutôt d’accord avec lui, j’aurais sans doute mérité représailles. Oui. J’avais donc une nouvelle fois retenu mes sarcasmes. Il était le seul avec qui je parvenais à mesurer mes propos. Enfin… à peu près. A quoi bon fanfaronner et jouer des faux semblants ? Avec lui, j’étais bien au dessus de ça ! Et à trop le chercher, j’allais finir par le trouver, du reste.

Bon, ce n’était qu’un cerf, certes. Mais il était gros quand même ! Cependant, ma nervosité avec les animaux étaient nettement amoindrie en présence de Clarence. Il savait y faire avec les bestioles et avait un don véritable pour communiquer avec elles. Il n’y avait qu’à voir comment il avait réussi à approcher ce dragon, l’été dernier, alors que j’avais eu la peur de ma vie ! Peur pour lui ! Même mon père n’en était pas revenu. D’ailleurs, mon père l’adorait. Mais bon, je digresse.
Du coup, d’aucun trouveraient peut-être ça idiot, mais avec Clarence, ma nervosité envers les animaux s’envolait. Avec lui, j’avais confiance. Je me rapprochai doucement de lui et lui chuchotai à l’oreille : « C’est malin ! Tout ce boucan pour si peu ! Il voulait notre mort où quoi ? »

Et voilà que Clarence se mettait à parler au cerf maintenant ! Je le suivis du regard, sans faire d’avantage de commentaires. Je savais qu’il n’était pas particulièrement à l’aise, lorsqu’on le regardait. Mais je n’avais aucun jugement à porter sur lui, et il le savait. Il me fascinait, de bien des manières. Je le regardai un léger sourire aux lèvres, silencieux, attentif et admiratif de la délicatesse de ses mouvements avec l’animal.
Puis je remarquai tout comme lui, le livre pris dans les ramages du cerf. Je le laissai le récupérer. Il valait mieux. J’étais trop brusque et, même si Clarence avait le don de m’apaiser, je n’avais définitivement pas le feeling avec les animaux, quels qu’ils soient. C’était rare. Ils devaient ressentir ma crainte profonde et cela devait créer une réciprocité de crainte, ou je ne savais quoi. C’était idiot, mais je n’y pouvais rien. A moins qu’ils ne soient capables de ressentir mon cruel manque d’assurance. Tout comme Brigitte la mangouste, qui me détestait, alors que je ne lui avais jamais rien fait, et que j’étais bien incapable de faire sciemment du mal à une bestiole.

Une fois que Clarence en eut fini avec le cerf, celui-ci disparu de nouveau dans les fourrés. Je reconnu la couverture du livre qui portait les stigmates laissés par les bois du cerf et quelques feuilles avaient du être déchirées, voir transpercées par l’animal, à son insu. J’espérais que la page de la statuette était intacte. Je n’aimais pas voir un livre dans cet état, tout comme je n’aimais pas ce que je vis l’instant d’après lorsque je levais les yeux sur le visage de mon ami, éclairé par un faible rayon de lune. Mon regard inquiet s’attarda sur l’éraflure que comportait sa joue.
Je fus soudain pris de honte, pour mon comportement, ma couardise et pour les sentiments contradictoires et complètement déplacés qui se livraient bataille dans ma tête à cet instant. « Désolé. » dis-je, baissant les yeux sur le livre que j’ouvris entre ses mains. « Un cerf ! Il n’y avait pas de quoi paniquer hein ! » ajoutai-je avec ironie. Je me sentais doublement idiot. J’avais envie de m’essayer à un autre sortilège. Car après tout, nous ne savions toujours pas ce qui nous avait empêchés d’en lancer quelques minutes plus tôt. C’était un sortilège complexe que l’on n’apprenait pas en cours. Je l’avais découvert dans un livre et je m’y étais longuement entraîné avant d’arriver à le maîtriser. Au vu de mon affinité avec les arts obscurs, j’avais d’ailleurs éveillé les soupçons de Clarence, à cause des mutilations volontaires que je m’étais infligées, dans le but d’apprendre à les guérir par moi-même. Ce sort, c’était comme une chanson. Ça partait d’une bonne intention, mais j’avais peur que cela lui paraisse bizarre. Car oui, je redoutais le jugement de Clarence plus que celui de n’importe qui d’autre. J’avais peut-être déjà fais assez de bizarreries pour ce soir non ? Oh et puis zut ! Je me mis à fredonner malgré tout. En vain. Naturellement. Je risquai un regard furtif à Clarence, guettant sa réaction. Son éraflure était toujours là.

Puis quelque chose dans l’ouvrage attira mon attention. « Mais… qu’est ce que c’est que ça ? » Certaines pages du livre n’étaient pas écrites en anglais. « Ces glyphes, qu’est-ce que c’est d’après toi ? » Ca ressemblait très vaguement à du runique, mais je ne reconnaissais pas tous les symboles.« Cherche voir la page où nous étions, pour inverser le sortilège, ils disent quoi ? » Je feuilletai rapidement le livre, mais ne retrouvais pas la page. « Par cette lumière, on n’y voit rien !  Lumos ! » ah bah oui, hein ? Toujours pas ! J’avais une bonne mémoire et je ne reconnaissais pas les pages du livre. Bon, certes, le manque de lumière n’aidait pas.

« On devrait peut-être essayer de retourner au château, tu ne crois pas ? » Très judicieux ! Brillante idée Benedict ! Sauf que, la forêt interdite était l’endroit que nous n’avions pas vraiment pu cartographier avec Nocturnus et, de mémoire, nous ne nous étions jamais aventurés aussi loin. En tout cas, tout ça ne me disait rien. Il ne manquait plus que nous tombions sur de vrais monstres cette fois-ci et… Non. Ne pensons pas aux choses qui fâchent. « Ouais, sans carte, c'est nul comme idée ! » Et les cartes, c'était mon rayon, justement. «On n'a plus qu'à essayer de déchiffrer ce truc là !» dis-je en désignant le livre d'un signe de tête.

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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Mar 8 Mar - 2:28

Quand Benedict fut pris de la folle idée de fredonner une rengaine que le jeune Clarence connaissait bien, celui-ci ne put réprimer un soupir de réprobation, tempéré toutefois par la retenue qu'il s'imposa. Il n'aimait pas se montrer trop inquisiteur à l'égard de Benedict. Il connaissait du garçon les failles et les fêlures intimes que cette chanson manifestait. Il lui parut vain, dans leur situation, d'ajouter du mélodrame aux difficultés de leur présence dans la Forêt interdite, en compagnie d'un cerf dont le rôle restait à définir. Comme il fallait s'y attendre, toutefois, le sortilège de Benedict ne fut pas suivi d'effet. Ils consultèrent tous deux l'ouvrage qu'ils venaient de retrouver dans les ramures du cervidé, et bientôt remarquèrent que nombre des pages du grimoire n'étaient plus semblables à ce qu'ils virent dans la bibliothèque ; l'anglais avait cédé la place à une autre langue, et l'alphabet latin à un autre... qu'était-ce au juste ?

