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 On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]

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Message Sujet: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Mar 5 Jan - 0:53





On voit mieux sans les yeux





(Tard un soir d'avril 1981)

      C'était un soir. Clarence prenait un bain dans la salle de bain des préfets. L'illustre privilège n'était pas de ceux dont il abusait mais après la journée si longue et si riche en événements qu'il avait passée, n'avait-il pas mérité un moment de bien-être, dans un bain chaud et reposant ? Comme il faut s'y attendre, cela dit, le Serdaigle ne passa guère une heure à barboter dans l'eau en silence, immobile à la manière d'un grand-père se préparant pour la sieste : il avait accompagné son bref séjour dans l'eau d'une lecture scolaire, comme il le faisait à chaque fois, parce que c'était utile et parce que cela flattait son goût pour les choses de l'esprit. Ainsi donc avait-il pris un bain fort délassant en découvrant les témoignages de Barnabus Cornemousse, l'explorateur breton auquel on devait l'une des meilleures classifications des espèces magiques et reptiliennes du début du siècle. Serpents, lézards, batraciens, tortues, iguanes et dragons avaient défilé sous ses yeux au cours de sa lecture, et plus la fatigue de la journée l'abandonnait, plus il avait pénétré le fabuleux univers de ces créatures, magiques ou non, dans la vaste salle de bains des préfets. Peut-être devrait-il s'y rendre plus souvent pour en profiter davantage ?

      Son caractère ne l'y disposait guère. Clarence n'avait rien d'un pacha toujours gourmand des sofas et des coussins où s'affaler à toutes heures du jour. Et pourquoi pas des esclaves attachés en permanence à son service, qui porteraient à bout de bras des plateaux de fruits et de friandises ? Cette pensée le fit sourire. C'était sûrement du goût des plus fainéants, mais pas du sien : il n'avait pas grandi dans l'habitude d'un cortège de serviles laquais et ne comptait pas s'en entourer avant d'avoir succombé au gâtisme ou à quelque maladie magique qui le priverait de toutes ses aptitudes physiques. En regagnant les quartiers de la maison Serdaigle, Clarence croisa l'un de ses amis de la maison Serpentard et celui-ci lui fit remarquer qu'il était « propre comme un derrière de fléreur ». La plaisanterie le fit sourire, et même rire, et tous deux s'arrêtèrent un moment dans l'une des salles de la bibliothèque, où Clarence fut mis à contribution pour expliquer les subtilités des théories magiques autour de l'efficacité des sortilèges informulés. Le Macmillan n'était jamais réticent à aider ses camarades, y compris en dehors de sa maison, quand il savait avoir face à lui un élève méritant, volontaire et travailleur.

      Ce qui expliquait sans doute l'heure tardive de son retour aux dortoirs. Mais que voulez-vous, quand on travaille et qu'on y éprouve une grande satisfaction intellectuelle, le temps passe si vite ! C'est que l'usage des Retourneurs de temps n'est pas tout à fait ouvert au large public des élèves de Poudlard, après tout... aussi regagna-t-il d'abord la salle commune de Serdaigle, où il pénétra en faisant une fois de plus la démonstration de son sens inné de la formule – qui lui valait, de temps à autres, les compliments de la porte – mais il n'y resta pas longtemps ; il salua quelques-uns des rares élèves qui s'y trouvaient encore, et qui s'apprêtaient à gagner leurs chambres, et alla directement vers les salles de bains pour se brosser les dents et enfiler son pyjama – qui se résumait à un vieux pantalon à carreau des plus inimitables, où s'entrecroisaient le bleu, le brun et l'or, trois couleurs autrefois magnifiques, peut-être, mais qui affichaient clairement, là, sur ses jambes, leur vieillesse et leur fatigue. Une fois ses dents propres, il passa par la salle commune pour regagner sa chambre de préfet, mais un vilain détail le retint sur le trajet.

      Bien qu'un long silence parut peser sur la salle commune, ses oreilles, trop habituées, ne purent s'empêcher de distinguer le remarquable son d'une mélodie qu'il ne s'attendait pas à reconnaître à Poudlard, en dehors de certains cercles bien précis. Il interrompit sa marche et demeura immobile, la tête allant à droite et à gauche à la recherche de la source musicale imprévue. Il reconnaissait la musique, d'ailleurs, et plus les notes filaient, plus le souvenir de la mélodie donnait de l'écho dans sa tête et dans sa mémoire. Il suivit son flair et son ouïe pour finalement trouver, dans un coin de la salle, un veilleur et l'objet qui diffusait la musique. Clarence le reconnut sans trop de mal : il l'avait déjà vu et le Macmillan savait se montrer physionomiste avec les membres de la maison Serdaigle. Cillian ne l'avait pas encore remarqué. Il était impoli de rester dans l'ombre à espionner, aussi apparut-il dans la lumière en annonçant ainsi sa présence :  « Je croyais être le seul encore debout... tu permets ? J'aime bien la musique. » Et il s'assit face à lui sur un fauteuil qu'il avait fait venir à lui sans mot dire – ou formuler.

