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 Sangster : Le Courrier du Cœur

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Message Sujet: Sangster : Le Courrier du Cœur   Sam 2 Jan - 15:01



*

— Onésiphore ?
— Trop d’acné.
— Rodolphe ?
— Pas assez de doigts.
— C’est vrai qu’il aurait jamais dû tenter de dépoter cette mandragore malade. Kyle ?
— Il s’appelle Kyle. T’as conscience qu’j’suis en train, genre, de bosser ?
— Hm ?

Le Gryffondor leva les yeux de son roman pour jeter un regard au parchemin de Nocturnus. Elle y lut à haute voix :

— La véritable histoire des trolls à l’époque médiévale ou le trésor caché sous la montagne ?
— Ouais.
— T’as conscience qu’on te demande un essai analytique, pas un conte original ?
— Bah, d’façon, j’vais m’taper une taule, comme d’habitude avec Sangster.
— Elle est sympa, Sangster.
— J’ai pas dit l’contraire. Mais elle me saoule avec son exactitude historique. Le passé, c’est passé.
— Certes.
— Surtout celui-là, il est vachement passé.

Et telle était donc la philosophie qui gouvernait, depuis quatre ans, aux travaux d’histoire de la magie de Nocturnus Syphonorien Morguelune, tant et si bien que les résultats du jeune homme, en la matière, étaient… pour le moins inégaux. Tout au long de l’année, Nocturnus plongeait allègrement dans le catastrophique et il ne fournissait des efforts qu’en fin d’année, pour redresser la barre, attendre la note minimale acceptable et passer sans trop de soucis — si l’on mettait de côté les reproches de sa professeure.

À l’histoire, Nocturnus préférait les légendes. Il avait bien conscience que la première était véritable et les secondes fantaisistes mais, pour un inventeur comme lui, l’irréel comptait parfois plus que le véritable. Pour Nocturnus, le passé était une source d’inspiration plutôt que de connaissances et les histoires des contes et légendes offraient plus d’inspiration que la réalité parfois décevante des guerres gobelines, des mésaventures trolls ou des ministères successifs du dix-neuvième siècle.

Il n’aurait sans doute pas fallu beaucoup d’efforts à Nocturnus pour avoir de meilleures notes dans le domaine : l’intelligence du jeune enchanteur n’était plus à prouver. Hélas, son indiscipline non plus.

— Abel ?
— OK, sérieux, Mel, tu m’saoules.

Nocturnus posa sa plume.

— Tu veux qu’j’te dise quoi, exactement ? C’est quoi ton plan ? Tu m’cites le nom d’un beau gosse et puis… ? Il sera toujours hétéro, moi j’serai toujours lâche et ça avancera pas. Vous commencez sérieusement à m’faire chier avec vos pulsions printanières. On est pas tous obligés de penser qu’à ça, hein.

Nocturnus remballa rageusement ses affaires, fourra le tout dans son sac et quitta la salle de classe désaffectée où Melodiany et lui avaient l’habitude de se retrouver. La Gryffondor le suivit du regard, toute décontenancée. Ce n’était pas la première fois qu’il se mettait en colère contre elle mais c’était toujours difficile à gérer. Elle poussa un soupir.

Bien sûr, Nocturnus avait menti. Il était un garçon, il avait dix-huit ans, c’était le printemps : lui aussi, la plupart du temps, il ne pensait qu’à ça. Et ça lui mettait les nerfs à vif. Voir ses camarades de promotion se bécoter à tous les coins de couloirs et entendre les histoires de plus en plus graveleuses de ses camarades de moins en moins petits, le soir, dans les chambres, commençaient à lui faire invariablement monter les larmes aux yeux. Il se sentait différent mais ce n’était pas le pire : le pire, c’était qu’il était lâche. Incapable de s’assumer. Médiocre, méprisable, indigne, idiot, mina…

— T’as dit la vérité, pour une fois ?
— De quoi ?

Il avait déjà atteint la salle d’histoire de la magie, sans s’en rendre compte. L’un de ses camarades, un Serpentard des plus sympathiques, désigna le tableau, par extension le bureau au fond de la salle, par extension la professeure et le devoir du jour.

— Sur les trolls. La vérité ou la légende ?
— Ah.

Noct haussa les épaules.

— Y a une différence ?

Le Serpentard laissa échapper un petit rire.

— Mec, t’es opiniâtre, on peut pas t’enlever ça.

Et, comme d’habitude, ils s’installèrent tout au fond de la classe. Comme d’habitude, Nocturnus ne prêta une attention que toute relative au cours, sans s’inquiéter de la note sans doute discutable qu’il recevrait pour son parchemin du jour. Occupé plutôt à regarder par la fenêtre qu’à suivre les explications, Nocturnus commençait à regretter de s’être emporté contre Melodiany. Mais il se sentait si… fatigué, si démuni face à lui-même. Maintenant, il avait envie que le cours se finisse, que l’heure du déjeuner arrive et qu’il puisse aller présenter ses excuses à son amie.

Hélas, Mrs. Sangster avait d’autres projets pour lui.
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Sam 2 Jan - 17:36


Le courrier du cœur
Avec Nocturnus Morguelune


Le chapitre le plus long de la 4ème année était sûrement celui des trolls. C'était d'ailleurs un des chapitres qui me passionnaient le moins et cela devait se ressentir dans mes cours. Avant d'étudier la guerre des trolls, j'avais demandé un devoir sur ces créatures et je sentais que cette pile allait être dure à corriger. J'avais un peu de tout dans la classe : de très bons élèves qui participaient le plus souvent possible (ceux-là devaient être au nombre de 2 je dirais dans cette classe), les élèves passifs mais qui me ramenaient de bonnes notes (je pensais à Malia Calloway), les élèves qui se moquaient royalement de ce cours et qui y rattrapaient presque leur nuit (eux étaient les plus nombreux) et enfin ceux qui aimaient dissiper la classe. Autant dire que leur comportement se reflétait assez dans leur devoir et cela m'agaçait d'avance.
J'avais commencé mon cours en ramassant les devoirs. Évidemment, deux avaient "oublié" leur devoir dans leur dortoir. Agacée je leur dis :

- Bien, je les veux avant ce soir 17h dans mon bureau, sinon vous aurez un T !