Benedict suggéra du runique, mais Clarence avait tôt remarqué les distinctions trop évidentes, qui orientaient donc vers une autre langue, qui appartenait à la même famille, mais hélas couvrait trop de différences pour qu'aucune analogie ne fût pertinente. « On dirait les symboles de la langue ougaritique... mais alors qu'est-ce que ça ferait dans un grimoire... euh, la langue ougaritique, c'est plutôt l'alphabet qu'on a retrouvé dans la ville d'Ougarit, et qui passe pour être l'un des plus vieux du monde. »

Il crut bon d'apporter cette précision. Les langues anciennes – et de surcroît les alphabets moldus – n'étaient pas un centre d'intérêt très courant chez les jeunes sorciers, y compris parmi les Serdaigle. Clarence occupait son temps libre à des activités décidément bien étranges, admettons-le ! Ils atteignirent rapidement la page qu'ils cherchaient, celle qui leur causait tant de troubles, et quand Benedict s'essaya une fois encore à un Lumos qui échoua, Clarence ne put réprimer un ricanement douceâtre, qui se transforma en vif éclat de rire à la suggestion d'une promenade nocturne pour retourner au château. « Je t'en prie mon cher, montre moi le chemin ! As-tu semé des miettes de pain pour le retrouver, petit Poucet ? »

Taquin, Clarence l'était, bien qu'il sût au fond de lui que rentrer au château était la chose à faire, et que cela leur était impossible tant qu'ils ne pourraient savoir où ils étaient et tant qu'ils n'auraient pas recouvré le contrôle de leur magie. Benedict parvint à la même conclusion que lui et proposa de diriger leurs efforts sur le grimoire. Sans doute décelait-il la solution à leurs soucis... mais tant de mystères ! C'était insupportable. Et le cerf, dans tout ça ? Clarence soupira longuement, et tourna les pages encore. Par chance, il avait noté à part lui le numéro de la page où se dissimulait le sortilège irrésolu. À peine eut-il ouvert le livre à cette page que celui-ci s'échappa de ses mains et s'ouvrit devant eux, lumineux comme un lampion de foire, nimbé de volutes spectrales. Clarence, aussitôt sur ses gardes, tira sa baguette, bien conscient toutefois que ce serait en vain. Le livre... oui, vous avez bien lu, le livre parut s'éclaircir la gorge et une voix de cathédrale s'éleva de ses pages lumineuses. « Ah, mes aïeux... voilà non pas un, mais deux petits imprudents qui ont laissé traîner leurs yeux là où ils auraient mieux fait de les fermer, hein ? Alors, qu'est-ce que ça fait... hum ?

À en croire l'humidité que je sens s'infiltrer dans ma couverture... et croyez-moi, j'en frissonnerais si j'avais une peau pour le faire... bref, nous sommes donc dans une forêt et il fait nuit ! Formidable ! Cela explique sûrement le cerf... brave bête ! »
Clarence affichait le plus complet étonnement. Rêvait-il ? Était-il victime d'un maléfice ? Quelqu'un se jouait-il d'eux ? Il chercha à percevoir une présence à proximité mais n'y réussit guère. Le livre parut lire dans ses pensées. «  Ah, je sens ton trouble, petit, et je te comprends... moi aussi je me poserais des questions à ta place ! Mais je suis au regret de te décevoir : vous êtes seuls responsables de ce qui vous arrive... même moi, je n'ai rien demandé ! Allons, je suppose que me présenter s'impose, même si ça ne vous avancera pas vraiment... Je suis Momus, le Livre des Possibles, et comme vous l'aurez compris, ma spécialité... »

Mais Clarence l'interrompit. « Le quoi ? Impossible ! C'est... » Ce fut au tour du livre d'interrompre le sorcier, une expérience qui choqua ce dernier, car après tout... « Impossible ? La preuve que non ! Vous ne rêvez pas, j'existe, et vous pouvez si vous voulez vous pâmer d'extase devant une découverte qui changera votre vie... ou plutôt, la rendra pour quelques heures moins ennuyeuses... enfin, je l'espère ! Il y a tout de même pour vous des risques, des risques sérieux, hein... alors prenez garde, et tout le reste, enfin... car bon, de mon côté, hein, c'est la même routine... un élève trouve le livre, l'ouvre, lit ce qu'il ne doit pas lire, et patatras, il se passe quelque chose... ce n'est jamais la même chose, mais c'est toujours... quelque chose ! Là, j'avoue, c'est original... d'ordinaire, je reste dans le château, et pourtant nous sommes dans une forêt... sans doute celle d'à côté, là où la petite Rosalie a été tuée, non ? Non ? Enfin, je n'en sais rien... Eh ! Dites à ce cerf de ne pas me manger ! Mon papier est précieux... »

Clarence s'interposa entre l'animal et le grimoire. Caressant et ferme, il sut convaincre le cervidé de s'éloigner. Il n'en revenait pas. Le livre des Possibles... c'était comme la Salle sur demande, c'était une légende ! Ça n'existait pas ! Et pourtant, il était là devant eux, à leur parler, à leur expliquer... de façon très bizarre, ce qui les attendait... et cela l'effraya d'un coup, car justement, ce qui les attendait... était imprévisible. Le livre n'avait pas eu besoin de le dire, Clarence connaissait la légende, et savait qu'ils auraient mieux fait de laisser le bouquin à sa place et de l'oublier...

« Alors maintenant... oserez-vous me relire un brin ? Formuler à nouveau le sort irrésolu ? Me jeter dans la marre peut-être ? Il va bien falloir faire quelque chose... et bien sûr, vous attendre à tout, car après tout, vous ne pourrez pas vous débarrasser de moi comme ça... j'ai si peu souvent de la compagnie, il faut bien que j'en profite ! Et puis tant que vous n'aurez pas bouclé la boucle, vous m'aurez dans les pattes, si j'ose dire ! »
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Jeu 10 Mar - 13:03





J’essayai de me concentrer sur le grimoire qui était identique à celui que Clarence et moi feuilletions dans la bibliothèque, sans toutefois être exactement le même. Je fronçai les sourcils, essayant de lire cette langue inconnue et ma main se crispa légèrement sur le bas de la page lorsque les feuilles du buisson en face de nous se mirent à bouger. Le cerf n’était pas parti. L’ami des bêtes avait encore fait usage du charme dont lui-seul avait le secret. « Encore un qui t’aime bien on dirait. Il faudra que tu m’expliques un jour comment tu fais ! » dis-je, avec un sourire mutin.

« La langue ouga quoi ? » J’avais quelques notions de langues anciennes moldues, de grec et de latin principalement et je savais identifier quelques hiéroglyphes, mais mes connaissances en la matière s’arrêtaient là. Je ne savais pas les déchiffrer. Quant à cet alphabet dont Clarence parlait, je n’en avais jamais entendu parler. « Ah oui ?? »  demandais-je avec avidité, en levant les yeux lui. Ça m’avait l’air tout à fait intéressant et je n’aurais pas dit non à passer la nuit avec lui, ici, et à l’écouter disserter sur le sujet !

Effectivement, les glyphes étaient trop réguliers pour n’être que de simples runes. Mais comment en être sûr puisqu’il n’y avait pas moyen d’avoir un meilleur éclairage ? « Fichtre ! »  râlai-je après avoir échoué une nouvelle fois mon sortilège. Réflexe idiot. « Ha ha ! »  répliquai-je d’un rire traînant, piqué au vif. Petit Poucet, non mais !  M’insurgeai-je intérieurement. Sérieusement ? L’allusion un soupçon provocatrice de Clarence à ma taille avait fonctionné, du moins, ce fut ainsi que je l’entendis. Il était fréquent qu’il me charrie sur le sujet, et comme j’avais tendance à être un tout petit peu susceptible et très réceptif à ses railleries, je démarrais au quart de tour, avec un grand sourire néanmoins : « Bien-sûr mon grand ! » C’était plutôt bon signe en général. Un silence de ma part aurait été plutôt inquiétant. Je savais qu’il me taquinait, à double titre, qui plus est. Mon regard brillait de cet éclat mutin qui laissait présager que j’allais forcément répliquer par une connerie. J’étais prévisible. Parfois. Je lâchai le livre, fis mine de chercher quelque chose par terre, - on n’y voyait toujours rien - puis j’ajoutais sur un ton légèrement moqueur : « Sauf qu’il semblerait que ton ami le cerf ai mangé notre chemin ! » Ben voyons ! « J’espère juste qu’on ne va pas croiser un troll ensuite, je ne tiens pas spécialement à lui servir de dessert ! »

J’en avais terminé avec mes pitreries et avais retrouvé une once de sérieux lorsque je proposai d’étudier d’avantage le livre. Clarence tourna des pages et quelques glyphes me sautèrent aux yeux. « Attends une minute ! Je crois que j’ai déjà vu ça quelque part ! » dans les dossiers de travail de mon père notamment. Mais le livre lui sauta littéralement des mains avant que je n’eusse le temps de dire ‘quidditch’ ! « Wow ! » Tout comme Clarence, j’étais conditionné par ma présence assidue au club de duel et j’avais immédiatement eu le réflexe de tirer ma baguette. Voilà que le livre se mettait à parler maintenant ! « Au moins, maintenant, on y voit un peu plus clair ! »

Imprudents, nous ? O grand jamais ! Le vieux grimoire ne croyait pas si bien dire ! Le coin de mes lèvres se rehaussa légèrement tandis que je cherchais la complicité de Clarence par un bref échange de regards, le livre toujours dans la ligne de mire de ma baguette magique, qui ne me serait d’aucune utilité du reste, mais je la gardais scrupuleusement pointée sur lui, par principe.

