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 Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]

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Message Sujet: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Mar 5 Jan - 0:52





Gare à la laine du matin





(Un matin d'avril 1981)

      Clarence n'était pas de très bonne humeur. Un vilain cauchemar avait troublé son sommeil, et le souvenir du songe frémissait encore à l'orée de ses paupières, tandis qu'il laissait l'eau de la douche glisser de ses épaules jusqu'à ses flancs, de ses hanches jusqu'à la pierre froide du carré. Il était peut-être devenu préfet, cette année, mais peinait encore à vraiment jouir des avantages qui viennent avec cette fonction – la légendaire baignoire des préfets, entre autres. Cette nuit encore, d'ignobles strangulots s'étaient joints à lui pour une folle farandole au rythme de la mélodie que chantaient les cithares et les luths d'un bataillon de centaures. Ne me demandez pas ce qui explique un tel rêve, dans la tête si bien faite de ce jeune homme. Je ne discute pas les faits, je les rapporte ! Clarence prit donc sa douche avec à l'esprit cette étrange expérience onirique, qui n'était pas d'ailleurs sans évoquer le souvenir traumatisant d'un événement de son enfance qui devait le marquer durablement, au point de décider pour lui des formes et couleurs que prendraient les épouvantards à son approche. La nuit s'était montrée vilaine. Le début de la journée serait-il plus clément et plus doux ?


      À peine avait-il quitté la douche et séché la moiteur de ses épaules qu'un cri en provenance de la salle commune des Serdaigle attira son attention ; et pas seulement d'ailleurs, à en croire la foule qui s'amassait autour de Rubinia Poppy, une élève de quatrième année qui s'était fait assez tôt connaître, parmi ses camarades, pour la hauteur de ses principes et des valeurs qu'elles faisaient profession de défendre au quotidien, au sommet desquelles on dénombrait l'idée qu'elle se faisait de la perfection physique et surtout capillaire. Il n'y avait donc rien d'étonnant à l'entendre crier au scandale, une main serrée sur sa tête, et l'autre perdue en vaines gesticulations tout autour d'elle, comme à la recherche d'ennemis invisibles. Un cercle de curieux et d'inquiets s'était formé. Clarence eut bien de la peine à voir dans un premier temps ce qui causait tant de tracas à l'égérie des vanités suprêmes. L'un de ses plus anciens amis, le très au courant Tobbias O'Reilly, s'était rapproché du Macmillan pour l'informer tout naturellement, et pour lui transmettre les quelques renseignements qui circulaient déjà.


      Peu de choses filtraient alors. De la bouche d'ordinaire si sage de Rubinia ne jaillissait qu'un flots d'injures, dont on peinait à croire qu'elles eurent pour émettrice une demoiselle connue pour incarner « la douceur-même » de son propre aveu. Les plus malins avaient toutefois remarqué qu'elle ne tenait point fermement sa tête de peur de la perdre, et déjà quelques rires se faufilaient parmi les élèves, comme autant de lutins de Cornouailles qui se chargèrent de relayer les vraies informations. Il manquait des cheveux à la fille Poppy, quelqu'un les lui avait dérobé dans la nuit.  « Excellent, songeait alors Clarence qui tenait sa serviette autour de ses épaules. Voilà encore une histoire de philtre d'amour qui va mal tourner »  Ce qui n'était pas sans lui rappeler quelques souvenirs de nature à l'amuser. Mais à mesure que les élèves se partageaient les commentaires et décryptaient les vociférations de la sorcière, on découvrit le pot-aux-roses, et ce fut Rubinia elle-même qui le dévoila, de cette belle voix qu'on ne lui connaissait guère et qui aurait sans doute ému jusqu'au plus desséchés des Immortels :  « C'est encore un coup de Nocturnus le siphonné ! C'est lui qui a envoûté mon coussin ! Je me suis réveillé avant qu'il ne me dévore, et voilà ce qu'il reste de mes cheveux ! »


      Bien évidemment, tous les regards suivirent le doigt de Rubinia qui désignait le coupable qu'elle s'était choisie. Et ce furent autant de paires d'yeux qui vinrent couver le jeune homme de mille questions, accusations et regards incrédules. Clarence suivit le mouvement et demeura un court instant en retrait. Ce n'était pas la première fois que Nocturnus se retrouvait dans une situation semblable, et à vrai dire, il avait parmi les camarades septième année de Clarence, qui s'étaient assemblés auprès de lui, des voix qui s'élevaient pour souligner l'évidence de la responsabilité du siphonné Morguelune dans la tragédie capillaire qui frappait Rubinia. Clarence toutefois ne pouvait se satisfaire des accusations de la demoiselle, d'autant plus que Nocturnus lui opposait un déni catégorique et renforcé de manifestes démonstrations de sa conviction. Il était sans doute temps que le préfet intervînt pour empêcher ces deux jeunes gens de transformer la salle commune de Serdaigle en arène dévolue à leur pugilat. Les aînés d'ordinaire ne se mêlaient guère des problèmes concernant les plus jeunes entre eux, mais Clarence n'était pas n'importe qui au sein de la maison. Et le cas présenté sous ses yeux le touchait d'assez près.