Et rapidement, je partis vers mon bureau avec la pile de devoirs à la main. Depuis l'attaque de Pré-au-Lard où j'avais été pitoyable, je passais moins de temps auprès des élèves et craignais encore plus leurs remarques. Mais aussi, depuis le baiser avec Seth et avec le départ d'Aiden de ma vie, j'étais beaucoup plus distraite. J'avais l'esprit ailleurs et je perdais mon envie d'enseigner, surtout avec une classe comme celle des 4èmes années. Pourtant chaque jour, je me forçais à sourire, à trouver un sujet susceptible de passionner mes élèves. J'avais conscience que l'histoire des trolls n'étaient pas un sujet plaisant mais pourtant j'essayais de le rendre agréable.

- Bien, maintenant que vous avez travaillé et vu un peu les trolls, que vous avez sûrement étudiés aussi en cours de Soins aux Créatures Magiques, nous allons parler de leur histoire. Prenez vos plumes et vos parchemins s'il vous plait, je vais vous dicter quelques phrases...

Je commençais le sujet, tout en marchant dans l'allée centrale, obligeant les élèves à prendre note les fois où je passais à côté d'eux. La deuxième moitié de l'heure, je leur donnais un travail pour la fois prochaine : aller chercher à la bibliothèque toutes les informations possibles sur la guerre des Trolls et les réunir dans un paragraphe argumenté.

- Vous pouvez commencer dès maintenant avec les connaissances que vous avez déjà. Je vous autorise à échanger avec vos compagnons de table pour vous partager les idées.

Je m'assis à mon bureau alors que les élèves commençaient à parler entre eux. La plupart parlait d'autre chose que leur devoir. Mais je n'y prêtais pas attention et commençais à ouvrir la lettre que j'avais reçu : Lukas, mon frère. Je l'avais re-vu pour les fêtes de Noël mais il y avait tellement longtemps que je voulais le revoir ! On s'écrivait régulièrement et dans cette lettre, il évoquait ces voyages avec Josh. Je souris en les imaginant tous les deux. Ils me manquaient beaucoup. J'entrepris alors de lui répondre et lorsque j'eus terminé, il ne restait que quelques minutes avant la sonnerie et l'heure du déjeuner. Je regardais les élèves un par un, m'imaginant leurs problèmes que, d'habitude, je prêtais attention et essayais de résoudre avec eux. Bien sûr, cela me manquait de n'être pas aussi proche d'eux. Pourtant leurs remarques, leur regard et leurs jugements me faisaient peur.
Mon regard tomba alors sur Nocturnus, le Serdaigle au nom bizarre. Celui-ci me donnait du fil à retordre. Comme tout bon Serdaigle, il était intelligent et créatif. Pourtant il se bornait à ne faire que le strict minimum dans cette matière qu'il semblait détester. Ce n'était pas faute d'avoir essayé de le convaincre de fournir des efforts. Je l'avais convoqué à de nombreuses reprises sans aucun changement de sa part. Et si je retentais l'expérience ? Il n'était pas du genre "méchant" et je ne pense pas qu'il serait du genre à me juger bien qu'en tant que Serdaigle, ceux-ci étaient très fiers et me voir échouer dans un domaine les amuserait surement.
La sonnerie retentit et je pris une grande inspiration.

- Vous pouvez ranger vos affaires, n'oubliez pas votre devoir à me rendre pour la prochaine fois. Monsieur Morguelune ? Vous pouvez venir me voir un instant s'il vous plait...

Je compris sur son visage qu'il craignait encore le pire avec moi. Cela me fit légèrement sourire et je restais assise derrière mon bureau attendant qu'il s'approche.


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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Sam 2 Jan - 21:54

— Je rêve ou elle est en train de répondre à son courrier ?
— Ouais, bon, on s’en fout, elle fait sa vie, quoi. On peut pas bosser, là, sérieux ?

Berdy tourna un regard éberlué vers Nocturnus.

— Qui êtes-vous et qu’avez-vous de Nocty ?
— Non mais bon, là, on est coincés ici, alors autant avancer, ça serait autant de moins à faire en dehors des cours. J’ai une vie, moi, j’vais pas passer mon temps libre à apprendre les aventures des trolls à la con.
— Ouais, ‘fin, en même temps, partager nos connaissances, il en a de bien bonnes, Sangster. J’y connais que dalle aux trolls, moi. J’ai juste recopié trois pages d’un bouquin pour l’essai.
— Tu crains, mec.

Nocturnus sortit son livre d’histoire de la magie et entreprit de le feuilleter : c’est-à-dire que les pages se mirent à tourner toutes seules alors qu’il murmurait « troll, troll » en boucle. Naturellement, le livre du Morguelune, comme la plupart de ses possessions, avait été soigneusement enchanté et il fonctionnait désormais comme une sorte de moteur de recherches version sorcière.

Une heure plus tard, à la fin du cours, malgré toute sa mauvaise volonté, Nocturnus n’avait pas pu s’empêcher d’avancer et son parchemin était couvert de notes. Pour une fois, il rendrait peut-être un devoir à peu près correct — c’est-à-dire assez bon, selon les critères serdaigles. Que Sangster le convoque à la fin de l’heure lui parut donc d’autant plus injuste. C’était bien la peine de se donner du mal (involontairement, certes), si c’était pour récolter les mêmes remarques que d’habitude.

Nocturnus réprima un soupir d’adolescent contrarié mais ne le réprima pas trop non plus, parce que le propre de l’adolescent contrarié est de faire partager sa contrariété à ceux qui ont le malheur de l’entourer. Berdy se permit un petit ricanement discret et glissa :

— Tu vas avoir le droit à un cours particulier sur les trolls. Elle a vu ta passion pour le sujet. T’en as d’la chance.
— Va voir dans les cachots si j’y suis.