« Le livre des quoi ? » Si, si, j'avais parfaitement bien entendu ! Ma voix se confondit à celle de Clarence qui interrompit Momus au même titre que moi. J’étais tout aussi stupéfait que mon ami, mais contrairement à lui, semble-t-il, ma surprise se mua bien vite en une excitation puérile qui se lu aisément sur mon visage. Forcément, ce n’était pas tous les jours que l’on faisait une découverte pareille ! Si ce livre disait vrai, nous venions de mettre la main sur un trésor inouï ! « Attends Clarence ! Tu sais ce que ça veut dire ? » Mon cerveau se mit à tourner à une vitesse folle. Je me remémorais à toute allure tous les mythes que j’avais lus et entendus à propos de ce livre, toutes ces histoires que l’on m’avait racontées, gamin, pour stimuler mon imagination avant de m’endormir. J’étais comme un gamin au matin de noël. « C’est formidable ! Qui aurait pu croire que Poudlard abritait le Livre des Possibles !!! » Je n’en revenais pas ! Mais contrairement à Clarence, qui se montrait particulièrement prudent et méfiant, au demeurant, je ne mesurais pas le danger que ce livre pouvait représenter pour l’instant. J’étais bien trop occupé à réfléchir à toutes les choses formidables que nous pourrions déjà faire avec ! Oui, Nous ! Car il était mon complice, dans cette affaire, qu’il le veuille ou non !
Et comme toujours, lorsque je découvrais un truc palpitant, je me laissais déjà entraîner par ma passion dévorante et débordante, mue par mon goût prononcé pour toutes les bizarreries magiques. Je brûlais déjà d’excitation et je trépignais d’impatience à l’idée de découvrir tous les mystères dont ce livre regorgeait ! Cependant, seul mon regard brillant trahissait mon émoi et je prenais encore sur moi pour le reste. Du moins pour l’instant.

« Non, non, non, non, non ! Hey ! » protestais-je quand le cerf fut pris d’envie de paître les pages de ce livre ô combien fabuleux ! J’avais fait un mouvement brusque du bras pour chasser la bête, mais j’étais resté à bonne distance tout de même. On ne savait jamais. Je remerciais intérieurement Clarence de faire le reste. Quant à moi, ma baguette toujours en main, - je n’étais pas complètement inconscient quand même ! - je m’étais accroupi devant le livre que je dévorais des yeux. J'étais bouquivore, certes, mais les livres constituaient d'avantage pour moi la nourriture de l'esprit. Et le mien était incorrigiblement insatiable.
Autant dire que les paroles du grimoire sonnaient à mes oreilles comme un doux carillon dont je n’étais pas prêt de me lasser ! « Oh ! Alors c’est comme ça ! Tu entends ça Clarence ? » La lumière du livre ne fit qu’amplifier la leur d’espièglerie plus qu’inquiétante qui illuminait déjà le regard que je levais sur lui, à cet instant. « D’après le livre des Possibles, il est impossible de se débarrasser de lui ! » Mon ton sentait l’ironie à plein nez mais mon sourire carnassier était éloquent, du moins, pour qui me connaissait suffisamment.

C’était avéré et Clarence connaissait mes travers. Même si j’en avais parfois un peu honte, j’avais appris à me confier à lui, avec le temps, lorsque cela me pesait de trop. Il savait donc aussi que j’étais particulièrement déraisonnable quelques fois, pour ne pas dire souvent.
Ce livre était-il doté d’une conscience, capable de penser ? Il savait lire notre surprise et déceler notre trouble… Hmm, intéressant ! Quelle genre de magie était à l'oeuvre ? Une multitude de questions se bousculaient déjà dans ma tête. Et à votre avis ? Quel était le comble pour un individu doté d’une extrême curiosité, au point où s’en était presque maladif chez lui ?

« Et bien, nous allons voir ça ! » Sans demander mon reste, je me saisi du livre sans lui demander son avis. « Et… comment se fait-il que… » notre magie n’ai aucun effet depuis que j’avais formulé ce sortilège irrésolu ? J’étais peut-être ivre de la découverte que nous venions de faire, mais contrairement aux effets que pouvaient produire certains sortilèges ou certaines boissons moldues, je n'avais pas encore perdu la tête et je n’avais pas non plus laissé ma jugeote à la bibliothèque. Si ce livre avait quoi que ce soit de maléfique, il valait mieux ne pas lui révéler que nous étions impuissants face à lui. Et puis, peut-être que ce n’était pas le sort, peut être que c’était simplement la proximité du livre qui faisait des interférences avec notre magie. C’était une possibilité. Et un bon moyen de le mettre à l'épreuve. « …que... qu'est ce que tu as dit ? » Il fallait bien broder et un détail venait de me revenir en mémoire, à propos de la petite Rosalie qui avait été tuée. Mon grand sourire s’était un peu atténué. Je fermais le livre un peu sèchement puis me relevais brusquement. « Je n'y crois pas à ces histoires de Livre des Possibles !» Mon revirement de comportement était quelque peu abrupte et soudain. J'avais tendance à être un peu lunatique par moment. « Viens Clarence, tirons-nous d'ici. » Etais-je devenu raisonnable tout à coup ? Ce qu'il y avait de sûr, c'était que j'avais une idée derrière la tête.

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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Sam 12 Mar - 18:27

Comment faisait-il ? Clarence ne put réprimer un sourire. Benedict avait sa réponse. Il connaissait l'art de plaire au monde, sur le bout des doigts, il savait les secrets de l'agrément, et surtout n'ignorait rien des façons les plus subtiles d'obtenir toujours le meilleur d'autrui, à force non de sollicitations et d'empressements, mais bien de suggestions et d'inductions. Était-ce à dire que le jeune Macmillan fût de ces êtres charismatiques et magnétiques qui ont tout autour d'eux ce que d'aucuns nomment une aura et d'autres une nimbe d'influence, dont il se servirait bien malgré lui pour exercer l'empire qu'on lui connaissait sur son entourage ? Le temps se chargerait sûrement de nous révéler les petits secrets du jeune homme, mais déjà force m'est de constater quelle étrange fascination il savait exercer sur les autres, et quel altière naïveté toujours il affichait quand on le lui faisait remarquer ; ce n'était pas pour rien, sûrement, qu'il était devenu préfet, ni qu'il s'était construit la réputation qu'on lui connaissait au sein de la maison Serdaigle, toutes ces années durant, depuis les premiers jours de la première année jusqu'à ces dernières semaines. Que le cerf se montrât docile et bon pour lui relevait peut-être du même mouvement, mais Clarence n'y voyait là ni rien de spécial, ni rien d'exceptionnel : l'affection particulière qu'il avait pour les animaux lui semblait justifier l'attitude de la bête. Celle-ci d'ailleurs demeura indifférente aux plaisanteries de Benedict, qui semblait n'avoir que trop bien compris l'allusion au trop célèbre conte de Charles Perrault.