      Il demeura silencieux jusqu'à la fin du morceau et quand les dernières notes s'éteignirent, il cligna volontiers des yeux pour manifester son plaisir.  « Je ne m'attendais pas à entendre ce morceau ici... tu aimes Tchaikovski... Cillian ? C'est bien ça ? Moi, c'est Clarence. » Il lui adressa un sourire. Il n'était peut-être pas tout à fait présentable, dans son bas de pyjama et torse nu, mais au moins le Macmillan se montrerait courtois. « Tu as d'autres boîtes comme ça ? » Il désignait l'objet qui avait diffusé la musique, curieux de savoir s'il n'y en avait qu'un, s'il y en avait plusieurs et si le jeune Dolohov accepterait de partager ça avec lui.
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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Mar 5 Jan - 22:46

Contrairement à Clarence (apparemment), Cillian avait plusieurs pyjamas afin qu'aucun n'ait le temps de vieillir. Tous rigoureusement identiques. Un ensemble pantalon-chemise noir, à manches longues et au col en de soie noire. Aujourd'hui, les deux premiers boutons étaient pas fermés, une négligence peu commune que l'on valait à l'épaulière de cuir qu'il avait fixé au moyen d'une sangle traversant son dos et son torse.
D'un mouvement de baguette en direction de la cheminée, il ranima le feu qui était en train d'y mourir et, d'un autre vers une des élégantes fenêtres en arcade, il délogea un verre qu'il maintint quelques instants en lévitation au dessus du vide. Cela sans prononcer la moindre formule à voix haute. De sa main libre, il porta le petit sifflet d'argent ouvragé qui ne quittait jamais sa poche, peu importe le vêtement qu'il portait, et attendit quelques instants. Un oiseau de taille moyenne s'engouffra bientôt par l'ouverture pour atterrir en catastrophe sur l'accoudoir d'un fauteuil, qu'il avait pris soin de protéger avant d'un manchon en cuir dur afin que les serres de son compagnon n'en abîme pas le bois millénaire.

Une fois la fenêtre précautionneusement reconstituée, le sorcier s'approcha du fauteuil où Croc'pouce s'était perché. Il était placé à coté d'une sellette et trois-quart face à la cheminée, de sorte à pouvoir tout de même avoir un œil sur la porte cachant l'escalier qui montait aux dortoirs. A peine fut-il assis que la chouette épervière sauta sur l'épaulière confectionnée pour elle et colla sa grosse tête emplumée dans le visage de son propriétaire. Cillian lui accorda alors une chose ô combien rare – si rare que personne ici, en six ans, ne l'avait vu esquisser – un sourire. Cet oiseau avait un comportement très étrange, bien loin de la réserve qu'affichait en général les autres créatures du ciel. Parfois, il le suivait à travers la pièce en sautillant par terre ou venait pour réclamer qu'il lisse ses plumes de ses doigts extraordinairement longs. Un vrai chat.
Et, en parlant de chat, Cillian s'était attendu à voir débarquer le matou atypique qui sautait sur ses genoux pour s'y rouler en boule lorsqu'il se faisait, comme ce soir, des séances nocturnes de musique secrète. Ragnuk-le-Hoqueteux était l'animal du petit Morguelune, un élève de quatrième année, professionnel des explosions et des catastrophes en tous genres. Il ne parlait pas beaucoup à son maître mais le chat avait sa sympathie, comme tout animal qui lui témoignait de l'affection, sans se préoccuper de son nom de famille. Ce soir toutefois, il ne vint pas, sans doute déjà endormi sur le lit de Nocturnus. Tant pis, ce serait donc un rendez-vous entre sa chouette et lui.

Avec une lenteur du au respect de ce qu'il manoeuvrait, Cillian détacha la sangle de la sacoche posée sur ses genoux et ouvrit le rabat pour regarder à l'intérieur. Bien qu'un sort jeté à l'accessoire empêchait les choses de s'y déranger, c'était chaque fois un plaisir de constater qu'elles étaient encore précisément à l'endroit où il les avait mises. Aussi n'eut-il aucun mal à accéder au coin où se trouvaient les miniatures des boîtes à musique qu'il collectionnait dans la plus grande discrétion. Il en choisit une – il aurait aimé pouvoir le faire au hasard mais c'était impossible car son esprit avait mémorisé la place de chacune – et il éloigna sa sacoche pour la poser sur la sellette à coté du fauteuil.

Croc'pouce agita un peu ses ailes, décoiffant le jeune homme qui lui servait de perchoir. Cillian tourna la tête vers lui et lui fit les gros yeux. La chouette se contenta de lui rendre son regard avant de le pousser un peu en remontant de quelques centimètres le long de son épaule. Il savait ce que cela voulait dire. « Tourne la clef » aurait couiné le volatile s'il avait parlé la langue des hommes. Alors Cillian tourna la clef jusqu'à ce qu'il ne le puisse plus et les premières notes commencèrent à s'échapper dès qu'il la lâcha pour déposer la jolie boîte de bois sculpté sur son genou.