Les deux garçons échangèrent un sourire parce que, malgré les piques qu’ils s’échangeaient, ils s’entendaient assez bien et Nocturnus s’approcha du bureau, à pas très lents, un peu comme si on lui avait demandé d’aller nettoyer la cage d’un hippogriffe constipé — une activité, comme chacun sait, ô combien dangereuse. Les autres élèves, eux, s’empressèrent de vider les lieux, pour ne pas courir le risque de se faire aussi harponnés par la professeure d’histoire qui, toute sympathique qu’elle fût, n’en demeurait pas moins une adulte.

Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, la cravate pas tout à fait bien serrée et les cheveux ébouriffés, Nocturnus avait un sens du décorum assez limité. En vérité, sa coiffure déstructurée faisait l’objet d’une soigneuse élaboration, chaque matin, mais étrangement les professeurs ne goûtaient pas cet air négligé. Les adultes sont tellement démodés.

— Si c’est à propos de la chaise qui s’est enfuie la dernière fois, promis, c’était pas moi. En plus, elle boitait. Mes chaises à moi boitent jamais.

Voilà un aveu d’innocence bien suspect.

Nocturnus, qui avait assurément le don de creuser sa propre tombe quand il parlait à un professeur, enchaîna aussitôt.

— Puis si c’est une question de devoirs, sérieux, y en a qu’ont même pas rendu le leur aujourd’hui, moi j’ai fait un truc et tout, bon, peut-être pas un truc comme vous, vous aimez…

Nocturnus n’était jamais ouvertement ni volontairement insolent mais il avait parfois une manière de présenter les choses assez peu respectueuse.

— … mais quand même, c’est bien écrit et tout…

Ça, c’était toujours bien écrit, on ne pouvait pas le lui enlever. Le problème était rarement une question de style.

— … et puis bon, voilà, alors ce serait vachement injuste de commencer à punir. J’ai même fait des recherches, là, tout à l’heure, sur les trolls et les batailles, et tout, alors bon. C’pas pour être désobligeant, hein…

Ce qui n’empêchait pas forcément de l’être.

— … mais c’est pas, genre, non plus, le sujet du siècle. En plus, j’suis les cours de soins aux créatures magiques, alors les trolls, moi, c’est pas, disons, ma grande passion. Ce serait un truc sur les gobelins, je dis pas…

D’un autre côté, les années précédentes, ses essais sur les gobelins avaient tenu plutôt du recueil de légendes, il est vrai tout à fait palpitant, que de l’analyse historique. L’exemple ne jouait pas en sa faveur. Il s’en rendit compte et comprit — enfin — qu’il serait peut-être plus sage de se taire.
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Dim 3 Jan - 1:41


Le courrier du cœur
Avec Nocturnus Morguelune


Le jeune Serdaigle soupira d'avance, craignant déjà pour ce qui l'attendait. Je pris quant à moi une profonde inspiration, croisant les doigts pour ce qui allait suivre. Allez Caro, même si tu n'as pas assuré au marché nocturne, il faut passer à autre chose et avancer. Après tout, je n'avais pas perdu la main avec les élèves et je conservais toujours mon petit côté altruiste.
Nocturnus traînait des pieds et les mains dans les poches, évitait mon regard. Enfin arrivé, je n'eus pas le temps de parler que le jeune homme déballa tout un flot de paroles. C'est ainsi que j'appris qu'il avait ensorcelé une chaise, son devoir était de toute évidence bâclée comme je m'en doutais et il se moquait royalement des trolls.
Alors que mon visage restait impassible et écoutais chaque parole du Serdaigle, je finis par sourire jusqu'à presque éclatée de rire, ce que je retins avec ma main devant ma bouche. Ce garçon était vraiment étonnant.

- Et bien, Morguelune, je suis ravie d'apprendre tout ça et d'entendre votre point de vue.

Reprenant un peu mon sérieux, je passais une main dans mes cheveux et d'un coup de baguette magique refermais la porte.

- Assis toi s'il te plait

C'était étrange comment je changeais mon ton mais aussi la façon de parler. Parfois, c'était volontaire mais d'autres fois, comme ici, ça ne l'était pas. Le fait que je parle du vouvoiement au tutoiement, et d'un ton autoritaire à un ton doux était naturel pour moi.

- J'ai envie de te dire que moi non plus, les trolls, ce n'est pas "ma grande passion", dis-je en marquant les guillemets avec mes doigts. Mais je sais aussi que tu n'as pas beaucoup fourni d'efforts depuis que je t'ai en cours ...

Je ne l'avais en cours que depuis septembre, mais mon prédécesseur m'avait averti sur une lettre les élèves "spéciaux" et Nocturnus en faisait parti. Pas qu'il était dérangeant ni quoi que ce soit, il était juste très têtu et très ... détaché de l'Histoire de la Magie.

- J'espérais que sur ce devoir (je désignais les copies rendues en début d'heure) tu te serais un peu rattrapé...

Je croisais mes mains et tordais la bouche, ne sachant comment aborder. On avait déjà eu cette conversation à deux reprises et toujours aucun changement.

- Tu es un garçon intelligent Nocturnus, et j'aimerais que tu fasses un effort. Chacun en fournit ici, sauf toi... Je sais que tu en as les capacités et tu pourrais avoir de meilleurs résultats si tu t'impliquais davantage et que tu réalisais le travail donné correctement..

J'essayais d'employer un ton doux et conciliant et en même temps ferme et autoritaire. Je ne savais plus vraiment comment lui faire comprendre. Et je n'avais pas très envie de le mettre en retenue pour ça. Il n'empêche que si on devait en arriver là...