Un classique indémodable et scandaleusement réussi, d'ailleurs ! Mais là n'est pas la question, nous ne sommes point dans cette forêt pour discuter littérature française classique après tout ! Déjà qu'on me reprochera sûrement d'avoir mis dans la bouche de Clarence une référence d'outre-Manche... alors qu'il est de Cornouailles !  Mais fi, si vous saviez tout ce que je pourrais mettre dans la bouche de Clarence, vous en auriez les cheveux blanchis d'effroi et la moustache toute ratatinée ! Alors revenons à nos deux imbéciles en promenade et surtout, à ce livre des Possibles qui s'ouvrait devant eux et les conviait à quelque aventure formidable. Clarence écouta avec grande attention.

S'il avait pu se soustraire à cette occupation pour divertir un peu de sa concentration vers son ami de toujours, Clarence aurait sûrement condamné la trop évidente fébrilité de Benedict, qui déjà se laissait emporter par l'excitation et l'enthousiasme. Hélas... il parut trop tard pour l'empêcher de se vautrer dans l'extase hystérique à l'idée des « possibles » quand Benedict exprima toute la joie qu'il avait d'avoir fait pareille découverte. Clarence faisait la moue. Une moue silencieuse qui pourtant hurlait : « Alerte, alerte ! »

Au moins Benedict ne sautillait-il pas tout autour d'eux, tel un chiot en fureur à l'idée de mâchouiller le bâton qu'on promettait de jeter au loin... peut-être aurait-il dû jeter sa baguette au loin pour distraire Benedict pendant qu'il réglerait le problème du Livre et des implications de sa présence... de leur présence dans la forêt dans cette... configuration insolite. Benedict l’interpella. « Oui, j'ai entendu... » Mais il était clair à présent que son camarade avait compris des choses au-delà de ce que le plus prudent Macmillan avait lui-même compris. Et ce fut plus clair encore quand Benedict vira des quatre fers et leur imposa un départ précipité.


« Comment ça, déjà ? » s'étonna le livre avec si grande surprise qu'il en frémit de la reliure – et croyez-moi, pour qu'un livre en frémisse de la sorte, il faut y aller très fort ! Clarence lui-même ne fut pas en reste et haussa si haut les sourcils qu'il manqua de crever la bulle de ses yeux.

« Euh, Benedict ? Tu es sûr ? » Le Macmillan avait abaissé sa baguette et sans trop s'inquiéter pour Benedict, il s'interrogeait sur les causes de ce revirement. Il y percevait l'ébauche ou l'esquisse d'une idée bien à lui qu'il partagerait sans doute plus tard, mais Clarence eut malgré tout quelques instants de doute. Et ces quelques instants le maintinrent à sa place, mais là encore, il commit une erreur tactique... dont les conséquences se paieraient cher. Benedict avait tourné les talons, et pour mieux appuyer toute l'autorité de sa décision, il avait saisi Clarence au poignet pour l'entraîner. Sauf que les deux jeunes gens s'éloignèrent du livre et de sa luminosité... Clarence ne vit point l'épaisse et noueuse racine d'un grand frêne. Il s'y prit le pied, bascula en avant, et tête la première tomba... dans le bassin fétide et puant de la mare voisine.

Par chance il eut le temps de repousser Benedict qui alla embrasser l'écorce mousseuse, quand l'autre n'eut point tant de bonne fortune et ne trouva rien que le cul d'un crapaud à frapper de ses lèvres closes – batracien qui du reste ne devint ni prince, ni rien du tout, et s'en alla d'une brasse et d'un bon après avoir gémi et coassé son indignation. Tandis que Clarence pataugeait encore dans l'eau saumâtre et tentait tant bien que mal de revenir vers la rive qu'il lui fallait gravir, cette fois, dans le bon sens, la voix du livre s'éleva à nouveau, et sa lumière vint dorer la mare. « Ah, tiens ! Je pensais que vous auriez rencontrer là autre chose, mais il faut croire que vous êtes tombés sur Colfénor... c'est l'arbre-gardien le plus farceur que je connaisse ! Pas étonnant que je me sois retrouvé dans les ramures d'un cerf en fin de compte... »

Un vague craquement d'écorce se faisait entendre alors que Clarence émergeait. Il crachait avec peine l'eau qu'il avait avalée bien malgré lui. Ses vêtements étaient poisseux et il y avait dans ses cheveux plus que de la mousse et des pétales de nénuphar... Il dit tout de même, entre deux, trois ou quatre claquements de dents : « C'est termi-mi-miné... je ne te laisse plus li-li-lire quoi que-que-que ce soit d'inco-co-connu dans la Bibliothèque en ma-ma-ma présence... » Mais à peine avait-il énoncé cette promesse douceâtre qu'il dut se taire tandis que la voix de... de quoi d'ailleurs ? C'était une voix grave, pesante, lourde de milliers d'années de sommeil, peut-être... comme si quelque vieillard s'était soudain levé de sa tombe pour chanter. En vérité, c'était l'arbre qui parlait.

« Welcome to my tranquil thicket,
Where none shall sing but the cricket.
What can I do to be of help
To both of you ? Please do not yelp...  »

Clarence manqua l'explosion cérébrale. Comme si la soirée n'était pas déjà suffisamment...
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Lun 14 Mar - 10:01





La moue de Clarence trahissait son appréhension face à la manifestation de mon excès d’enthousiasme que je n’avais pas cherché à réprimer. Certes, ce n’était pas bon signe pour lui, le préfet de Serdaigle bien posé, qui aurait sans doute préféré que nous continuâmes d’étudier bien sagement à la bibliothèque au lieu d’être confronté à un livre qui parle. Nous serions alors passés à côté d’une aventure qui m’apparaissait déjà bien prometteuse et je me félicitais déjà intérieurement d’avoir été son trouble fête ce soir, même s’il y avait des chances pour qu’il me le fasse regretter plus tard. J’étais prêt à prendre le risque.

Cependant, malgré la liesse qui ne demandait qu’à déborder par tous les pores de ma peau, je n’étais pas un bambin complètement immature au point d’être incapable de me tenir dans pareilles circonstances. Bon, certes, il n’était pas toujours évident de me canaliser et je devais reconnaître que j’étais parfois difficile à appréhender du fait que j’eusse un beau potentiel de gamineries à mon actif. J’étais fou, mais pas complètement stupide et, avant de m’emballer définitivement, je comptais bien vérifier quelques détails de la plus haute importance. C’était ce qui avait motivé mon revirement brutal de comportement et qui surpris et le livre, et Clarence, de toute évidence.

Je m’abstins de croiser le regard d’un Clarence stupéfait, au risque de trahir mes réelles intentions. « Absolument ! »  affirmai-je, d’un ton sans appel. Déterminé et ferme, je m’empressai de laisser le livre en plan, malgré la lumière qu’il nous procurait et entrainai mon ami dans les profondeurs obscures de la forêt que nous avions quittées plus tôt. Oui, il y avait vraiment de quoi se demander quelle mouche avait bien pu me piquer. Mais j’avais de la suite dans les idées. J’aurais d’ailleurs plutôt pensé que Clarence aurait été satisfait, pour une fois, que je me montre un tant soit peu raisonnable. Enfin, si l’on pouvait considérer cela comme une décision raisonnable, puisque je venais de me mettre en tête d’éprouver le Livre des Possibles et de vérifier l’étendue de son pouvoir.

Cependant, nous n’eûmes pas vraiment le temps d’aller bien loin que quelque chose bougea devant nous. Je fus témoin des craquements inquiétants de la forêt qui pourtant n’entamèrent pas ma détermination, du moins, je n’eus pas le temps d’analyser la source de ce bruit inquiétant. Je n’avais pas vu la racine sortir du sol lorsque Clarence me repoussa violemment contre un arbre dont la mousse – mon nez l’en remerciait - amortit mon impact. « Mais qu’est-ce que tu…? »  maugréai-je. J’avais lâché le poignet de mon ami et j’en perdis même ma baguette magique sous le coup de la surprise et du choc.