      Tobbias d'ailleurs le lui fit remarquer :  « C'est l'heure ou le preux chevalier entre en scène pour sa dulcinée, hein ? » Clarence lui donna un coup dans l'épaule et lui fit remarquer que sans ses cheveux, Rubinia n'avait plus rien d'une princesse ou d'une reine de beauté. Un brin détaché, un poil sournois, Tobbias se mit à l'abri de toutes représailles et répliqua :  « J'te parle pas de la chauve-souris, hein... » Heureusement pour lui, Clarence s'était déjà avancé parmi les élèves attroupés pour rejoindre Rubinia l'Infortuné et Nocturnus le Malchanceux. Il ne savait trop comment s'introduire dans leur échange, aussi usa-t-il d'un atout qu'il cultivait depuis longtemps : sa grosse voix.


       « Bon ! Je crois qu'il est temps pour vous deux d'abaisser le rideau sur la scène que vous nous faîtes, hein ? Et vous autres, allez lire vos beuglantes et potasser vos cours, ou le contraire, mais ne restez pas là attroupés comme une meute de Gryffondors autour de la coupe de Quidditch ! »


      Rares sont les orateurs à savoir animer les foules et les mouvoir à leur gré. Assurément, Clarence n'était pas encore de ceux-là et quelques minutes, une bonne dizaine, furent nécessaires avant qu'ils ne fussent, tous trois, véritablement tranquilles. Mais il ne perdit guère de temps à attendre, il s'était déjà rapproché de Rubinia comme de Nocturnus. Les cheveux de la malheureuse, s'ils avaient pu parler, auraient sans doute chanté leur souffrance et leur agonie. Profitant du silence qu'imposait entre les deux tragédiens l'apparition d'un potentiel arbitre, ce dernier continua :  « Alors, qu'est-ce qui s'est passé précisément ? Les faits, Rubinia, les faits ! » Même s'il observait poliment la demoiselle, Clarence, du coin de l’œil, surveillait Nocturnus afin de lire peut-être dans ses réactions les signes de la culpabilité ou, au contraire, de l'innocence.
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Mar 5 Jan - 16:01

— J’ai rien capté.

Le regard de Nocturnus se fit quelque peu désespéré. Dans la Grande Salle presque déserte, la demoiselle poussa un soupir plaintif.

— Pourquoi est-ce qu’on est obligés de faire ça en pleine nuit ?
— C’est pas la pleine nuit, c’est le matin.

La Serdaigle pointa le plafond enchanté d’un doigt accusateur.

— Le soleil est même pas encore levé !

Nocturnus haussa les épaules et, avec une solide mauvaise foi, argua :

— C’est l’Écosse, Kate, le soleil se lève jamais.

La vérité, c’est que Nocturnus dormait peu. Quatre, cinq, six heures par nuit lui suffisaient amplement et il consacrait le reste de son temps à bricoler, à explorer ou à lire. Ces derniers temps, la lecture l’emportait sur l’exploration, hélas : les professeurs et les préfets forçaient une observation plus scrupuleuse du couvre-feu, depuis les incidents de l’automne dernier. Les petits camarades auxquels il dispensait, parfois, un savoir généralement incompréhensible préféraient pourtant les grasses mâtinées chères à l’adolescence, tant et si bien que les cours particuliers et particulièrement matinaux de Nocturnus étaient souvent difficiles à vivre.

— Mais si, c’est simple. Tous les sorts ont un pouvoir, une forme, des caractéristiques intérieures et des caractéristiques extérieures. Lancer un sort, c’est donner une forme à un pouvoir qui vient de toi mais dans les enchantements, la genèse formelle de…

Un quart d’heure plus tard, la sixième année avait jeté l’éponge. Ce n’était pas souvent qu’une Serdaigle se sentait bête mais demander de l’aide à Nocturnus pour un devoir sur les enchantements exposait à toutes sortes d’effets secondaires imprévisibles. Ce jour-là, Kate en fut quitte pour une blessure à l’ego et une sérieuse migraine. Alors qu’ils remontaient vers la Salle Commune, où les autres étaient probablement en train de se livrer, la jeune femme marmonna :

— J’aurais besoin d’une aspirine.
— C’est une sorte d’asperge ?
— C’est un médicament. Moldu.
— Comment ça marche ?
— Tu prends, t’avales et ça va mieux.
— Hmm…

Une panacée, en somme. Nocturnus se promit de se renseigner sur cette potion miraculeuse — les Moldus étaient décidément si inventifs — et ils pénétrèrent bien vite dans…

… le chaos.

Nocturnus haussa un sourcil tandis que Rubinia jurait à tour de langue. Un élève de quatrième année encore en pyjama se glissa à côté de Nocturnus pour lui faire un rapport circonstancié. Comme il aimait beaucoup ses propres cheveux, le jeune homme fut porté à la compassion et il murmura, songeur :

— Mes parents font une super potion anti-calvitie, j’pourrais peut-être lui proposer.

Il comprit rapidement que c’était une mauvaise idée. Il faut dire que Rubinia était en train de le comparer à toutes sortes d’animaux au physique peu flatteurs et le « babouin excité de la baguette » sentit les regards accusateurs se tourner vers lui.

— Hé, ho, du calme, Laverne, là…

Heureusement pour lui, cette référence un peu trop érudite et typiquement Morguelune à Laverne de Montmorency, la créatrice de philtres d’amour du siècle précédent et, selon Nocturnus, la pimbêche la plus célèbre de l’histoire de la magie passa entièrement inaperçue. La suite, en revanche, fut malheureusement un peu plus explicite.