Croc'pouce et lui restèrent de longues secondes sur leur petit nuage, hypnotisé par la beauté des notes discrètement jetées dans les airs par dessus celles du feu qui crépitait gentiment dans la cheminée. L'humain ferma les yeux et déposa l'arrière de sa tête bien pleine contre le dossier. C'était un des rares moments de la journée où il pouvait être parfaitement serein. Pas besoin de faire semblant.
Au bord du sommeil, il ne s'aperçut pas tout de suite qu'il n'était plus le seul Serdaigle dans la pièce. Il ne l'aurait peut-être jamais su si Croc'pouce ne lui avait pas donné un coup d'aile pour le rappeler au monde conscient. Ses incroyables iris bleu glace se posèrent immédiatement dans le regard bienveillant de Clarence et son sang se figea. Mince... La musique. Bien trop habitué à garder son sang-froid dans les pires circonstances, il ne fit rien pour soustraire la boîte à l'attention de son aîné. De toutes manières, c'était trop tard. Il l'avait vue et entendue. Il ne lui restait donc plus qu'à espérer qu'il ne reconnaisse pas l'air comme l'un des ballets moldus les plus populaires. Peut-être que le préfet irait dorm... Ah non, il s'installait.

Cillian décolla sa tête du dossier pour la remettre bien droite dans l'alignement de son dos et demeura silencieux pendant que ses espoirs sombraient. Non seulement Clarence connaissait le compositeur de la musique mais il n'ignorait pas non plus son prénom. Et donc, nul doute hélas, son nom de famille.
Plusieurs solutions s'offraient à lui. D'abord, il pouvait mentir et prétendre que la boîte n'était pas lui, qu'il venait de la trouver abandonnée dans la salle commune et que sa curiosité avait exigé qu'il découvre ce dont il s'agissait. L'ennui avec ce plan, c'était qu'il serait obligé de partir en abandonnant la boîte à musique et qu'elle demeurait sa préférée. La simple pensée de s'en séparer, même sans parler du mal qu'il avait eu à l'obtenir, lui causait une grande peine. La seconde possibilité était de dire la vérité. De laisser Clarence découvrir que l'héritier d'une famille que toutes les rumeurs affiliaient aux mages noirs aimait la musique moldue. Le risque était énorme. D'autant plus énorme qu'il savait que les MacMillan étaient des sangs purs. Et, si lui pouvait faire croire qu'il était du coté des 'méchants', il était possible que Clarence puisse faire croire qu'il était du coté des 'gentils'. Le trahirait-il ?

« Je sais qui tu es, Clarence MacMillan. » Dans sa voix, on ne pouvait entendre aucune émotion. Il réfléchissait encore. Croc'pouce, curieux, descendit de l'épaule de son maître pour se percher sur le bras du fauteuil qui bénéficiait de la protection de cuir exprès pour le protéger de ses serres, se rapprochant ainsi de la position du nouvel arrivant. Sous le prétexte de protéger la boîte à musique de la brusquerie involontaire de ses ailes, Cillian la récupéra et referma son couvercle. Sans doute que n'importe qui aurait pu comprendre, en voyant la précaution avec laquelle ses très longs doigts la maniaient, qu'elle était importante pour lui.

Cillian n'était pas loquace mais on ne pouvait pas confondre son mutisme avec de la timidité. Ni le port altier de sa tête avec de l'arrogance. C'était simplement sa personnalité et sa posture naturelle. Il parlait peu car il observait beaucoup et, soyons honnête, il savait rarement quoi dire à ces gens qui se méfiaient de lui quoi qu'il fasse.
« J'ai besoin de savoir ce que tu vas faire de cette information si je réponds par l'affirmative. » Quelque soit la réponse, le préfet devait forcément savoir ce qui l'inquiétait. Ses yeux couleur glace étudiait attentivement le visage de son interlocuteur. Si la situation n'avait pas été aussi tendue de son coté, sans doute aurait-il réalisé que Clarence était partiellement dévêtu et que la vision ne lui déplaisait pas du tout.

Il y avait une faille dans sa question et il le réalisa rapidement. Même si le MacMillan lui assurait qu'il garderait le secret, rien ne disait que ce serait la vérité. Aussi, quoi qu'il choisisse, il ne pouvait pas lui faire confiance.
Sauf que Cillian en avait marre de ne pouvoir faire confiance à personne. C'était pathétique à dire mais Croc'pouce était son seul ami. Peut-être que c'était le moment d'arrêter de se cacher. Peut-être qu'il devait presque le risque de faire confiance à Clarence. Si ça tournait mal, si son affection pour la musique moldue était dévoilée à sa famille, peut-être que Dumbledore le laisserait rester à l'école pendant les vacances. Son père n'était pas connu pour être un sorcier compréhensif. Cillian savait – il en était certain – que Helven Dolohov préférerait avoir un fils mort plutôt qu'un fils traître à son nom.

« Je... » Une dernière hésitation. Un soupir de résignation. Ses longs doigts tapotèrent deux fois l'accoudoir de son fauteuil et Croc'pouce comprit le signal. Il sauta sur son épaule pour retrouver son perchoir de cuir et colla sa tête emplumée contre celle du beau brun. « J'en possède un certain nombre. » Et comme Cillian avait beaucoup de goût pour la précision, il fut contraint d'ajouter : « Dix-neuf. »

Il s'écoula une seconde après quoi il pointa sa baguette – la baguette la plus longue que Ollivander ait un jour fabriqué – vers sa sacoche. Là, sans qu'un aucun mot soit prononcé, dix-huit miniatures de boîtes de la meilleure marqueterie suisse sortirent  pour danser un peu dans les airs le temps qu'il retira la sacoche de la sellette pour leur faire de la place. Il les fit se poser dessus et, au moyen d'un autre sortilège informulé, il les fit reprendre leur taille normale. Le bois laqué qui réverbérait la danse des flammes de la cheminée leur donnait un air un peu mystique.