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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Dim 3 Jan - 2:04

Ravie d’entendre son point de vue ? Nocturnus eut une moue sceptique. C’était probablement une remarque ironique — il n’était pas toujours très doué pour les décrypter — mais il ne pouvait pas lui en tenir rigueur. Le jeune homme n’avait que rarement une relation proche avec ses professeurs, sauf ceux qui avaient fréquenté ses parents, et encore. En contrepartie, il ne s’offusquait pas quand ces derniers lui parlaient avec une certaine distance ou même un peu d’ironie. À ses yeux, ça faisait partie du jeu, de la nécessaire confrontation qui sous-tendait la relation entre un professeur et son élève. Autant dire que sa vision de la pédagogie n’était pas très saine.

Il s’assit quand même sur la chaise en face du bureau, après avoir laissé son sac glissé sur son épaule et l’avoir posé par terre. Comme souvent, son regard quitta le visage de son interlocutrice pour se promener un peu partout dans la pièce, se poser avec un intérêt rêveur sur les différents objets, même s’il les avait vus cent fois. On aurait facilement pris son attitude pour de la distraction mais, dès que la conversation reprenait, il était évident qu’il n’en manquait rien.

En vérité, son regard ne revint sur sa professeure que lorsque celle-ci désigna le paquet de copies.

— Ouais, mais…

L’adolescent eut l’air songeur. Il se pencha un peu en avant et, très sérieusement, demanda :

— Si j’ai l’impression qu’avoir des meilleurs résultats, ça m’aide pas à progresser dans c’que j’veux faire ? Si j’ai l’impression que faire le travail correctement et faire le travail qu’on me demande, c’est deux choses super différentes ? Parce que c’est pas un lien de… de…

Nocturnus claqua des doigts à la recherche du bon mot, une fois, deux fois, et finit par le trouver.

— De causalité nécessaire, ouais. J’sais pas, mettons que j’ai un prof de potions qui me dit de faire une potion d’une certaine manière, avec telle ou telle quantité, dans tel ou tel ordre, et qu’en fait, je me dis qu’on peut faire mieux, ou non, une potion plus intéressante, différente, avec les mêmes ingrédients mais dans un autre ordre. J’peux faire un meilleur travail mais un travail moins correct.

Et l’infortunée Caroline Sangster découvrait l’une des raisons pour lesquelles son prédécesseur lui avait indiqué Nocturnus comme un « cas spécial » : le gamin avait des raisonnements pour lui entièrement intuitifs, pour les autres souvent assez complexes, et il les formulait comme s’ils relevaient de l’évidence, sans paraître toujours capable de concevoir que les autres avaient besoin d’un peu de temps pour cerner sa vision des choses.

— Je sais bien que selon vos critères, ce que j’écris c’est nul, parce que votre critère d’évaluation, c’est la vérité. Et j’dis pas, genre, qu’c’est une lubie de votre part, mais juste que la vérité historique, elle me préoccupe moins que le futur et le futur, c’est une affaire d’inventions. J’invente des choses plus intéressantes en étant moins proche de la vérité et de l’histoire que l’inverse, non ?

Certes.

— Et puis… et puis… On vit dans un monde qu’est tellement replié sur sa propre vérité passée, avec des gens qui sont perpétuellement obsédé par leur, euh… généalogie, et leur sang, et leur héritage familial, et qui a couché avec qui y a cent-trois ans ou des machins comme ça que l’histoire, sérieux, c’pas contre vous, mais ça commence à m’courir sur le haricot.

Évidemment, il avait conscience de pouvoir exposer librement ses opinions anti-puristes à une professeure fort éloignée de ces idées qu’il jugeait rétrogrades.

— Maintenant, les gens ici, ils ont plus que ça à la bouche, ils sont tous penchés sur leur saga familiale et… et moi, j’étouffe, quoi, à chercher dans l’passé, et les trolls ceci, et le ministre de telle ou telle année, et machin qu’a épousé bidule qui était bien une sorcière. J’suis arrivé dans c’château, et y avait plein de possibilités, et y avait plein de futur, plus de demains, maintenant tout l’monde se préoccupe de son passé, de ce qui est exact, de ce qui est convenable et y a plus de place pour la créativité, et l’inventivité, et les gens comme mes parents et moi.

Nocturnus s’était considérablement éloigné de la question et il n’était que trop évident qu’il avait besoin de parler et qu’il saisissait là l’occasion, somme toute assez rare, d’avoir devant lui une adulte en laquelle il avait confiance, au moins sur cette question-là. Les élèves de Poudlard étaient durement affectés par les récents événements et Nocturnus voyait s’effondrer autour de lui l’idéal sorcier d’un monde libre, étrange et sans cesse renouvelé dont les Morguelune étaient des représentants typiques et qui vivait diamétralement opposé aux conceptions puristes.

Ces derniers mois, Nocturnus avait le sentiment d’avoir perdu beaucoup de l’espoir qui l’avait animé à sa première année, quand il avait découvert, plein d’impatience, ce château dont il avait longtemps rêvé, et se pencher sur les minuties des guerres trolls ne l’aidait manifestement pas à retrouver le sourire.
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Dim 3 Jan - 18:05


Le courrier du cœur
Avec Nocturnus Morguelune


Nocturnus prit le temps de s'asseoir et d'observer minutieusement chaque objet de la salle de classe qui, habituellement, il ne regardait jamais. Prenant un ton doux mais toutefois autoritaire, je tentais une nouvelle fois de lui expliquer mon ressenti par rapport à son attitude en classe mais bien sûr il semblait s'en moquer royalement.

- Si j’ai l’impression qu’avoir des meilleurs résultats, ça m’aide pas à progresser dans c’que j’veux faire ? Si j’ai l’impression que faire le travail correctement et faire le travail qu’on me demande, c’est deux choses super différentes ? Parce que c’est pas un lien de… de… (il claqua des doigts à plusieurs reprises) De causalité nécessaire, ouais. J’sais pas, mettons que j’ai un prof de potions qui me dit de faire une potion d’une certaine manière, avec telle ou telle quantité, dans tel ou tel ordre, et qu’en fait, je me dis qu’on peut faire mieux, ou non, une potion plus intéressante, différente, avec les mêmes ingrédients mais dans un autre ordre. J’peux faire un meilleur travail mais un travail moins correct.