— Déjà, d’une, j’ai autre chose à foutre que d’enchanter tes oreillers. J’sais qu’ça va faire mal de l’apprendre mais tout l’monde est pas aussi obnubilé que tu le crois par ton apparence. Ensuite…
— Attends, t’as dit quoi, là ?
— J’peux parler plus lentement si c’est plus facile pour toi…
— Oh, demi-portion, c’est pas parce que t’as l’impression d’être le Merlin de demain que tu peux te permettre de prendre tout le monde de haut.
— Pas tout l’monde, juste toi, crâne de galet.

En somme, le climat n’était pas très propice à la diplomatie et si les doigts de Rubinia ne frétillaient pas encore à côté de sa baguette, c’est que Nocturnus n’avait pas la réputation d’être une proie facile et les quelques légendes qui couraient à propos du Morguelune, du reste souvent infondées, incitaient à la circonspection. L’intéressé, pour sa part, supportait assez mal de se voir ainsi accusé devant tout le monde mais il ne serait certainement pas le premier à s’abaisser en lançant un sort.

La situation n’en aurait pas moins pu dégénérer sans l’intervention d’un préfet à demi-nu (si j’ai bien compris ?). Avec un sens de l’abnégation que la colère ne nourrissait pas peu, Nocturnus parvint à ne pas laisser un regard trop intéressé trainer du côté de Clarence et, dix minutes plus tard, les deux belligérants se faisaient face en rongeant leur frein. Rubinia prit une profonde inspiration et démarra son palpitant récit.

— Hier soir, je me suis fait un masque à l’extrait de mandragore, pour nourrir mes cheveux jusqu’à la racine, et…

Nocturnus poussa un soupir sonore. Rubinia le froudroya du regard. Le gamin haussa les épaules.

— … et, donc, disais-je, je me suis couchée après avoir lu une biographie fas-ci-nante de Cassandra Vablatsky…

Nocturnus réprima à grand mal un second soupir. De la divination. C’était bien le genre de Rubinia, tiens.

— … et ce matin, j’ai été tirée de mon sommeil par une sensation de tiraillement. Je me lève et je sens quelque chose sur ma tête : c’était mon coussin qui avait soudain une bouche gigantesque et qui aspirait mes cheveux les uns après les autres. Je me suis débattue et si Alicia n’était pas intervenue, il m’aurait sans douté tué !

Le jeune Morguelune s’abstint de glisser un « encore raté » que d’aucuns auraient jugé malvenu. Quand le regard de Clarence se posa sur lui pour qu’il donne à son tour sa version des événements, Nocturnus haussa les épaules et se contenta d’un :

— J’ai rien fait.
— Menteur. On sait tous que c’est toi…
— Faut d’mander à Cassandra Vablatsky, elle sait peut-être, elle…


On aurait juré que les oreilles de Rubinia allaient se mettre à siffler comme une bouilloire arrivée à ébullition.

— Non mais sérieux, qu’est-ce que j’irais foutre à enchanter ton coussin, hein ?
— Oh, tu sais, je crois que tout le monde a renoncé à essayer de comprendre ce qui pouvait bien se passer dans ce qui te sert de tête.

Touché. Renonçant à parler à Rubinia, Nocturnus se tourna vers Clarence et demanda :

— Je suis obligé de rester là à écouter des accusations infondées ? Que je sache, elle a pas de preuves…

Bien sûr, il n’entendait pas laisser l’affaire s’éteindre d’elle-même : il avait la ferme intention de mener l’enquête mais, quoique Clarence fût un ami, il se voyait mal dire à un préfet qu’il comptait fureter dans les dortoirs pour retrouver le vrai coupable. 
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Jeu 7 Jan - 0:11

Un masque à l'extrait de Mandragore. Quelle drôle d'idée... Clarence toutefois se garda d'intervenir. Ils n'étaient pas là pour discuter chiffons et onguents de beauté ; par ailleurs il n'était pas expert ès capillarités féminines ; enfin, son statut d'aîné et de préfet l'empêcher d'entrer trop tôt dans la conversation avec des partis pris. Il connaissait Nocturnus, il connaissait Rubinia. De notables affinités l'inclinaient vers le premier, l'état de la seconde le préoccupait. Il l'écouta donc avec beaucoup de prudence et d'attention. Son coussin avait donc bien tenté de lui dévorer la chevelure, d'aspirer ses moindres tifs avec toute la voracité d'un hippogriffe ! Aux accusations de Rubinia, Nocturnus répondit avec beaucoup de nonchalence et sans doute un brin de lassiture. Les petits caprices de la jeune Poppy auraient noirci des pages et des pages si d'aventure un mémorialiste s'était intéressé à la maison Serdaigle de ces dernières années.