Les yeux bleu glace de Cillian effleurèrent de nouveau le visage de Clarence pour sonder ta réaction. « J'espère que je peux compter sur ta discrétion. »
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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Jeu 3 Mar - 0:41

La réplique de Cillian se fit attendre, Clarence remarqua bien que son interlocuteur du soir prenait quelques instants pour l'observer – et pour cause, ne venait-il pas de s'imposer à lui comme le soleil à la nuit quand vient l'aube ? Mais la première réponse de son camarade de classe fut si terrible de sens qu'elle ramena le brave Clarence à la réalité la plus immédiate ; il en perdit presque contenance, et s'il avait tenu entre les mains une plume ou un manuel scolaire, sans doute l'aurait-il laissé choir avec sa facile contention.

Cillian disait savoir qui il était et si d'aventure cette amorce de conversation pouvait paraître insensée à n'importe quel spectateur moldu, elle couvrait des réalités autrement plus complexes à l'oreille de l'auditeur sorcier : peu nombreux, les sorciers ne se connaissaient pas tous individuellement, mais certaines familles plus notables que d'autres défrayaient la chronique et voyaient leur notoriété côtoyait des sommets parfois insoupçonnés. Les Macmillan étaient de ces familles-là, tout comme d'ailleurs l'était la famille du jeune auditeur de Tchaikovski. Que disait-il alors précisément, quel sens devait donner Clarence à ces quelques mots ? « Je te connais », ce n'était pas tout à fait un « salut », ni même un « laisse-moi tranquille ». Sans le savoir encore, Clarence venait d'intégrer une notion qu'il conserverait longtemps à l'esprit : Cillian n'appartenait guère au commun des mortels. Le futur se chargerait d'ailleurs de toujours lui rappeler ces particularités d'un individu appelé à une vie loin des classiques et des banalités.

La musique s'interrompit. Hélas ! Une fois le couvercle refermé, le silence se fit totalement, Clarence osa le contrarier d'un peu sonore : « Oh... » La suite acheva de le convaincre des particularités sans doute innombrables du jeune homme. Il ne put réprimer un sourire qui exprimait tout à la fois surprise et contrition. Il fut même tenté d'ironiser sans plus attendre et, au gré d'une plaisanterie jaillie des premiers buissons de son touffu intellect, de partir sans demander son reste pour s'arracher à ce qui peut-être s'annonçait comme un de ces terribles « moments de solitude ». Il eut néanmoins la bonne fortune et le bon goût de n'en rien faire. « Je ne suis pas certain de pouvoir en tirer un bon prix dans les couloirs d'un tribunal sorcier... alors je crois que je vais plutôt la garder comme... du grain à moudre au moulin de la sympathie que tu m'inspires déjà. » Ce n'était pas tout à fait la réplique du siècle, ni même le meilleur moyen de rassurer Cillian, mais Clarence n'était pas trop déçu d'avoir eu la répartie immédiate et brillante, issue probablement de son ineffable faconde. Au moins s'en sortait-il en s'affichant comme sûr de lui mais  de bonne foi, sans pour autant chercher à aller creuser la surface de ces yeux de glace pour y déterrer de plus amples détails de la psyché d'un garçon hors du commun. « Puis, honnêtement, je ne vois pas trop quoi en faire... ce n'est pas comme si ça intéressait les autres et je serais bien mal placé pour me faire le héraut de tes aventures et exploits, non ? »

Cillian avait bien une langue pour parler lui-même, et n'avait nul besoin d'aucun procureur. Propager la nouvelle de ses goûts musicaux, de plus, n'était pas tout à fait l’œuvre rêvée du mauvais apôtre qu'il aurait fait, le brave Clarence, qui se sentait bien peu missionnaire. Par chance pour eux, Cillian se fit docile à la conversation et confia posséder dix-neuf boîtes à musique. Ce n'était ni deux, ni trois, ni six, mais plus d'une dizaine que le jeune Dolohov possédait ! La surprise de Clarence dut paraître à son visage comme la comète au ciel nocturne. Il ne s'attendait pas à un tel nombre. Ni même à la démonstration que fit le mélomane, et qui fit venir autour d'eux les boîtes à musique si nombreuses. Ses yeux affichèrent une farandole d'émotions qui traduisirent tout à la fois son émerveillement et sa joie de contempler semblable miracle – encore qu'il ne fût jamais sceptique à l'idée que tout élève de Serdaigle fût capable d'un tel exploit. « Chapeau bas ! » laissa-t-il échapper avec impression. C'était chose étrange que ces cubes de bois aux contours ouvragés qui dansaient dans les airs, voletaient avec grâce, et se posaient sans hâte en une file joliment disposée. La magie du moment se dissipait à peine que déjà Cillian questionnait à nouveau la discrétion de son aîné.