Plouf !

Comment-ça plouf ? Une légère appréhension s’empara de moi. Je n’entendis aucun cri, mais aussitôt eus-je embrassé la mousse que je fis volte-face ; les mains vide. « Fichtre ! » ma baguette ! Elle avait du s’égarer au sol, quelque part, dans les racines de l’arbre géant contre lequel mon ami m’avait envoyé, ou ailleurs dans les buissons voisins. Mais ce n’était sans doute pas le plus urgent pour l’instant. Le livre était toujours à proximité – donc, selon mon raisonnement, elle ne m’était donc d’aucune utilité - et l’écuyer venait de se prendre pour le sieur de la Mare ! J’étouffais un rire. « C’est déjà minuit que tu aies soudainement envie d’un bain de boue ? »  J’allais certainement très vite regretter mes railleries. Mais ne dit-on pas, qui aime bien châtie bien ? Et puis, cela avait été plus fort que moi.
Je me précipitai au bord de la rive pour l’aider à sortir de là, à la lumière du livre qui ramenait sa prose. On aurait cru entendre un O’Carley en cours de métamorphose ! Ou n’importe quel cours avec un tant soit peut de théorie, pour que la rime en impose. « Viens par là ! » lançais-je à un Clarence tout boueux à qui je tendis une main secourable, n’écoutant le Livre des Possible que d’une oreille. Cependant, quelques mots dissonèrent à mon oreille. Si la découverte du Livre des Possibles m’enthousiasmait, rien que l’idée d’avoir affaire à un arbre gardien et farceur me fit grimacer. J’espérais sincèrement être victime de ma trop fertile imagination quand aux propos que mon oreille avait prêté au livre.

Je me tenais toujours sur le bord de la rive, tendant un peu plus la main vers Clarence pour l’aider à sortir de cet enfer boueux et pestilentiel duquel il peinait à émerger. Je tressailli et sentis tous mes poils se hérisser au nouveau craquement sonore de l’écorce derrière moi. Je manquai d’ailleurs de glisser à mon tour. « Dis-moi que je suis en train de rêver ! » marmonnai-je entre mes dents serrées. Je me mordis l’intérieur de la joue afin de ne pas laisser la peur m’envahir d’avantage. On est dans une forêt Benedict, c’est normal que les branches craquent ! C’est le cerf ! Oui, c’est ça, c’est le cerf !
Je préférais jouer les téméraires et ne pas me retourner. Il ne valait mieux pas ! Clarence d’abord ! Le reste, nous aurions tout le temps d’aviser, à deux. « Tu me remercieras plus tard ! » dis-je avec le sourire, faisant fi de cette promesse vaine proférée sous le coup de la colère. « Attrape ma main ! »

La chanson entonnée par cette voix d’outre-tombe s’élevant des entrailles de la forêt, me fit frémir. Ne pas crier. Il en avait de bonnes ! La mine décomposée de Clarence aurait du m’achever, mais au lieu de cela, un élan de courage me permis de chasser mes doutes et mes peurs avec force. Ma main tremblante se raffermit au contact de celle de mon ami et ce fut avec assurance que je le saisis par le poignet, puis le bras afin de le tirer de là, de toutes mes forces.


    Lancé de dé :
    1 : Je parvins à aider Clarence
    2 : Je basculai à la renverse, lui sur moi

    3 : Je basculai avec lui dans la mare.


« Je te tieeeens ! » Mais au moment où je donnais l’impulsion pour le sortir définitivement de là, un morceau de terrain se déroba sous mes pieds et je basculai avec lui la tête la première, dans un enchevêtrement de corps et de membres. « Wooooooo ! »

Plouf !
Again !

Et non Clarence, mon pauvre ami, tu n’es pas au bout de tes peines ! Il n’y en avait décidément pas un pour rattraper l’autre ! Je m’empressai de sortir la tête de l’eau croupie. « Beurk ! » Sieur de la Mare avait fini par rejoindre son écuyer ! Quel homme dévoué !
J’étais partagé entre le soulagement de ne plus être à proximité de l’arbre ancestral et la répulsion que m’inspiraient ces eaux nauséabondes et s’il me venait bien un sarcasme à l’esprit à cracher au visage de l’opportun, sous le coup de la peur muée en colère… c’était un arbre tout de même ! Bon, il avait l’air vieux et pas très vivace, mais c’était un arbre quand même ! Je réprimais donc mes jurons furieux et me contentai de maugréer entre mes dents : « Si tu pouvais nous aider à sortir de là au lieu de … de… » Mais cela ne visait à être entendu ni de l’arbre, ni du livre. Il était rare que je m’emporte, aussi n’était-ce que l’ouverture presque silencieuse d’une soupape pour évacuer la pression. Ce fut en croisant le regard de Clarence à mes côtés que je pris sur moi pour me calmer et arrêter de râler.

Un nouveau craquement sonore retentit dans la forêt et je cru entendre un vieux rire. A moins qu’il ne s’agisse du vent. Si mon visage n’avait été recouvert de boue, il en serait presque devenu luminescent. Le sol se mit à trembler. La terre de la rive devant nos yeux ébahis se fendit et l’eau de la marre se mit à onduler vigoureusement. Je cherchai la main de Clarence dans la flotte. Nous étions pris au piège, les pieds coincés dans la vase et nous ne pouvions fuir. Je cru que mon cœur allait s'arrêter lorsque je vis quelque chose émerger à la surface de l’eau devant nous, de sorte que l’on aurait cru à la présence de quelque monstre aquatique. Qu'avait dit le livre, déjà ? L’arbre riait toujours. Je sentis quelque chose bouger sous mes pieds. Je resserrais mon étreinte sur la main de Clarence, terrorisé et impuissant à faire quoi que ce soit pour nous sortir de là, sans magie. Je risquai un regard dans sa direction lorsque l’eau se mit à bouillonner entre nous. Nous fûmes aussitôt projetés hors de l’eau sur le dos d’une épaisse racine.
Il semblait que l'arbre-gardien soit de bonne humeur, à moins qu'il ne m'ait entendu et ait exhaussé mon souhait.



Dernière édition par Benedict O'Carley le Lun 14 Mar - 11:02, édité 5 fois
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Lun 14 Mar - 10:01

Le membre 'Benedict O'Carley' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Mar 29 Mar - 0:40

Certes, non ! Clarence n'avait pas particulièrement envie d'un bain de boue. Il ne doutait pas des vertus de la pratique pour l'hygiène corporelle, et s'il avait été plus coquet, nul doute qu'il aurait pataugé de bonne grâce dans le mélange d'eau, de terre, de poussière, de mousse et de substances fétides qui composaient la grande mare ; sa chute y avait imprimé d'étonnants remous. Ce contact privilégié avec la vie putride du marais lui donnerait longtemps à réfléchir. Qu'est-ce donc que l'homme, sinon ce malheureux rien du tout qui s'égare dans le bourbier de la  vie ? La mouche qui tombe dans la glu d'une toile invisible ? Le parallèle est effrayant, presque sismique ! Chez les Bamiléké et les Bamoun, la mouche est le symbole de la solidarité. Au royaume des petits insectes ailés, c'est l'union qui fait la force. Une mouche seule est sans défense ! Un peu comme un être humain, non ? Un peu comme un sorcier privé de sa magie... Chez les Grecs – eh oui, toujours eux ! – la mouche était un animal sacré, auquel se rapportaient d'ailleurs certains noms de Zeus et d'Apollon. Peut-être évoquait-elle le tourbillonnement de la vie olympienne, ou l'omniprésence des dieux ?