Je soupirais le plus discrètement possible. Oui, c'était ce genre de phrases que je récoltais à chaque fois que je convoquais cet énergumène. Mais il fallait dire qu'il était intéressant. Il avait du répondant, et des arguments. Poliment, je l'écoutais exposer son point de vue, une main sous le menton. Je souris, ce qu'il disait était vrai de toute évidence. Les deux points de vue se discutaient à vrai dire.
Bien, s'il voulait partir dans ce sens, autant l'y pousser. C'était un Serdaigle et de toute manière, il ne manquait pas d'originalité.

- Continue, dis-je pour l'encourager à poursuivre son raisonnement.

Il s'éloigna un peu du sujet principal qui était de rendre un travail correct mais ses paroles me faisaient réfléchir. Ce gamin-là n'était vraiment pas bête. Bien sûr, dans l'époque où nous vivions, les personnes étaient constamment concentrées sur leur sang et leur pureté. Et l'histoire tenait une place fondamentale, encore plus aujourd'hui.
Je l'écoutais jusqu'au bout, réfléchissant à chacune de ses paroles qui résonnaient en moi. Elles me ramenaient à mes "exploits" du marché nocturne. Si les personnes ne pensaient pas qu'à leur sang il n'y aurait pas eu cette attaque, il n'y aurait pas eu ces morts.
Qu'est-ce qu'on allait étudier dans 10 ans ? L'attaque de Pré-au-Lard des Mangemorts ? Ou bien comment l'Ordre du Phénix a échoué dans son objectif de protéger les Nés-Moldus notamment ? A ce jour, l'avenir était incertain mais ce qui était sûr c'est que ce passage serait conservé dans l'Histoire. Sortant de mes pensées, je regardais profondément Nocturnus et posais mes mains à plat sur le bureau.

- Cela t'étonnera peut-être mais, je comprends ton point de vue et le partage... un peu (je souris) Les hommes accordent une importance cruciale au passé et plus précisément au sang de chacun d'entre nous. Mais je pense que c'est pour cela que l'histoire est là. Pour nous reparler les erreurs que l'homme a pu faire notamment. Les trolls n'est pas un sujet passionnant mais je trouve important de savoir qu'on a pu se tromper sur le compte de ces créatures. Même si elles sont bêtes, personne n'a le droit d'être traité comme l'homme a pu le faire. Chaque période de l'Histoire est importante même si tu en doutes et il est important de regarder vers l'avenir, tout en ayant connaissance de notre passé.

Je marquais une pause, laissant mes paroles percuter chez lui. On s'était considérablement éloigné du sujet principal mais j'avais l'impression que pour le moment cela n'avait plus d'importance. Sans s'en rendre vraiment compte, il avait commencé à se confier à moi.

- Tu aimes beaucoup tes parents ?
demandais-je, me souvenant de ses dernières paroles. Ils font quoi comme métier ?


[
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Dim 3 Jan - 21:03

Avant que Caroline ne lui pose des questions sur ses parents, Nocturnus ouvrit la bouche pour rétorquer, du tac-au-tac, aux observations de sa professeure, mais il resta quelques secondes muets, refermer la bouche et détourna le regard, d’un air songeur. L’obstination que le gamin mettait à défendre son point de vue, quand il le considérait comme le point, avait un revers positif.

— C’est pas faux.

Et ce revers, c’était sa capacité à considérer sérieusement le point de vue opposé, quand il était bien argumenté. D’une voix songeuse, il murmura :

— J’avais jamais vu ça comme ça…

D’un autre côté, ce n’était pas très étonnant : il s’était braqué contre la matière dès qu’il avait mis les pieds à son premier cours à ce sujet, à Poudlard, et il n’avait jamais vraiment fait l’effort de lui rendre justice. Caroline avait raison cependant : les récents événements étaient susceptibles de donner un relief tout particulier au passé, quand celui-ci était interprété de la bonne manière.

Il réfléchissait donc sérieusement à cette idée quand la professeure l’interrogea sur sa vie personnelle.

— Hein ?

Pris de court par cette question inattendue, l’adolescent reporta son attention sur son interlocutrice.

— Ben, ce sont les Morguelune du Chemin de Traverse, quoi.

Il avait dit cela comme si tout le monde était censé les connaître et, de fait, pour les sorciers, le nom était rarement tout à fait inconnu. Encore fallait-il avoir grandi dans une famille sorcière ou nourrir un intérêt particulier pour l’art délicat des potions. Nocturnus se rendit compte avec un peu de retard que tout le monde n’avait pas une passion exacerbée pour la botanique et ses applications.

— Ils sont… Ils ont un magasin, sur le Chemin de Traverse, un magasin spécialisé. Ils sont maîtres de potions et botanistes. Mon grand-père aussi, le père de mon père je veux dire, c’est lui qui a fondé ce magasin, après qu’il a rencontré ma grand-mère, l’Auror.

C’était d’ailleurs la raison pour laquelle Syphonorien Morguelune avait quitté la France pour s’installer au Royaume-Uni, une histoire que Nocturnus avait toujours trouvé très romantique.

— ‘Fin bref, oui, j’aime mes parents. Comme tout l’monde, j’suppose. Enfin, j’veux dire, non, bien sûr, mais…

S’il avait bien compris, certains de ses camarades avaient des familles difficiles. Il soupçonnait Clarence, par exemple, de ne pas trouver chez lui un havre semblable à celui de Morguelune, Onguents & Potions, la boutique où il avait grandi. Pour Nocturnus cependant, ces liens familiaux étaient sources d’un grand réconfort. Il ne tirait aucune fierté particulière du sang qui coulait dans ses veines et qui, du reste, n’était pas tout à fait pur, mais il était heureux d’être le fils de ses parents, et le petit-fils de ses grands-parents.