Celui-ci, un peu amusé, sourit de ses plus belles dents mais très vite afficha une mine de parfaite – et fausse – indignation. « Eh, je ne suis pas chez les Serpentards, je préfère protéger les miens plutôt que les trahir voyons. » C'était bien vrai. Clarence avait au cœur la conscience du clan et de la famille – ce qu'il ne trouvait pas chez lui, il le faisait vivre et revivre auprès des autres élèves de sa maison. « J'aime trop la musique, de toute façon. Ça me fait rêver. » Dante s'installa avec plus de confort devant Cillian, n'hésitant pas à adopter une posture de familiarité qu'il n'osait qu'à la faveur de leur appartenance commune à la maison de Serdaigle. Ils ne se connaissaient pas vraiment, mais s'étaient vus l'un l'autre de nombreuses fois dans la salle commune et les couloirs de leurs quartiers. Ils étaient tous deux à Poudlard depuis longtemps, après tout !

« Tchaikovski, cela dit, ce n'est pas vraiment de saison, non ? Enfin, à mon avis, le Lac des Cygnes, c'est un ballet de début d'hiver... mais c'est très beau, comment s'en lasser ? Encore que parfois, pour l'oreille fatiguée, ce soit trop intense, tu vois ce que je veux dire ? » Clarence ne quittait pas Cillian des yeux. Il avait croisé les bras sur son torse.
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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Dim 13 Mar - 23:20

Dans les couloirs d'un tribunal sorcier peut-être pas mais auprès des mangemorts... Cillian aurait pu être soulagé d'entendre que Clarence ne voyait pas l'importance du secret qu'il venait de découvrir. Il n'en fut pourtant rien. Le Dolohov ne perdait jamais d'esprit le fait que son interlocuteur, quel qu'il soit, était peut-être en train de lui mentir.

La pointe de ses oreilles s'empourpra légèrement lorsque Clarence parla de la sympathie qu'il commençait à lui inspirer. C'était la toute première fois qu'on lui disait une chose pareille et ça lui faisait tout bizarre dans le ventre. Comme des petits papillons. Et une grande chaleur, qui rayonnait dans tout son corps et voulait assouplir la ligne parfaitement horizontale de ses lèvres closes. Il n'aurait pas manqué grand chose pour qu'elle y parvienne. C'était triste à dire mais Cillian ne pouvait pas reconnaître le bonheur, parce qu'il ne le connaissait pas.

Sensible au changement invisible de l'esprit de son maître, Croc'pouce poussa un de ses hululements très bizarres et se laissa tomber comme une pierre sur ses genoux, le sortant de ses pensées.
Cillian baissa ses yeux couleur glace sur la petite chouette au comportement aussi atypique pour les oiseaux que le sien l'était pour les Hommes. C'est avec toute la délicatesse du monde qu'il la prit dans ses bras pour lui lisser distraitement les plumes de ses doigts démesurément longs.

D'autres auraient sans doute été flattés par la marque d'admiration d'un aîné quant à sa maîtrise rigoureuse des sortilèges informulés mais, contrairement à sa famille, Cillian ne tirait pas la moindre fierté de ses acquis. La raison pour laquelle l'émerveillement de Clarence le toucha fut parce que lui était incapable de peindre des émotions sur son visage alors que celui de son camarade s'était illuminé d'une manière tout à fait remarquable, l'embellissant si c'était possible.
Il dut s'obliger à ne plus le regarder pendant quelques secondes, pour ne pas se trahir. Il était sensible à la beauté des hommes. Il pouvait fixer des portraits pendant des heures juste pour se délecter chastement d'un physique avantageux mais il en allait autrement pour les êtres humains en chair et en os qui, forcément, avaient aussi des yeux pour voir. Ses pensées glissèrent malgré lui sur l'image du petit Morguelune qui devait dormir juste au dessus d'eux.

Croc'pouce rouléboula de ses jambes jusqu'à l'accoudoir et de l'accoudoir par terre, dans un froissement de plumes qui le tira une nouvelle fois de ses pensées. Il leva les yeux au plafond de pierre et se pencha pour ramasser la chouette avant de prendre un bonbon dans sa poche pour le lui donner. L'oiseau, beaucoup trop enthousiaste comme toujours, lui écharpa la moitié de l'index en le lui prenant mais on pouvait dire au nombre de cicatrices tout autour que ce n'était la première fois. Habitué à la douleur, Cillian ne cilla même pas. Las, il ouvrit sa sacoche de sa main intacte, prit un mouchoir de coton blanc brodé du monogramme CD et l'enroula autour de son doigt sans mot dire. Croc'pouce, heureux d'avoir eu son bonbon – fabriqué spécialement pour lui pour son maître d'ailleurs à base de choses qu'il ne valait mieux pas identifier si on tenait à garder dans son estomac le contenu de son dîner – sauta plus conventionnellement sur le sol et clopina sur les dalles à travers la pièce avant de fixer son attention sur les poussières du tapis.