Clarence lui-même ne comptait plus les mille et une accusations lancées par la demoiselle, à tort et à travers, à l'endroit de ses camarades qui, le plus souvent, n'avaient rien fait. Il écouta les deux plus jeunes échanger quelques passes encore un peu quand le garçon s'adressa directement à lui. Avec un soupçon d'impatience, le Macmillan observa l'un et l'autre à tour de rôle, puis fixa Rubinia du regard avec un air d'autorité – de la douce et bonne autorité des despotes éclairés ou des autocrates russes-allemandes ; j'ai toujours admiré l'incomparable portrait de Catherine II par Rokotov. Il lui fit un signe de la tête pour l'enjoindre à prendre le large. « Tu devrais aller à l'infirmerie, je suis sûr qu'ils auront de quoi te redonner une chevelure... convenable. »

Parce qu'en l'état actuel des choses, la malheureuse était tout juste bonne à faire la une d'un magazine qui titrerait : « Le coiffeur fou court toujours, la police est impuissante », ou quelque chose comme : « les coiffeurs farceurs s'évadent de prison »... D'abord réticente, un nouvel assaut du septième année suffit à la convaincre. Et pour cause, il la prenait par les sentiments : « Allez, laisse-moi gérer l'affaire, je m'occupe de Nocturnus, il n'embêtera plus les cheveux de personne. » Celui-ci réagit alors, peut-être, et se crut sans doute toujours accusé et déjà condamné avant même l'ouverture d'un véritable procès. Après une dernière remarque acerbe de son crû, Rubinia prit congé et s'intégra au flot mystérieux et continu des élèves qui allaient et venaient dans la salle commune.

Il n'en percevait rien mais Clarence devinait déjà quel sujet de conversation ferait très vite le tour de cette partie-là du château. Quand ils furent seuls, il fit taire Nocturnus en élevant la voix pour couvrir celle du jeune homme. Il ne le croyait pas coupable. Il le savait capable d'enchanter un coussin, mais l'estimait bien trop habile pour avoir seulement doté l'oreiller d'une bouche... capillophage. Avant qu'il ne paniquât ou ne s'énervât, Clarence prit Nocturnus par les épaules et lui confia... un secret. « Eh, ne t'en fais pas. Elle n'a aucune preuve, comme tu as dit, et je crois à ton innocence. En revanche... je devine que tu voudras tirer l'affaire au clair toi-même, et ça... je ne peux l'accepter. Tu te mettrais dans de beaux draps et même je vois d'avance le tableau... cherchant à prouver ton innocence, tu te rendrais coupable d'une autre infraction aux règlements... avouons que c'est un peu stupide ! »

Il se permit un sourire et libéra les épaules de Nocturnus. Ils firent tous deux mouvements vers les dortoirs. « On va enquêter toi et moi. Moi, parce que c'est un peu mon rôle et que je n'ai pas envie qu'un oreille s'en prenne à mes cheveux, un de ces quatre... Toi, parce que tu pourras fouiner plus tranquillement si tu as dans ta main un joker – la carte « préfet », autrement dit... moi. Mais hors de question qu'on manque les cours pour un histoire de cheveux dévorés. On se retrouve au déjeuner. » Et avant que tous deux ne se séparèrent, Clarence lesta le jeune homme de ce conseil évident : « Essaie d'en apprendre davantage, et surtout... évite Rubinia. La vengeance des filles, c'est rarement... enfin bref. »

Plus tard, dans la grande salle de l'école, à table, Clarence - cette fois complètement habillé et le front bruni d'une tache étrange - et Nocturnus se retrouvèrent. Ce dernier vint au plus grand qui partageait son repas avec d'autres élèves de sa classe. Il distingua le jeune Morguelune avant que celui-ci ne manifestât sa présence et l'invita à s'asseoir parmi eux. Puis ils s'éloignèrent de quelques mètres – Clarence ne voulait pas spécialement des yeux de ses camarades pour observer par-dessus son épaule ce qu'il ferait et dirait avec le quatrième année. « Alors, du nouveau ? Rubinia t'a laissé tranquille ? » C'était ce qui le préoccupait le plus, à vrai dire : si en plus de trouver le fieffé farceur il devait se préoccuper des fureurs de la victime du coussin maudit...
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Jeu 7 Jan - 16:32

Les opinions de Clarence et Nocturnus sur la nécessité de respecter le règlement et l’opportunité, au contraire, de l’enfreindre étaient notoirement divergentes et, pour tout dire, le jeune Morguelune avait été un peu déçu que son aîné embrassât avec tant d’enthousiasme le rôle de préfet, qu’il considérait comme une forme de collaboration avec l’ennemi, mais il éprouvait à son endroit une amitié assez sincère pour s’abstenir de rejeter les conseils d’un haussement d’épaules, par ailleurs fermement tenues. Les yeux plongés dans ceux de Clarence, essentiellement pour ne pas risquer de soupeser les pectoraux de son interlocuteur d’un regard lubrique et sans doute déplacé, Nocturnus finit par hocher la tête avec une docilité qui tenait moitié à la conviction, moitié à la diplomatie.

La sollicitude de Clarence le touchait mais, au fond, il n’avait pas très envie de s’embarquer dans une enquête avec le Macmillan lui déplaisait. Nocturnus avait des méthodes toutes personnelles pour régler ses problèmes, qui reposaient sur un mélange d’enquêtes peu conventionnelles et d’indifférence royale, et il craignait que le tempérament plus respectueux de Clarence ne lui mît des bâtons dans les roues. Et puis, il pensait un peu à ce que les autres en diraient. Qu’il avait besoin d’un « grand » pour mener ses propres batailles.

En soupirant, il se laissa tomber sur son lit, une fois arrivé dans son dortoir. L’un de ses amis lança d’un ton rieur :

— Hé, Noct, fais gaffe, ton oreiller pourrait bouffer tes cheveux.
— Nia nia nia nia nia.