Car la mouche est omniprésente. Sans cesse bourdonnantes, virevoltantes, mordantes, les mouches sont des êtres... insupportables. Elles se multiplient sur la pourriture et la décomposition, colportent les pires germes de maladies et défient toute protection : elles sont l'incessante poursuite, l'urticaire volant et permanent... c'est en ce sens qu'une ancienne divinité syrienne, Belzébuth, dont le nom signifierait étymologiquement « le seigneur des mouches », est devenue le prince des démons. Quel parallèle saisissant donc entre la mouche et l'homme, cet emmerdeur fini ! Et la ressemblance ne s'arrête point là, non, quand on sait qu'elle est aussi la figuration ésotérique du pseudo-homme d'action, agile, fébrile, inutile et revendicateur : souvenons-nous de la mouche du coche de la fable, qui réclame son salaire après n'avoir fait qu'imiter les travailleurs... ainsi l'ami Clarence se sentait comme une mouche dans la tourbe du marécage.

Il en sortit avec une pesanteur compassé et là où il aurait dû détester le monde entier de l'avoir, ce soir, affligé de tous les mots, le sorcier comprit rapidement qu'il n'était pas au bout de ses surprises. Un arbre qui parle ! Il aurait tout vu. Il aurait tout entendu. Il n'y croyait plus ! Il ne voulut, un instant, plus rien faire que mettre la baguette à la ceinture et rentrer chez lui, pour y trouver chaleur, réconfort, et prétexte à ne rien faire... sauf qu'il se souvint vite que chez lui ne l'attendaient pas vraiment le feu du réconfort et la chaleur de la paresse.

Contre mauvaise fortune bon cœur, il s'imposa de regagner ses esprits. Bien entendu, l'héroïsme de Benedict ajouta à la malchance et loin de tirer Clarence du marasme de la mare, il l'y replongea. Autant dire que s'il avait pu pétrifier son compagnon du regard, il aurait sûrement saisi l'occasion ! Clarence éclata d'ailleurs avec rage et pointa un doigt accusateur droit sous le nez de Benedict quand ils furent sortis de l'eau, grâce à l'intervention de l'arbre mystérieux. « De grâce, Benedict, ne dis plus rien, ne fais plus rien, ne pense plus à rien ! » Clarence osait à peine se palper les membres, de peur d'y découvrir plus que d'épaisses couches de boues et d'eau croupie. Il sentit même au creux de son cou les multiples piqûres de la course d'un insecte qu'il préféra ne point identifier, mais qui par chance l'abandonna vite. L'arbre semblait goûter la situation puisque de vagues rires frémissaient d'entre ses écailles. S'il avait fait moins sombre, sans doute nos deux jeunes amis auraient pu distinguer, plus haut sur son tronc, les contours végétaux d'un quelconque visage. Sa voix couvrit celle de Clarence, quand celui-ci partit dans une longue diatribe à l'encontre des maladresses de Benedict – mais le Serdaigle eut la courtoisie de se taire.

« You should be quite, my little friend,
Or you would meet your bitter end
For there are many monsters here...
But fear me not ! Don't disappear... »

Le livre, jusque-là demeuré en retrait, s'éleva d'entre les branches de l'arbre et rayonna de plus belle, comme il reprit la parole : « Allons, Clarence, il ne faut pas s'énerver... ne t'a-t-on jamais dit que la boue était excellente pour la peau ? Tu en as entre les sourcils... oui, c'est bon, là tu n'en as plus... enfin bref ! Ne nous égarons pas entre les pages de mon... de notre aventure, messieurs ! Ayez la courtoisie d'écouter encore Molimaro, le sorcier des sylves s'il vous plaît ! Sans lui vous ne pourrez pas terminer l'histoire du jour... ou plutôt du soir, d'accord, d'accord ! Et donc sans lui vous ne pourrez pas rentrer à Poudlard... sauf en petits morceaux, peut-être ? Qui sait ! Je n'ai jamais fait face à ce genre de situation, après tout ! N'en demandez pas trop au vieux bouquin que je suis ! C'est votre faute, si nous sommes dans la forêt... euh, oui, bon, d'ailleurs, Benedict, tu as une limace sur l'oreille... oui, juste là... » Le rire du grand arbre vint couvrir à nouveau la clairière de sa charnelle présence et malgré lui, Clarence en éprouva du soulagement. Il n'avait guère apprécie de se voir imposer le silence par un grand tas de bois mais il devait bien reconnaître que la voix de Molimaro avait en elle des accents d'apaisement et de douceur. Il réfléchit un moment... Molimaro ? Qui était-ce ? Ce nom lui disait quelque chose... mais il n'avait pas encore trouvé que l'arbre reprenait :

« Let me tell you a story :
The legend of  my own glory,
When I was a kid just like you.
Long ago when wizards were few... »

Et l'arbre ainsi débuta le récit de sa vie. Clarence et Benedict apprirent qu'avant d'être l'arbre immense qu'il était devenu, Molimaro était un sorcier à une époque... antique ? Il fut très vague à ce sujet et les deux sorciers ne purent déterminer donc l'âge exact de leur hôte. Mais ils comprirent très vite que dans sa quête de pouvoir, Molimaro se fit des ennemis, ennemis qui se liguèrent contre lui et le transformèrent... en gland. Ce qui expliquait son état présent... Clarence eut du mal à réprimer un sourire qui manqua de se transformer en royal fou rire. Mais comme l'arbre se taisait encore et semblait soupirer de nostalgie, il risqua une question :

« Pourquoi parlez-vous tout en vers ? » Le livre claqua de toutes ses pages et pesta : « Ah... il fallait bien que le plus idiot des deux pose la question la plus idiote de toutes... » Mais l'arbre riait avec bienveillance. Il se pencha presque sur les deux garçons et répondit, énigmatique :

« I do not know, why dost thou not ?
Thy words seem plain, a mundane lot.
Perhaps a poet's soul's in me...
Does that make me a poet tree ?  »

La réponse, loin de satisfaire Clarence, lui parut néanmoins d'une beauté mystique rare et il secoua la tête, tel un âne, pour témoigner de son contentement. La voix de l'arbre était magique. Elle le calmait insensiblement...
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Mar 5 Avr - 21:25




Je me cramponnai tout ce que je pu à la racine qui nous éleva à quelques mètres au dessus de la mare. Puis, lorsqu’elle fut stabilisée, je me hissai dessus. J’eus tout juste le temps de prendre une inspiration pour me plaindre, que la fureur de Clarence, bien que verbale, me surpris au point de me faire sursauter et me coupa net le sifflet. Je vacillai un instant et manquai de retomber dans le bourbier nauséabond, mais je ne su par quel miracle, je réussi tout de même à rétablir mon équilibre.

« Mais je… ! » protestais-je. Mais cette fois, c’était à mon tour de ne pas pouvoir en placer une. Ce qui était déjà un exploit, en soit ! L’autre point remarquable était que, contrairement à cette fâcheuse habitude que je pouvais avoir avec d’autres, là, présentement, je ne cherchais pas particulièrement à riposter avec véhémence aux accusations de Clarence qui, même si elles étaient proférées sous le coup de la colère, m’atteignaient bien plus qu’il n’y paraissait. Je me contentais de soutenir son regard tout en restant étonnamment silencieux. J’encaissais toute la rage qu’il avait à déverser sur moi, simplement et sans broncher. Mes lèvres formaient une moue légère, reflet de ce désagréable sentiment de colère coupable que je commençais à éprouver, lorsque l’arbre plusieurs fois centenaire, interrompit mon supplice par quatre nouveaux vers, détournant instamment mon attention de Clarence.