« Le Lac des cygnes est bien un ballet du début de l'hiver » commença par reconnaître le jeune homme en plongeant son iris intenses dans celles qui lui faisaient face. « Toutefois, je ne puis me résoudre à respecter une périodicité pour son écoute. Peut-être qu'on voudrait l'entendre aussi l'été. Ou le printemps et l'automne. Il me semble profondément injuste que le voir cantonné à ce qu'on avait prévu pour lui. » Assurément, il ne parlait pas uniquement du ballet et il soupçonnait que Clarence le comprendrait en lisant son regard.

Un long silence suivit cette déclaration. A plusieurs reprises, les lèvres de Cillian se desserrèrent, comme s'il était sur le point d'ajouter quelque chose mais que les mots ne voulaient pas venir. Clarence ne lui rendait pas la vie facile. Déjà, il était à moitié vêtu et relativement proche de lui – ce qui le perturbait plus que son visage n'était capable de le laisser paraître – ensuite, il semblait réellement s'intéresser à lui. Comme s'il pouvait le voir. Le voir pour de vrai et pas au travers de l'image du Cillian Dolohov que les élèves croyaient côtoyer en classe. Comme s'il lui laissait une vraie chance de lui montrer qui il était plutôt de vouloir croire au cliché qui arrangeait bien les autres.

Finalement, le beau brun choisit d'y aller au marteau-piqueur. Il frotta ses deux paumes contre ses genoux et avoua un peu timidement : « J'ai envie que tu m'aimes bien mais je ne sais pas quoi dire ni quoi faire. » Il fronça les sourcils en entendant sa propre honnêteté brute. « Je ne suis pas très doué pour me faire des amis. J'ai... Je ne comprends pas trop les règles de la société alors les gens trouvent que je suis bizarre. Ou alors, ils ont peur de moi. »

Le jeune sorcier releva les yeux vers Clarence et le pénétra de ses deux iris bleu glace. Elles étaient tellement claires que, la plupart du temps, elles semblaient façonnées d'or blanc. En tous cas, elles semblaient capables de lire directement dans votre âme pour y dérober vos plus intimes secrets.

« Tu peux choisir la prochaine boîte à musique que l'on écoute, si tu veux. » Il les désigna d'un geste gracieux de la main pour l'inviter à approcher. « Quel est ton air préféré ? Peut-être qu'il se trouve dans l'une d'elles. »


Dernière édition par Cillian A. Dolohov le Mar 3 Mai - 22:15, édité 2 fois
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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Mer 16 Mar - 22:22

Les propos de Cillian dénotait un sérieux inhabituel – non chez lui personnellement, Clarence ne le connaissait pas, mais chez les jeunes gens de son âge. Toutefois le Macmillan avait déjà intégré le caractère exceptionnel du garçon qui lui faisait face. Il avait compris au premier regard, à la collection de boîtes à musique et au phrasé si élégamment calculé que Cillian, loin de correspondre au stéréotype des mâles Serdaigles de son âge, appartenait davantage à la race des étranges, des bizarres, des singuliers, ces perles rares qui changent le plus banal des colliers en chef-d’œuvre de joaillerie.

Du reste l'apparence même du garçon était de celles qui plaisaient, Clarence n'en doutait pas une seconde, encore que les raideurs attachées à ce visage pussent en refroidir plus d'unes et plus d'uns. Mais sous les glaces d'une banquise si distinguée, ne sommeillaient-ils points, les feux de la plus belle originalité ? C'est là votre dévoué ami, et non l'innocent Macmillan, qui distribue son opinion comme d'aucuns tractent à la sortie des usines. Temps révolu de la révolte ouvrière ! Du reste, Clarence eut bien d'autres sorciers ou plutôt chats à fouetter quand, tout de go, Cillian amorça une conversation que son aîné n'aurait eu ni pu avoir avec aucun autre ; et c'était là une manifestation évidente des spécificités du Dolohov.

Ce qu'il entendit du reste lui en apprit beaucoup sur ce jeune homme moins âgé que lui, issu d'un milieu sensiblement équivalent, et pourtant si différent, si unique en son genre, si terriblement seul ; Clarence le comprit sans grand mal : il n'y avait rien d'explicité aux maux dont Cillian était affligé, mais le Macmillan voyait au-delà des apparences. Il saisissait sans peine ce que le garçon lui expliquait. Clarence parut d'abord étonné et ses sourcils suivirent le mouvement, mais ses lèvres aussi, qui affichaient un sourire exprimant toute la bienveillance que lui inspirait son compagnon du soir. Spontanément, Clarence était enclin à couver le malheureux d'une amitié chaude et bienfaisante, comme s'il souhaitait le préserver, comme s'il souhaitait ce soir le protéger de ses propres démons et lui assurer l'espace de liberté nécessaire à un échange des plus simples et des plus amicaux. Il cédait ainsi à ses instincts de chien de prairie, mais voyait-il pour autant Cillian comme la brebis effrayée et perdue ? Toute métaphore a ses limites, et à en croire ce qu'il y a à voir du jeune Dolohov, on ne peut dire que le dos de celui-ci soit moutonneux ! Mais laissons les ovins à leur sur-production méthanique, et revenons à nos deux sorciers. Clarence s'assit plus confortablement devant Cillian, à l'aide d'un coussin qu'il fit venir à lui.