Et ce fut sur cette répartie très mature que Nocturnus décida d’aller en cours. Comme à son habitude, ce matin-là, il ne prêta qu’une oreille distraite aux explications des professeurs. Ils débutaient une nouvelle partie du programme, qui appelait une introduction, que Nocturnus jugeait évidente. À la place, il gribouillait sur son parchemin, souvent des croquis pour ses futurs créations, et il ne relevait la tête d’un air distrait que lorsqu’on avait la mauvaise idée de l’interroger. Auquel cas, il donnait une réponse juste, évidemment.

Qui avait bien pu s’attaquer à Rubinia ? À son humble avis, la liste des ennemis potentiels devait nécessairement se superposer au registre complet des élèves de Poudlard mais il y avait peut-être des candidats plus motivés que d’autres. Des Serdaigles, probablement. De temps en temps, Nocturnus jetait des regards circulaires et suspicieux aux membres de sa promotion. Qui, parmi eux, avait une tête de psychopathe fétichiste ? Difficile à dire. Aux yeux du jeune Morguelune, la plupart des camarades de sa maison étaient désespérément conventionnels.

L’heure du repas sonna et ce fut Gros Jean comme devant que Nocturnus se présenta dans la Grande Salle, pour s’asseoir, à l’invitation de Clarence, avec les septièmes années. Quelques minutes plus dire, ils purent débuter leur conciliabule.

— Rubinia ? Ouais.

Nocturnus prit un air faussement terrible.

— Elle tient à la vie.

Puis il esquissa un sourire.

— Je plaisante, hein. J’ai pas appris grand-chose. J’ai réfléchi, c’est tout. C’est un enchantement pas super complexe, à mon avis, à mettre en place. J’dirais qu’un quatrième année lambda pourrait en être capable, avec un peu de motivation, même si c’est pas toujours des flèches. Ça me parait un peu gros pour que ça tombe sur Rubinia par hasard, aussi, j’pense que c’était un attentat plutôt qu’une expérimentation. Si les autres meufs du dortoir avaient pas cramé le coussin, on aurait pu examiner la chose, m’enfin bon…

Les gens n’avaient décidément aucun respect pour le travail des autres.

— J’pense qu’on peut soit jeter un œil sur les registres de la bibliothèque…

Ce qui impliquait de les tirer du bureau du bibliothécaire, certes — maintenant que Nocturnus y pensait, il comprenait que ce n’était peut-être pas tout à fait permis. Il poursuivit quand même à tout hasard :

— … et voir qui a emprunté des bouquins sur des maléfices similaires, récemment. Soit parler un peu aux gens d’la promo de Rubinia, histoire de voir si elle a des ennemis en particulier, j’veux dire, au-d’là du fait que tout l’monde déteste les pimbêches prétentieuses, quoi.

Heureusement qu’il n’y avait pas de procès, parce que Nocturnus ne respirait pas l’innocence.

— Aussi, peut-être que y a eu des essais infructueux avant hier soir mais ça, à part, euh…

Nocturnus s’éclaircit la gorge et prit un air aussi innocent que possible.

— … interroger les elfes de maison qui font les lits…

Et auxquels les élèves, ordinairement, n’étaient pas censés parler — certains passaient derrière toute leur scolarité à Poudlard sans s’interroger sur la nourriture qui apparaissait mystérieusement sur les tables de la Grande Salle, ni sur la propreté des salles de bain ou des dortoirs. Nocturnus, évidemment, à force d’explorations confidentielles et interdites, avait découvert le pot-aux-roses.

— … j’suis pas certain qu’on trouve beaucoup de preuves. C’est pas le maléfice du siècle, du coup, ça laisse pas non plus des tonnes de traces magiques. Bon, on peut aussi aller parler à Rubinia, mais je doute qu’elle me dise quoi que ce soit, à moi. Mais toi, tu peux lui faire ton sourire de gentil garçon, j’suis sûr que ça marche à tous les coups.
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Jeu 3 Mar - 0:40

Le petit – j'insiste – Nocturnus l'amusait. Assis parmi les septièmes années, il en menait bien large, et confiait ses impressions avec beaucoup d'aplomb et de vélocité. Clarence écouta patiemment, observa avec la même vigueur, et conclut d'un revers de pensée qu'il lui serait probablement difficile de concilier son devoir de préfet et les méthodes du rusé Morguelune. Il avait bien assez d'expérience et de flair pour sentir les ennuis qui ne manqueraient pas de le guetter s'il laissait la barre à son complice, mais il ne lui déplaisait pas d'imaginer vers quels écueils de perplexité le conduirait les façons de Nocturnus. Fort heureusement pour eux, toutefois, Clarence avait su dénicher les informations là où son acolyte s'était contenté de creuser le champ de ses réflexions.

Il laissa néanmoins Nocturnus poursuivre, poliment, sans rien perdre de ce qu'il énonçait. Venait-il de suggérer d'obtenir des indices d'une façon en contradiction avec trois points et demi du règlement intérieur de la bibliothèque ? Clarence ne haussa pas même un sourcil, concentré qu'il était, verre d'eau aux lèvres, l'onde glissant de ses lèvres à sa gorge. Pareillement, il ne cilla point quand son cadet mentionna les elfes de maison ; il y avait fort longtemps que Clarence connaissait leur existence et leur rôle dans l'école, de plus il avait été, en tant que préfet, introduit auprès d'eux : dans l'hypothèse improbable et rarissime où apparaîtrait un conflit entre un élève et un des elfes, il y avait un protocole spécial à respecter, bien que celui-ci n'eût plus à opérer depuis bientôt quatre siècles.