— Mes parents sont cools. Ils sont très, j’sais pas comment dire… Des fois, quand j’entends les gens d’ici parler, ‘fin les puristes, quoi, j’ai l’impression qu’ils ont grandi en prison ou un truc comme ça. Mes parents, ils sont plutôt… tolérants. Ouverts, quoi. Ils voyagent pas mal, ils rencontrent plein d’gens, plein d’créatures magiques aussi. Là, en c’moment, ils sont en Thaïlande et…

Nocturnus avait commencé à parler avec enthousiasme de ses parents. À la mention de leur récent voyage, son visage s’assombrit. Laconiquement, il conclut :

— Ils font des recherches.

Il n’avait pas passé les vacances de printemps à Londres et c’était la première fois de sa jeune existence qu’il restait ainsi tant de mois loin de ses parents. C’était comme si le monde avait tenu à lui montrer que l’époque bénie de son innocence et de son enfance était désormais révolue et qu’il devait apprendre à s’en sortir seul. Tout seul. Nocturnus avait détourné les yeux. À demi-voix, il rajouta :

— J’sais pas quand ils vont revenir…

Seraient-ils jamais en sécurité à Londres ? On avait déjà tenté une fois, l’année passée, de mettre le feu à leur boutique. Il était aussi prêt à parier que sa grand-mère, l’ancienne Auror, avait repris du service, au moins de manière confidentielle, pour lutter contre les sombres projets qui se précisaient. Nocturnus craignait désormais chaque jour de recevoir, avec le courrier du matin, une nouvelle sinistre.

Il ne put empêcher une larme de rouler sur sa joue, suivie bientôt d’une autre. La douceur et la patience de Sangster avaient passé sa défiance et il se laissait aller, un peu malgré lui. L’adolescent renifla et murmura :

— Désolé.

D’un revers de manche, il essuya ses larmes.

— C’est juste, ils me manquent, et puis ça fait longtemps qu’j’les ai pas vus, et puis les nouvelles arrivent pas vite de Thaïlande, alors j’ai plus vraiment… avant, j’pouvais leur d’mander des conseils et tout, mais là, j’suis un peu tout seul, et même mes potes, ils… y en a plein qui changent, parce qu’ils prennent parti d’un côté ou de l’autre, genre Elwan, il est devenu vachement radical, et Aleiya elle est triste et inquiète, ça s’voit, et j’sais pas trop quoi faire, et ceux qui sont pas jusqu’au cou dans tout ça, ils ont juste trop occupés à, je sais pas, draguer les filles et tout, et j’suis pas comme ça, moi, et j’sais pas trop quoi faire.

Arrêter de pleurer ? Objectif raté. Les larmes avaient recommencé à couler. À nouveau, Nocturnus renifla, les ravala, les essuya avec sa manche et poussa un long soupir d’adolescent tourmenté par les vicissitudes de l’existence, sans se rendre compte qu’il en avait peut-être un peu trop dit.
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Mar 12 Jan - 22:49


Le courrier du cœur
Avec Nocturnus Morguelune


- J’avais jamais vu ça comme ça…

De satisfaction, un sourire se dessina sur mes lèvres, heureuse que mon "plan" ait fonctionné. Après maintes convocation, j'avais enfin réussi à entendre une phrase de ce genre sortir de sa bouche, nom d'un Scroutt-à-Pétard ! Car Nocturnus était sans nul doute le Serdaigle le plus buté que j'ai jamais rencontré jusqu'à présent. Pourtant ceux-ci étaient connus non seulement pour leur intelligence mais aussi pour leur ouverture d'esprit, non ?
En revanche, ma tentative d'orienter le sujet sur sa famille marcha un peu moins bien. Le jeune homme reprit son attitude distante et me balança, presque comme si j'étais une de ses camarades :

- Ben, ce sont les Morguelune du Chemin de Traverse, quoi.

Euh... Oui... Comment te dire mon cher ? De un, je n'ai pas fréquenté autant le Chemin de Traverse que toi apparemment. C'est vrai que lorsque j'ai découvert mes pouvoirs, ma tante m'y emmenait régulièrement. Mais depuis ma rentrée à Poudlard, je n'y mettais les pieds que pour acheter mes fournitures. Ce n'était pas un des quartiers du monde sorcier que je préférais. Mais, vu comment Nocturnus en parlait, le magasin de ses parents devaient être connus.
Le Serdaigle consentit finalement à me développer un peu plus cette histoire de magasin. Ainsi ses parents étaient doués dans les potions ? Ce qui, du temps de Poudlard mais toujours aujourd'hui, n'était pas vraiment mon cas. J'essayais tant bien que mal de bosser la matière et j'avais eu des résultats assez correctes pour obtenir mes ASPICS.

- Mes parents sont cools. Ils sont très, j’sais pas comment dire… Des fois, quand j’entends les gens d’ici parler, ‘fin les puristes, quoi, j’ai l’impression qu’ils ont grandi en prison ou un truc comme ça. Mes parents, ils sont plutôt… tolérants. Ouverts, quoi. Ils voyagent pas mal, ils rencontrent plein d’gens, plein d’créatures magiques aussi. Là, en c’moment, ils sont en Thaïlande et…

Je mis mes mains croisées sous mon menton et laissais reposer ma tête dessus, écoutant chacune des paroles du jeune homme. Bien qu'au début il ne semblait pas très à l'aise de me parler de ses parents, il semblait maintenant plus détendu. Ses parents étaient des explorateurs. Intéressant. Mes parents, en comparaison, étaient des Moldus des plus banales, ma mère professeur d'Histoire, mon père à la tête d'un journal. Rien de bien palpitant. Cependant quand le garçon commença à parler de là où ils étaient en ce moment-même, sa voix sembla se casser et, comme alertée, j'enlevais mes mains de sous mon menton et étudiais chacun de ses gestes. Le jeune homme finissait sombrement sa phrase et semblait tout autant perdu dans ses pensées. Et une minuscule larme roula sur sa joue. Je retins mon souffle, et j'allais me lever quand le Serdaigle reprit la parole, argumentant sur pourquoi il pleurait et tant de choses que je n'eus pas le temps de tout saisir à travers ses larmes qui affluaient de plus en plus.
Prise par une envie maternelle surement, je contournais mon bureau rapidement et allais m'asseoir sur la chaise à côté du Serdaigle avant de le prendre directement dans mes bras. Je ne savais pas vraiment comment il allait réagir. Une professeur serrant un élève dans ses bras ? Un peu bizarre, non ? Pourtant, je pensais bien agir, je pensais juste lui donner un peu de réconfort.