Je ne savais ce qui m’agaçait le plus. Le fait de me faire sermonner par mon meilleur ami en pareille situation, ou bien de me trouver suspendu au dessus d’une mare, impuissant, sans baguette magique, debout sur la racine d’un arbre ancestral qui venait en plus de surprendre notre petite querelle ? Je lançai un regard noir en direction de l’arbre, mais je devais reconnaître qu’il avait au moins eu le mérite de faire taire Clarence. Ce qui n’était pas pour me déplaire. Même si cela ne lavait pas les reproches que ce dernier m’avait adressés. J’étais bien trop vexé pour avoir peur à présent et je me rendais bien compte que l’arbre n’avait rien d’agressif. Du moins, pour l’instant.

Et voilà que le Livre des Possibles intervint lui aussi, en ma faveur. Je me déridai un peu et ses propos attirèrent naturellement mon regard sur l’entre sourcils de Clarence, que ce dernier s’empressa de frotter pour enlever la boue qui s’y était amoncelée. Je détournai aussitôt la tête avant de croiser son regard, toujours un peu vexé et surtout, afin de m’empêcher de pouffer de rire, résolu que j’étais à bouder encore une minute ou deux.

« L’histoire du jour ? » répétai-je après le livre. L’idée qu’il puisse y avoir d’autres histoires, d’autres jours, me mettait déjà en joie ! Mais il me corrigea aussitôt. « C’est une plaisanterie ! » Et le bouquin eut la délicatesse de rappeler à mon bon souvenir les reproches que venait de me faire Clarence. C’était toujours de ma faute ! Je poussai un soupir contrarié, puis chassai hâtivement la limace qui me bavait sur l’oreille dans un geste de dégoût. Quelle horreur ! Mes vêtements étaient poisseux et terreux, et la bise qui s’engouffra entre nous me fit frissonner.

L’écorce de l’arbre craqua une nouvelle fois, tandis qu’il nous rapprochait de la rive, de son tronc, sans doute pour mieux nous voir. Je retrouvais dans la voix de Molimaro la même bienveillance que j’avais sentie lorsque j’avais été confronté au professeur Dumbledore, à plusieurs reprises, à l’issue des diverses tribulations qu’avait connu ma scolarité. D’ailleurs, c’était curieux un arbre doté d’une conscience, d’une intelligence, et qui parle qui plus est ! Le Saule cogneur avait bien moins de conversation ! D’ailleurs, était-ce vraiment un arbre ? Je ne tardais pas à avoir ma réponse.

J’écoutai poliment jusqu’à l’anecdote du gland. Je me retins d’adresser un regard en coin à Clarence car je me doutais qu’il devait trouver cela aussi risible que moi. Un simple échange complice aurait suffit à déclencher l’hilarité générale. Au lieu de ça, Clarence avait semble-t-il pris sur lui quant à moi, je n’étais pas aussi sage que le préfet de Serdaigle et j’avais nettement moins de retenue que lui. Je pouffai de rire, malgré moi. Puis, voyant les pages du Livre des Possibles frémir devant cet outrage, je me mis à tousser pour dissimuler mon fou rire. « Pardon… j’ai avalé ma salive de travers ! »

Par chance, Clarence détourna l’attention du livre avec sa question pas si idiote que cela d’ailleurs. Même si le Livre des Possible sembla s’en offusquer.
J’avais grand peine à me calmer et j’essuyai tout juste les larmes qui perlaient au coin de mes yeux lorsque le rire bienveillant de l’arbre raviva chez moi, un spasme d’hilarité. J’éclatai littéralement de rire cette fois-ci. Molimaro ne sembla pas en tenir compte et je me calmai presque instantanément lorsqu’il se pencha sur nous, comme hypnotisé par sa voix. C’était vraiment très perturbant, ce magnétisme qu’il dégageait, tout comme il était étrange que mon ami ne trouve rien à redire à ça ! Ce qui n’était pas mon cas, naturellement ! Vous pensez bien !

« Ou un sorcier poète…
La poésie c’est bien joli,
Très beau même ! Mais de nos jours,
Cette forme d’expression est désuète.
La prose a supplanté les vers,
Et nous a conduits jusqu’ici. »
dis-je en désignant le livre des possibles d’un signe de tête.

J’affichai un sourire triomphant, regardant dans la direction que j’estimais être le visage du vieil arbre. « Bon, il parait que vous pouvez nous faire rentrer à Poudlard. Seulement, nous sommes arrivés ici à cause d’un sortilège irrésolu et… La page du sortilège en question a semble-t-il disparu du Livre des Possibles. Est-ce qu’il est en votre pouvoir de nous aider ? » demandais-je, tout en interrogeant Clarence du regard. Allait-il encore râler ou… ? Je préparais déjà mon plus beau sourire à lui rétorquer s’il lui venait encore à l’idée de me houspiller. Puis, mesurant rapidement la hauteur de la branche par rapport au sol ; il devait y avoir approximativement trois mètres ; j’adressai un regard flamboyant à mon compagnon, décidé à jouer les casse-cou. Je n’avais pas l’intention de m’éterniser très longtemps sur cette branche. Je tenais particulièrement à récupérer ma baguette que je ne pouvais faire revenir par un sortilège d’attraction, puisque notre magie ne fonctionnait toujours pas. Je me demandais à présent, si ce n’était pas plutôt à cause de Molimaro. Mais était-il judicieux de lui faire part de cette information ? S’il avait été transformé en gland par ses pairs, il y avait sans doute une bonne raison !

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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Mer 6 Avr - 22:01

Bien évidemment, à l'évocation du gland, son ami ne put s'empêcher de rire, et tout discret qu'il fut, Clarence l'entendit sans peine, et roula des yeux : dès qu'on parlait du siège de l'intelligence de Benedict, celui-ci perdait toute concentration. Mais là n'était pas le sujet, et nos deux jeunes sorciers avaient bien d'autres chats à fouetter ; en l’occurrence, du reste, ils avaient surtout un arbre à écouter, et ce qu'il avait énoncé, loin de disperser les problèmes, loin d'apporter des solutions, venait plutôt compliquer une situation déjà grotesque ou délicate.

Sort irrésolu, Livre des possibles, Arbre-qui-parle-qui-est-en-fait-un-sorcier-maudit-mais-bienheureux-de-son-sort... voilà trois ingrédients pour un cocktail réussi ! Encore que le brave Clarence n'aurait pas dit non à un réveil brutal pour le tirer de ce qui semblait être un rêve abracadabrantesque. Il ne rêvait pas, pourtant... l'arbre parlait tout en vers à leur endroit, ce qui obscurcissait le sens des propos qu'il tenait, mais Clarence comme Benedict avaient assez d'oreille et d'intelligence pour comprendre le récit de Molimaro. Quel nom étrange et magnifique ! Que de poésie sous la couleur des syllabes enchâssées ! Mais la situation ne devait rien à la poésie de sa mystique, et les éclats de rire de Benedict suscitèrent de grands frissons d'impatience le long de l'échine d'un Clarence qui n'était plus disposé à lui passer la moindre connerie. D'ailleurs, il soupira quand son ami répliqua au grand arbre qu'il n'y avait plus personne, aujourd'hui, pour parler tout en vers. Au moins sembla-t-il se concentrer à nouveau sur les causes de leur présence ici. L'arbre d'ailleurs se ménagea un peu de silence avant de répliquer :

«Who finds not the forest all good and wise,
Alike in what it gives, and what denies ?
Do you need the help of Molimaro ?
I can give you the bow, not the arrow...


Mais le livre des Possibles intervint et s'interposa entre les deux garçons et l'arbre, visiblement énervé. Sa lumière n'était pas plus sombre, mais elle était plus vive, et Clarence dut plisser des yeux pour ne point s'aveugler. « Assez, assez ! Je ne suis pas d'accord, je ne suis pas d'accord, vous ne devez pas demander l'aide de ce vieux tas de bois moisi ! » Mais l'arbre ne l'entendait pas de cette oreille, et un nouvel éclat de rire vint couvrir les vociférations d'un livre tout tremblant de colère – si, si, c'est possible.