Quand Nocturnus termina, Clarence laissa un bref silence s'installer – le temps pour lui d'exhiber son plus beau sourire. « Celui-là ? » dit-il d'un ton de quarterback vedette, bien conscient du chapelet de nourriture qui égayait sa dentition et colorait l'intérieur de sa bouche. Puis, quand l'effet comique lui donna grande satisfaction, il scella ses lèvres et détourna le regard de Nocturnus, bien content de la réaction obtenue. « Bon, d'accord, après un passage par la salle de bain, c'est promis. » Quand on est un jeune homme de bonne famille, on prend soin de son hygiène dentaire, c'est impératif, puisque bonne denture fait bon cheval... Clarence se détacha des autres élèves de son âge, s'écarta pour se retrouver à l'écart, entraînant le jeune homme avec lui – en le poussant du plat de la cuisse, précisément.

« Heureusement que Sherlock a son Watson, hein ? J'ai discuté à droite et à gauche, et crois-le ou non, mais les ragots poussent aux bavardages plus sûrement qu'un sérum de vérité enrichi à la bave de crapustule. » Et sans doute le fils Morguelune comprendrait la valeur de ce propos, lui dont les parents connaissaient à coup sûr les propriétés têtologiques de la bave de crapustule. « J'ai découvert que pas moins de seize personnes ont des raisons d'en vouloir à Rubinia. C'est beaucoup, je sais, mais il me semble que te concernant, des personnes qui auraient des raisons de t'en vouloir, on pourrait en trouver... le triple au moins, non ? » Il avait dit cela sans méchanceté ni reproche, et sa voix témoignait au contraire d'une certaine tendresse admirative et complice. « Mais en ce moment et récemment, concernant notre amie presque chauve, ce nombre se réduit à cinq, ce qui ne nous avance guère, encore que ! Note bien qu'aucun des cinq suspects n'a de raison d'en vouloir à Rubinia spécifiquement pour des questions capillaires... et que cette liste ne repose que sur des témoignages dont une poignée seulement me paraît authentique. »

C'est qu'il en avait reçu, des témoignages ! La plupart toutefois n'était que le relais de rumeurs elles-mêmes grossies d'autres ragots. Clarence écarta son verre d'eau, dans un geste de pur réflexe, et fixa la table en remuant la tête, avant de s'intéresser de nouveau à Nocturnus. « Connais-tu la légende de Cheery ? Cheery Littlebottom ? Non ? Dommage... bref, il y a donc Ysolgrin, Parmela, Henry-James, Steven et Susie. Tu les connais sûrement, non ? » Deux d'entre eux au moins étaient du même âge que Nocturnus. Et Susie comptait parmi les premières victimes des embarras du jeune Morguelune, quand trois ans plus tôt il avait par mégarde enflammé les ongles de la jeune demoiselle – mais celle-ci l'avait bien cherché en venant l'ennuyer pendant qu'il... qu'il expérimentait, selon ses propres dires.

Ysolgrin était la cible préférée des quolibets de Rubinia et de ses complices de moquerie : elle était de tous les Serdaigle la moins digne d'appartenir à la maison de l'Aigle, et de toutes les filles de son âge la moins bien lotie par la Nature. Parmela avait été jusqu'à une date toute récente la meilleure amie de Rubinia, mais suite à un désaccord et à l'intrusion dans leur relation d'une question épineuse et masculine, le « groupe » avait choisi pour Parmela l'exclusion et l'ostracisme. Henry-James n'était qu'un des malheureux soupirants éconduits de la demoiselle. Steven et Susie, quant à eux, frère et sœur, ils nourrissaient contre Rubinia une rancœur inexpiable : celle-ci était responsable du décès ou de la disparition de tous les animaux de compagnie qu'ils avaient en vain essayer d'introduire durablement à Poudlard ; dernier en date, un hibou magnifique et minuscule qu'un dictionnaire avait malheureusement écrasé un soir d'étude. « Comme tu peux le constater, c'est autant de personnes qui ont plus que toi des raisons d'en vouloir à la chevelure de Rubinia. On a assez de temps pour aller à la bibliothèque et fureter un peu. On y va, ou tu as encore faim ? » Pour sa part, Clarence était repu.
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Dim 13 Mar - 14:13

Nocturnus leva les yeux au ciel pour ne pas observer trop longtemps les patates entre les dents de son ami.

— Ouais. T’es un vrai lover.

Cette petite gymnastique labiodentale passée, les deux garçons firent le point sur la situation. Nocturnus tenta bien de glisser quelques protestations d’angélisme mais il devait bien reconnaître qu’à Poudlard, il avait tout à la fois beaucoup d’amis et beaucoup d’ennemis. La rançon du succès. Il ne s’en était jamais beaucoup soucié, du reste, parce que les premiers l’emportaient un peu sur les seconds et que, de toute façon, une prudence élémentaire dictait à à celles et ceux qui nourrissaient éventuellement quelque ressentiment à son encontre de ne pas éprouver de trop près l’ampleur des connaissances magiques du petit Morguelune. Il y avait un consensus tacite que si Nocturnus n’aimait pas les duels, c’était par tempérament bien plutôt que par défaut de compétence.