- Je suis désolée si ce geste te paraît bizarre, je voulais seulement te donner une épaule sur laquelle pleurait...

Je sentais déjà ses larmes mouillaient mon haut, mais je m'en moquais, tant qu'il se libérait de tout ça. Il semblait de toute évidence vraiment perturbé et avait un besoin urgent de parler. N'ayant pas bien saisi ses dernières paroles, j'attendis que ses larmes et ses tremblements cessent, puis je me reculais doucement, le tenant toujours par les épaules :

- Tu as des problèmes avec certains élèves ? demandais-je d'un ton doux, inquiet et ferme. Tu me parlais d'Elwan ? Est-ce qu'il... te pousse à faire des choses que tu ne voudrais pas faire ?


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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Mar 19 Jan - 15:46

Nocturnus avait bien un peu honte de pleurer mais, au fond, peu lui importait. Pour une fois que quelqu’un prenait la peine de l’écouter, il n’allait pas se priver. C’était injuste et il avait en conscience. S’il l’avait demandé, Clarence, Aleiya et bien d’autres lui auraient prêté une oreille non moins attentive. Mais Sangster était différente : elle n’avait pas son âge, elle était de l’autre côté de la barrière et elle ne serait pas là, le soir, quand il rentrerait dans la salle commune et qu’il devrait faire bonne figure devant ses camarades. Nocturnus trouvait infiniment plus facile de se confier à elle qu’à quelqu’un d’autre, ce qui au demeurant, à cause de sa réserve, ne voulait pas dire qu’il se confiait volontiers.

Le flot de larmes disposait cependant à la sincérité. Le geste d’affection de la professeure ne l’indisposa pas. Chez les Morguelune, les câlins étaient de rigueur et Nocturnus, même s’il ne se vantait pas auprès de ses camarades, avait toujours été le fils chéri de sa môman. L’absence de Municipe pesait lourd dans la vie du jeune sorcier, qui ne s’estimait pas tout à fait assez grand pour voler de ses propres ailes, et même si, entre Caroline Sangster et sa mère, les ressemblances n’étaient rien moins que frappantes, cette présence féminine plus âgée le réconfortait.

Il se redressa quand même et sécha ses larmes d’un nouveau revers de manche, en murmurant :

— Désolé.

Il y avait des limites quand même et Nocturnus travailla à prendre un air plus neutre, même si sa réputation de jeune homme viril et impassible — comment ça, quelle réputation ? — devait désormais être sérieusement compromise.

— Me pousser à faire des choses que j’voudrais pas faire ?

Nocturnus haussa un sourcil perplexe. Il ne se représentait pas très bien ce dont Sangster voulait parler, concrètement. Le radicalisme d’Elwan était une affaire de discours, à coup sûr, et seulement de discours, n’est-ce pas ? Désormais, la question de la professeure avait instillé le doute dans son esprit. Était-il possible que son ami eût des projets plus sombres ? L’équipe pédagogique de Poudlard savait-elle quelque chose qu’il ignorait ?

— Personne me force à quoi qu’ce soit. C’est pas vraiment l’genre de la maison.

Il ne disait pas ça pour fanfaronner : c’était plutôt une constatation. Les récentes tensions à Poudlard avaient ponctuellement mis en valeur le sens de la répartie de Nocturnus et puis tout le monde savait que pour ne pas être très grand, le jeune sorcier n’en était pas moins une encyclopédie ambulante de sorts tous plus étranges les uns que les autres et qu’il valait mieux éviter de lui chercher des poux. Sa vie à Poudlard n’était sans doute pas de tout repos mais le gamin n’avait pas le profil du souffre-douleur.

— C’est juste, j’sais pas… Les gens changent. Avec c’qui s’passe et tout, ‘videmment. Genre Elwan, maintenant, il est super dans l’affrontement et tout. J’ai l’impression qu’il voit le monde en noir et blanc. J’dis pas qu’il a pas ses raisons, hein, c’est juste…

Nocturnus haussa les épaules.

— Ben, moi, ça m’laisse perplexe, ces histoires. J’veux dire, j’suis sang-mêlé, mais j’suppose qu’avec mes parents et mes grands-parents, y a pas mal de gens qu’ont juste supposé que j’avais le sang-pur. En vrai, je m’en fous. J’suis un sorcier, et j’trouve que l’monde sorcier a sa culture, que c’est important et tout, parce que c’est comme ça qu’j’ai grandi. J’suis pas sûr que l’Secret Magique doive être levé ou des trucs dans l’genre. Mais à côté, ben… J’ai l’impression qu’empiriquement, quoi, tout l’monde d’vrait se rendre compte qu’être né-moldu, ça change pas grand-chose à la puissance magique ou à la compétence. C’est, genre, un faux débat. Et les gens parlent que de ça et ça m’saoule. Genre le problème, c’est la pureté du sang. Alors qu’le problème, c’est qu’y a des psychopathes qui s’promènent partout pour zigouiller des gens. Les psychopathes ont toujours une bonne excuse, quand ils sont mégalomanes, j’suppose.

En tout cas, ces psychopathes-là étaient sacrément effrayants.

— ‘Fin bref. Même sans ça, les gens changent. Avant, on déc… on plaisantait entre nous et tout, en groupe et tout, maintenant, dès qu’y a un mec et une fille quelque part, j’ai l’impression qu’la moitié d’la conversation, c’est des non-dits. Ça saoule.