«Once he lived a schoolmaster
With a stark, denying look ;
A string of scholars went in fear
Of his great birch and his great book.
That was not you and I can tell
Because I remember too well...
So little wizards you must go
Where any little flower grow.
Find the sisters that always  weep
And then I can go back to sleep...


Et sur ces derniers mots, l'arbre-sorcier s'immobilisa, se figea, et sa voix s'éteignit. Certes, auparavant, il n'avait pas fait preuve de beaucoup d'agitation, mais les deux sorciers ne seraient point insensibles au retour au sommeil de ce personnage étonnant et hors du commun. Avant que Clarence eût pu tourner vers Benedict un regard inquiet, le Livre claqua devant eux sa couverture de cuir. « Ah ! J'espère que vous êtes content ! Voilà qui est maintenant trop facile ! J'ai presque envie de vous renvoyer à Poudlard tout de suite... ce n'est vraiment pas drôle, Molimaro ! Et je sais que tu m'entends, espèce de vieux gland vermoulu ! » Et le livre déversa sur son vieil amiun tombereau d'injures, comme s'il s'amusait à énoncer tous les vilains mots qu'il connaissait. Clarence en profita pour parler avec Benedict. Il avait bien mauvaise mine, le Macmillan !

Mais la boue humide dans ses cheveux étaient bien le cadet de ses soucis. « Bon, je crois que j'ai compris ce qu'a voulu dire le grand chêne... oh, mais... attends... » Un petit miracle venait de se produire. Au bout de sa baguette, une perle de lumière devint bientôt la source d'une grande joie quand Clarence comprit que les liens mystiques étaient à nouveau rétablis entre lui et son précieux instrument de sorcier ! Il l'éleva au-dessus d'eux et l'informulé Lumos éclaira la clairière. Le livre s'interrompit d'ailleurs pour constater la nouveauté avec dépit et effarement. « Il a osé faire ça ! La prochaine fois, je fais apparaître des bûcherons, Molimaro, tu m'entends ? Des BUCHERONS !  » Ce mot résonna dans la forêt comme une menace bien vaine.
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Ven 8 Avr - 22:31




La situation semblait moins me déranger que le préfet de Serdaigle, même s’il fallait avouer que nous n’étions pas particulièrement en bonne posture : trempés jusqu’à l’os, dans la forêt interdite, en pleine nuit, par une nuit glaciale, dépossédés de toute notre magie. C’était d’avantage cette réalité pragmatique qui me turlupinait que le fait de me retrouver en possession d’un Livre des Possibles, - quelle merveilleuse trouvaille ! - un sort à résoudre – ça c’était du défi ! – et en compagnie d’un arbre qui parle. Bon, d’accord. Lui, il m’avait un peu fait peur au début, mais maintenant que je savais qu’il s’agissait d’un sorcier maudit, il m’effrayait bien moins ; même si je restais méfiant tout de même ! S’il nous avait conté son histoire, nous ne savions toujours pas exactement pourquoi il avait été transformé en gland par ses pairs et d’ailleurs, la question me brûlait les lèvres, bien que Molimaro semblait se satisfaire de sa condition. Toutefois, je gardais pour moi mes questions, temporairement. Car il venait de satisfaire la première de mes interrogations, au grand damne du Livre des Possibles qui lui, semblait avoir décidé de nous laisser mariner encore un moment dans notre jus fétide. Mais l’arbre en avait décidé autrement. Ce qui m’amusait grandement, du reste.

Je posais ma main en visière sur mon front, afin de me protéger les yeux de la lumière émise par le livre furieux, devenue soudain plus éblouissante. Mon visage rayonnait, indépendamment du redoublement d’intensité de l’éclairage. « Aaaaah ouiiiiii ? Je vais me gêner tiens ! Depuis quand c’est interdit ? » demandais-je avec effronterie. « Et puis, ce n’est pas très sympathique de parler d’un… »  mais le rire du vieux chêne couvrit ma voix ainsi que les vociférations du Livre des Possibles. Molimaro forçait le respect. Je réprimais donc mes sarcasmes à l’égard du vieux bouquin afin d’écouter ses sages paroles.

Lorsque l’arbre s’immobilisa, un pli était apparu entre mes deux sourcils. Je me répétai mentalement ses derniers vers et mes lèvres articulaient des mots silencieux : « Où aucune fleur ne pousse… Trouver les sœurs qui toujours pleurent… »  Mais voilà que le livre interrompit le cheminement de mes pensées. J’abaissai ma main sur mes yeux pour ne plus le voir. Mais je l’entendais toujours. « Les sœurs qui pleurent… les sœurs de qui ? »  marmonnais-je. Avec les jacasseries du livre, je ne m’entendais plus penser. Et cette fois, Molimaro ne jugea pas utile de couvrir les paroles injurieuses du livre, mais je n’en avais cure pour le moment.

Je n’ouvris les yeux que lorsque Clarence m’interpela. « Ah ? Tu as compris quoi ? »  Puis mon regard se posa sur la pointe lumineuse de sa baguette et mon inquiétude sembla soudainement s’envoler, comme par magie. Je lui adressai un regard mutin avant de me détourner de lui, après avoir avisé le livre d’un regard un tantinet exaspéré, puis le sol. « Oui oui ! Comment faire autrement ! »  rétorquai-je à l’intention de ce dernier. « Toute la forêt t’as entendu ! »  lâchai-je avec nonchalance. Puis je sautai de la branche.

Lancé de dé
1 : Je me réceptionnai parfaitement.
2 : Je me réceptionnai dangereusement avant de me vautrer par terre.
3 : J’atterris lourdement sur le sol en me tordant la cheville.

Je me réceptionnai parfaitement, avec en prime, un bonus de cascadeur patenté ! La grande classe !

Je profitai de la lumière de la baguette de Clarence pour partir à la recherche de ma propre baguette, égarée quelques minutes plus tôt, tout en lançant à l’intention du vieux grimoire : « Et arrête de crier ! Tu risques d’attirer les monstres dont Molimaro a parlé ! » Je me rapprochai de l’arbre qui avait amorti ma chute tout à l’heure et avisai le sol tout autour. En vain.
« D’ailleurs, Molimaro, quels monstres sommes-nous susceptibles de croiser ? » Mais l’arbre n’eut aucune réaction notable. Je levai les yeux en direction du tronc immense qui se perdait dans un épais feuillage. Il semblait être redevenu un arbre, tout ce qu’il y avait de plus normal. « Molimaro ? » Je me figeai, le nez en l’air, impatient. Je commençais déjà à regretter de n’avoir pas posé mes questions plus tôt. Quel idiot ! Un désagréable frisson me parcouru. Je devais reconnaître que cet arbre qui m’avait d’abord effrayé, avait quelque chose d’apaisant et de rassurant que je ne m’expliquais pas. Son silence soudain, rappelait à mon bon souvenir l’endroit hostile où nous nous trouvions et ravivait mes craintes.

Je lançai un regard inquiet à mon ami. « Clarence ? Tu pourrais m’éclairer par ici s’il te plait ? » Son Lumos éclairait suffisamment pour que je puisse distinguer mes pieds dans cette obscurité, en revanche, pour fouiller dans les fourrés, il faudrait qu’il descende lui aussi de la branche et qu’il se rapproche de moi. « Ma baguette m’a échappé des mains tout à l’heure… » et j’espérais ne pas avoir à fouiller dans les buissons pour la retrouver. Et s’il y avait des snar… des snargaloufs ? Non ! Je préférais ne pas y penser. « De quels monstres parlait-il à ton avis ? » demandai-je, sur le ton de la conversation.


Dernière édition par Benedict O'Carley le Sam 9 Avr - 0:34, édité 4 fois
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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   Ven 8 Avr - 22:31

Le membre 'Benedict O'Carley' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


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Message Sujet: Re: Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]   

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Sa voix est celle de la forêt, sauvage et pure [Benedict, Clarence]

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