De toute façon, on ne pouvait pas en vouloir au progrès en marche. Toutes ses maladresses avaient de bonnes justifications. Les exactions de Rubinia, elles, étaient évidemment les preuves d’une profonde et inaliénable méchanceté.

— Ouais, bref, c’t’une sacrée sal…

Le regard de Nocturnus croisa celui de Clarence, le Serdaigle se souvint qu’il devait cultiver sa réputation d’innocence et il termina prudemment :

— … euse. De plaies. Euh… Bref. On va interroger les témoins, c’est plus fun.

Peut-être qu’il ne prenait pas l’enquête très sérieux. Ce qui le préoccupait vraiment, c’était sa réputation et la préservation de la popularité dont il jouissait. S’il avait une façon toute personnelle de cultiver l’affection de ses camarades et s’il paraissait souvent un peu déconnecté de la réalité poudlardienne, Nocturnus n’en était pas moins dépendant de l’approbation sociale. Maintenant qu’il savait que Rubinia était détestée par tant de personnes, le danger lui semblait tout relatif et l’enquête se présentait à ses yeux comme une nouvelle aventure — et une bonne occasion d’échanger des ragots, bien entendu.

— Nan, c’est bon, on y va. On commence par Henry-James, c’est plus dans tes, euh…

Il s’agissait de présenter les choses diplomatiquement.

— Toi et lui vous êtes, disons… Tu vois, quoi.

De gros bourgeois.
Ou à peu près.

En tout cas, ils parlaient le même langage. Nocturnus laissa sa caractérisation s’épuiser dans un haussement d’épaules et les deux jeunes gens partirent se laver les dents, dans l’espoir de retrouver dans la salle commune, si ce n’était dans la salle de bain, le Henry-James en question. Sur le chemin, Nocturnus en profita pour apprendre à Clarence tout ce qu’on n’a jamais voulu savoir sur la meilleure manière d’enchanter des chaussettes fraîches en été, chaudes en hiver, un sujet d’une brûlante actualité avec les beaux jours qui approchaient.

D’ailleurs, même avec une brosse à dents, le jeune Morguelune était capable de vanter les mérites de la cape de voyage métamorphique, un projet qu’il espérait bien faire aboutir dans les mois à venir. Et il parlait, et il parlait, et il parlait…

— ‘Fin voilà, conclut Nocturnus en crachant son dentifrice dans un lavabo.

Après s’être rincé la bouche, il rajouta :

— J’te parlerai des tee-shirts un autre jour.

Comme quoi, il y a du répit pour les braves.

C’est que l’heure était venu de trouver Henry-James. C’était le fils d’un grand banquier moldu, ni terriblement beau, ni terriblement moche, qui avait décidé très vite, en arrivant à Poudlard, qu’être riche dans un monde, c’était être riche dans l’autre. Si les revendications de plus en plus sensibles des Puristes avaient un peu entamé la confiance qu’il avait en son propre avenir dans le monde des sorciers, Henry-James n’en cessait pas pour autant de se comporter comme le roi du monde et d’attendre de ses camarades à Poudlard la même considération servile et intéressée dont il avait été familier lors des premières années de son existence.

En d’autres termes, Nocturnus ne l’avait jamais beaucoup fréquenté. Pour Henry-James, Nocturnus était un illuminé mal élevé qui finirait à Azkaban s’il ne se faisait pas exploser tout seul en tentant d’inventer une nouvelle génération de chaudrons magiques. Peu sensible aux mérites occultes des jeunes sorciers et sorcières, Henry-James était habitué à juger les gens avec des critères, somme toute, irrémédiablement moldus : même après des années à Poudlard, il ne voyait la réussite sociale que dans les domaines qui ressemblaient le plus à ceux de son monde et il avait, pour les sorciers de talents qui ne dirigeaient pas un département au Ministère de la Magie, la même condescendance lointaine qu’il aurait eu pour les universitaires prolifiques mais désargentés.

Il n’était pas le plus populaire des Serdaigles mais, les semaines passées, certains des nés-Moldus s’étaient rapprochés de lui, bon an mal an, dans un mouvement de solidarité qu’imposaient les circonstances. Le petit groupe discutait autour d’une table, dans la Salle Commune. À côté de Clarence, Nocturnus souffla :

— Lui aussi il lui faudrait un coussin dévoreur.

Le cadet tourna les yeux vers son aîné et, une nouvelle fois, précisa :

— J’plaisante. Bref. Il m’aime pas des masses, je crois. Puis j’pige à moitié ce qu’il raconte, du coup… Tu lui parles toi, OK ? Les préfets, tout ça, c’est des trucs qui lui plaisent. Prends un air important.

Et avec un sourire, l’adolescent remarqua :

— Maintenant qu’t’as les dents propres, ça d’vrait aller tout seul.
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Message Sujet: Re: Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]   Mer 16 Mar - 23:29

Au pincement des lèvres de Clarence, Nocturnus dut bien comprendre que le glissement des syllabes ne piégea guère l'aîné des deux Serdaigles. Ce dernier en avait entendu bien d'autres, après tout ! Mais il n'est ni l'heure ni le moment de faire le récit des aventures d'un Macmillan au pays du Vocabulaire de la jeunesse. Cette épopée viendrait plus tard !