Il n'avait pas froid. Il observait les différentes boîtes, curieux de trouver sur elles des indices du trésor musical que chacune pouvait contenir... mais il se rangea bien vite à la facilité et laissa au hasard le soin de décider de l'air qu'ils écouteraient tous les deux. Que serait-ce ? Mozart, Beethoven, Bach ? Un compositeur moins commun peut-être ? Brahms, Massenet, Lulli ? Plus rare encore, peut-être ? Gluck, Gorki, Sibelius ?



« Je vais opter pour celle-ci... » Elle était fort jolie, cette boîte, avec ses rondeurs discrètes et ses douces couleurs d'Italie. Nul doute qu'elle diffuserait un air propre à les réjouir tous deux ! Mais déjà Clarence, les oreilles ouvertes à la musique, se proposait de suivre Cillian sur les chemins qu'il avait ouverts pour eux. « Tu n'es pas si effrayant, tu sais. Tu n'as pas tout à fait l'apparence d'un troll, ou alors on m'a menti, je croyais les trolls moches et puants. Quoique... je ne puisse pas vraiment dire si tu sens bon ou mauvais. Oh, ne t'inquiète pas, je ne vais pas te renifler... » ajouta-t-il pour parer à l'éventuelle angoisse de Cillian, si d'aventure le jeune homme prenait trop aux sérieux les plaisanteries du bavard Clarence. Ce dernier d'ailleurs observait Cillian avec une grande attention, dans le but précis de discerner au mieux et au plus tôt les variations de son humeur ; l'objectif était plus spécialement de toujours le mettre à son aise.

« Mais je comprends ce que tu veux dire. Tu n'es pas à l'aise avec les autres... ce sont des choses qui arrivent. Moi, je suis toujours très à l'aise, alors j'ai de la facilité pour deux. Tu veux que je t'aime bien ?  D'accord. » Il ajouta avec un grand sourire, et c'est presque à regret qu'il ne tendit point la main tel un Aladdin pour une Jasmine... Mais ses intentions n'étant pas d'entraîner Cillian sur un tapis volant... « Tu verras, c'est facile. Parle moi de la musique que nous entendons, là... tu l'aimes ? Quand l'as-tu découverte ? Qu'est-ce qu'elle t'évoque ? » Clarence avait une théorie : ce qui manque aux personnes difficilement sociales, ce n'est point ni aisance ni faconde, mais bien de l'attention et de la considération ; prêter l'oreille à un timide, une fois les premières difficultés tomber, vous en ferez toujours un bavard ou, dans tous les cas, un heureux.

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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   Mer 4 Mai - 10:30

Cillian ne pouvait pas quitter Clarence des yeux.
C'était la toute première fois que le regard d'un autre sur lui ne le mettait pas mal à l'aise. Il avait la sensation que son aîné le regardait vraiment, c'est-à-dire sans le filtre des préjugés.
A Poudlard, il y avait pratiquement autant de rumeurs terrifiantes sur l'héritier des Dolohov que sur les bestioles étranges qu'abritait la forêt interdite.

« Chopin, » annonça doucement Cillian au moment où la boîte ronde fut choisie. Bien sûr, il se souvenait de l'air contenu dans chacune sans tourner les clefs. Celle-ci lui plaisait parce qu'elle lui faisait penser au mouvement de la mer qui allait d'avant en arrière, léchant les falaises coupantes de son écume blanche puis s'éloignant vers le large pour mieux y revenir, indécise. Aussi ne savait-il pas s'il pouvait qualifier cet air de joyeux ou de mélancolique. Les doigts du pianiste avaient semblé s'amuser en le composant mais les oreilles ne pouvaient pas manquer les accents de tristesse qui venaient broder le tout.

Cillian n'était pas bien sûr mais est-ce que, par omission, Clarence ne venait pas de dire qu'il le trouvait beau ? Hum. Une nouvelle première fois. Le jeune homme n'avait pas vraiment d'opinion sur son physique. Il n'en prenait soin que parce qu'il était le réceptacle de son cerveau et de son âme. Aussi fait-il attention de manger sainement, de faire l'exercice nécessaire, de lui accorder suffisamment de sommeil et de le préserver de toute forme d'altérations. A 20 ans, il était beaucoup plus grand que les garçons de son âge et jouissait d'une silhouette fine qui aurait pu être gracieuse s'il avait été plus souple.