« Oui ? » Le sourire de Clarence s'élargit à proportion de l'affaissement des épaules de son jeune ami. Ce dernier n'osait se montrer discourtois, c'était là naïveté touchante et fort mignonne. Le Macmillan avait compris sans peine et ne s'offensait guère de la classification hâtive – ou hâtée – et simple de Nocturnus, il n'avait ni à rougir de son origine sociale, ni même de la diversité de ses amitiés à Poudlard. De plus il comprenait bien qu'il n'y avait dans le constat du jeune homme aucune méchanceté ou jalousie. Tous deux regagnèrent la salle commune, et jusque dans la salle de bain ils demeurèrent ensemble, partageant l'intimité du régulier et rituel brossage de dents. « J'ai des tee-shirts, mais Benedict les a tous fait raccourcir, il prétend que ça me va mieux... sauf que je ne peux plus les porter partout dans l'école, tu vois... »

[...]

« Pas un coussin dévoreur, plutôt une tondeuse. » Clarence croyait se souvenir que les tondeuses étaient des instruments au service de la discipline capillaire moldu ; il lui semblait bien avoir lu quelque chose à ce sujet dans un livre dressant la liste des indispensables accessoires de toilettes du parfait moldu. Mais déjà le préfet s'apprêtait à endosser le rôle du meneur de l'enquête et de l'interrogatoire qu'ils imposeraient à un Henry-James aussi bien entouré qu'un petit marquis de province dans son château ; Clarence roula des yeux. Il adressa à Nocturnus un sourire des plus admirables, de ces sourires qui anticipaient sans le savoir les publicités de la télévision des années 2000. « Ne sois pas jaloux, ton sourire n'est pas mal non plus. Allez, en avant ! »

Henry-James reconnut Clarence avant même que celui-ci n'eût le temps de se rapprocher à moins de trois pas du petit groupe dont il était le soleil. Il fit un signe et accueillit le Macmillan avec une courtoisie toute calculée. Sa suite se taisait, Clarence quant à lui dissimulait derrière lui un Nocturnus qui déjà sans doute s'ennuyait du verbiage d'un suspect tout aussi méprisable qu'inoffensif. « Eh, Clarence ! Tu ne veux pas venir avec nous dans le parc pour un Bernie-Bernie-Bernie ? » Par chance, le Macmillan disposait d'une excuse en béton pour esquiver l'invitation ; non que la perspective d'une petite heure en plein air fût de nature à le refroidir, encore que sans doute les frimas du printemps seraient encore féroces  à cette époque de l'année. Clarence fit non de la tête et afficha un air de pure contrition. « Désolé Henry-James, mais je n'ai pas le temps... tu permets qu'on parle un petite minute ? Le professeur de Sortilèges m'a encore interrogé au sujet des bouts de parchemins qu'il a trouvés sous ta chaise, la semaine dernière... » Comme le préfet s'y attendait, à ces mots l'arrogant et fanfaron né-moldu pâlit et la peau de son visage parut même se craqueler, tel le grès d'une statue oubliée dans le fond de la crypte d'un temple égyptien. « Cela m'ennuie mais bon... j'aurais dû y penser avant d'accepter de devenir préfet... »

Henry-James s'était levé de sa chaise et avait fait mouvement pour entraîner Clarence loin de la table où son groupe demeura attablé, hébété sans doute par ce départ précipité. La manœuvre habile du Macmillan avait fonctionné au-delà de ses propres espérances et Clarence en était bien satisfait. Il gratifia Nocturnus d'un large sourire et  laissa faire. Henry-James les arrêta dans un coin de la Salle commune et repartit d'une voix curieusement moins assurée qu'à l'ordinaire. Il entreprit d'exposer mille et uns arguments en faveur de sa défense, afin de se dédouaner d'une responsabilité plus qu'évidente, et Clarence y mit bon ordre, et un terme, en couvrant sa voix d'autorité : « Oui, bon, d'accord, d'accord, je vais m'occuper du professeur de sortilèges, c'est bon. » Vu la réputation dudit professeur, Henry-James lui devrait une fière chandelle. Clarence ne perdit d'ailleurs pas un instant et le lui rappela. « Par contre il y a quand même une autre histoire te concernant qui me préoccupe... et je ne te parle pas de la salle du cours de Sortilèges, hein... mais je te parle de Rubinia et de ses cheveux.. oui, tu en as entendu parler, hein ? »

Henry-James se renfrogna et surtout reprit de sa superbe. Ce retour à la normale était attendu. « Ouais mais je n'y suis pour rien ! C'est Nocturnus le coupable... tout le monde le dit ! » Il jeta un regard caustique à l'endroit du jeune Morguelune. Clarence demeura de marbre et répliqua : « Pas tout le monde. Plusieurs personnes m'ont dit qu'elles t'ont vu faire des choses étranges ces derniers jours, autour du dortoir des filles, et certaines m'ont même dit que tu pourrais être responsable de... » Henry-James pâlit à nouveau mais cette fois, loin de se ratatiner, il piqua une colère.

« QUOI ? QUI A DIT... QUOI ? »

Mais vu que déjà quelques têtes se tournaient vers eux, il baissa d'un ton.
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Gare à la laine du matin [Nocturnus, Clarence]

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