« Le 3 octobre 1966 », répondit d'abord Cillian d'une voix assurée, avant que la pointe de ses oreilles ne deviennent écarlates et qu'il doive avouer plus bas, comme s'il avait honte : « Je suis assez bon avec les dates. » Il était 'assez bon' avec beaucoup de choses et trop modeste pour le reconnaître. « J'avais cinq ans. Je suivais mon père dans les rues de Londres et, sur Jermyn Street, il y avait un pauvre homme qui faisait de la musique avec une toute petite machine en fer à 18 lames dont il fallait tourner la manivelle. Les gens passaient en courant parce qu'il pleuvait mais, subjugué, je me suis arrêté pour écouter. Il a souri, il s'est agenouillé pour être à ma hauteur et il a joué pour moi pendant quelques secondes, le temps pour mon père de remarquer que je ne le suivais plus. Le pommeau de sa canne d’apparat s'est soudainement abattu sur les doigts de l'homme puis il a attrapé le nœud de mon écharpe et il a tiré pour m'en éloigner tout en l'insultant. L'inconnu avait peur, je pouvais le voir dans ses yeux, mais il a tendu sa minuscule machine vers moi dans l'intention de me la donner. Mon père ne l'a pas laissé faire. » Cillian marqua une pause. Sa gorge était serrée et ses yeux s'étaient portés sur les flammes de la cheminée qui réchauffaient la nuit. « Je me rappelle m'être dit... » Il hésita, sur le point de révéler son plus grand secret, puis souffla : « … que ma famille m'avait menti. Que si cet homme, qui avait l'air très pauvre, avait voulu me donner gracieusement ce qu'il vendait aux autres, c'est que les moldus n'étaient pas les êtres abjects que mon père m'avait raconté. Et quand j'ai vu comment lui avait récompensé cette gentillesse, avec un coup de canne, j'ai compris que nous étions les êtres abjects. » Comme s'il avait senti que son maître avait besoin de réconfort, Croc'pouce débarqua de nulle part pour sauter sur ses genoux. Cillian referma ses bras autour de l'oiseau et le serra contre son cœur. « J'ai reçu ma première correction ce soir-là. » La première d'une longue série, hélas. « Et j'ai décidé que je ne deviendrai jamais comme mon père. »

Un long silence suivit sa déclaration. Il ne le savait pas à cet instant mais il avait tellement besoin que quelqu'un le prenne dans ses bras. Jamais on ne l'avait étreint, passé une main dans ses cheveux ou accordé une autre marque d'affection physique. Il se sentait tellement vide.
Cillian posa Croc'pouce que la manchette de cuir qui habillait le bras du fauteuil et se leva pour venir caresser rêveusement le manteau de la cheminée et les chandeliers qui se trouvaient entreposés dessus.
« Je n'ai jamais retrouvé l'air que jouait la petite machine à lames mais je l'entends encore parfois en rêve. » Il ferma ses terribles yeux bleus. « A l'époque, pendant que je me remettais de la correction, je me rejouais la mélodie dans ma tête tout en me persuadant que les notes pouvaient guérir mes blessures. » La ligne raide de ses lèvres se mit à ployer et il esquissa furtivement ce qui était le plus proche pour lui d'un sourire. « Je crois que c'est à partir de ce moment que je me suis mis à apprécier la musique classique. Elle était devenue mon médicament, en quelque sorte. »

Clarence avait demandé pourquoi il aimait la musique et il avait eu l'histoire complète. Évidemment, il ne s'attendait peut-être pas à ce qu'elle soit aussi malheureuse.
Depuis quelques minutes, le Macmillan était la personne qui pouvait prétendre le mieux connaître le vrai Cillian Dolohov. Jamais il n'avait raconté cela à quiconque. Ni pour la musique, ni pour les mauvais traitements. Et encore moins pour son désaccord avec le racisme familial.

Toujours debout devant la cheminée, le jeune homme se tourna pour faire face à son aîné. La lueur des flammes dansait paresseusement sur la peau toujours nue et exposée de son torse. Ses yeux quittèrent momentanément son visage pour glisser dans son cou, entre ses pectoraux et finir sur son ventre. Cette vision le troublait. Il aurait voulu demander au préfet d'aller chercher un t-shirt pour dissimuler cette peau à l'apparence si douce et hors d'atteinte mais il ne voulait pas perdre sa compagnie. Par peur de ne plus la retrouver. Ou de réaliser que leur entrevue n'avait été qu'un rêve.

Cillian finit par relever les yeux, probablement pas assez rapidement pour que son camarade ait manqué le fait qu'il l'avait 'maté' (comme disent les jeunes). Il s'éclaircit la gorge et demanda d'un ton qu'il espérait dégagé : « Tu as reconnu Tchaikovsky. Est-ce à dire que tu t'intéresses également à ce genre de musique ? »
Comme Chopin s'était tu depuis plusieurs minutes déjà, il prit une autre boîte et tourna la clef avec toute la précaution du monde. Une des valses de Strauss s'éleva alors Cillian attrapa sa baguette qu'il agita sans un mot. Des étincelles de magie jaillirent de son extrémité, créant un bouclier d'abord tangible dans un périmètre de cinq mètres autour de leur position puis il disparut. Le sortilège d'Etouffesson était en place. Ils ne risquaient pas de réveiller leurs camarades endormis à l'étage. Tout son produit à l'intérieur de la barrière ne pouvait pas être entendu depuis l'extérieur.

« Comment fais-tu pour être aussi sociable, Clarence ? Ça semble si... difficile. » Le mot était faible mais c'était tout de même quelque chose de drôle à entendre de la bouche de quelqu'un qui avait des résultats académiques aussi extraordinaires que les siens.
Comprendre les gens... Tout un mystère. Cillian aurait eu beaucoup plus de facilité à comprendre un cours de botanique sur les variétés sous-marines en mandarin.
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Message Sujet: Re: On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]   

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On voit mieux sans les yeux [Cillian, Clarence]

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