Il ne manquait pas de toupet, quand on considérait qu’il passait parfois le plus clair de ses heures de cours à fantasmer sur tel ou tel de ses camarades, qu’il évitait ensuite consciencieusement de peur que son intérêt puisse se voir.

— Maintenant, mes potes, pour eux, les meufs, c’est d’venu une espèce à part, quoi. C’est super, euh…

Nocturnus haussa les épaules et détourna le regard. D’une voix lointaine, il conclut :

— … frustrant.
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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Dim 14 Fév - 11:29


Le courrier du cœur
Avec Nocturnus Morguelune


Nocturnus ne recula pas pour autant lorsque je le pris dans mes bras. Au contraire, il sembla resserrer mon étreinte et appréciait le geste. Vu qu'il m'avait confié quelques instants plus tôt que ses parents voyageaient beaucoup, il devait s'imaginer que c'était un geste de tendresse qu'aurait pu lui réserver sa mère si elle avait été présente.

Avec ma mère, on n'avait jamais été très « câlins ». En revanche, mon père était un vrai « papa-gâteau » avec moi et dès qu'il y avait un événement important dans ma vie, je pouvais être sure qu'il allait verser une larme et me serrait fort contre lui. Ça ne voulait pas dire que ma mère n'était pas fière pour autant. On avait juste moins de gestes démonstratifs d'affection.

Le jeune Serdaigle se recula et essuya ses dernières larmes avec un petit « désolé » à peine audible. Je secouais la tête, il n'avait pas à l’être. Ça arrivait à tout le monde de craquer. J'en avais eu l'occasion il y a peu de temps auprès de l'infirmière Ebony. Quand on est fort trop longtemps, quand, comme moi, on encaisse de nombreuses choses au plus profond de nous-mêmes, on explose à un moment ou à un autre. Et généralement ce n'est pas beau à voir...

- Me pousser à faire des choses que j’voudrais pas faire ? Personne me force à quoi qu’ce soit. C’est pas vraiment l’genre de la maison.

Le jeune homme ne semblait pas bien comprendre ce que je voulais lui dire. Mais je n'eus pas le temps de lui répondre qu'il enchaîna sans plus attendre sur ce qu'il avait remarqué du monde extérieur. Les gens avaient changé oui... Même moi je me sentais différente depuis cette attaque qui semblait pourtant infime face à la guerre qui nous attendait.

- Je n'ai pas eu l'occasion d'avoir un entretien avec Elwan, mais si ça peut te rassurer je peux toujours le convoquer un jour pour parler de ce changement de comportement...

J'étais presque sûre que le jeune homme allait me supplier de ne pas le faire. Si on me l'avait proposé en tant qu'élève, je n'aurai sûrement pas accepté. Mais comme je convoquais pratiquement à chaque fois des élèves à la fin du cours, ce serait passer comme un parchemin à un hibou !

Le jeune homme parla de ce qu'il pensait de toute cette « histoire », de cette guerre de pureté de sang et je me surpris à sourire. C'était dingue de voir comment il raisonnait et comment il avait vu juste. J'avais un peu l'impression de me revoir à son âge, sauf que tout le monde ne me prenait pas pour une Sang-Pur mais bien pour une Née-Moldue. Au fur et à mesure de ses paroles, je me disais qu'il avait entièrement raison sur tout, et si ces imbéciles de Sang-Pur-et-fiers-de-l'être pouvaient l'entendre... Remarque, tout compte fait je pense qu'ils seraient trop bêtes pour comprendre encore !

Le sujet changea quand je remarquais qu'il se mettait à parler des garçons et des filles. Ah, la 4ème année. Les hormones commençaient à s'agiter et on ne se voyait plus pareil pour certains. Mais pour Nocturnus ça n'avait pas l'air d'être véritablement la même chose.

- Maintenant, mes potes, pour eux, les meufs, c’est d’venu une espèce à part, quoi. C’est super, euh…frustrant.
Nocturnus me parlait avec une telle facilité à présent. Il utilisait même ce langage qu'avaient les jeunes de maintenant. Toujours à mâcher les mots et à les changer. Heureusement que j'étais moi-même un peu « jeune » pour les comprendre. Je souris et répondis :

- A ton âge, le corps change et on pense autrement en effet. Mais, tu ne parles que de tes « potes », pour toi ça n'a pas changé ? Aucune fille de Poudlard ne fait pas battre ton cœur ou te donne cette sensation étrange qu'on ressent quand on est amoureux?

Je me surpris à lui parler comme si c'était mon propre enfant. C'était étrange comment l'instinct maternel pouvait reprendre le dessus.


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Message Sujet: Re: Sangster : Le Courrier du Cœur   Ven 11 Mar - 18:03

— Eeeeeuh...

Noctunurs était reconnaissant de la patience tendre que lui témoignait sa professeure et c'était cette reconnaissance qui l'incitait, pour une fois, à faire preuve d'un peu de tact. Il chercha le moyen poli et diplomatique de faire comprendre à Sangster qu'à ses yeux, convoquer son ami pour le forcer à s'expliquer, c'était une aussi bonne idée que d'apprendre la natation à une chouette dans un fleuve rapide infesté de Strangulots.

— C'est gentil mais je pense que… comment dire ? C'est mieux si… Vous comprenez, entre nous, voilà, on règle les choses, loin des euh…

Vieux ? Non. Adultes ? Mais il était un adulte lui-même ! Plus ou moins. En gros, quoi.

— Profs.

Il avait dit ça avec la même distance zoologique que s'il avait parlé d'un groupe d'oran-outangs qu'il était préférable de ne pas froisser. Pour Nocturnus comme pour la plupart des élèves, les professeurs étaient une espèce à part, le genre d'animaux toujours habillés, qui ne dormaient jamais vraiment, qui n'allaient pas aux toilettes et dont l'âge variait entre trente et soixante-dix ans. Les profs se reproduisaient par pathénogénèse et on les distinguait des êtres humains notamment par leur humour qu'ils étaient les seuls à comprendre.

— Mais c'est gentil, hein. De proposer.

Ça lui rappelait étrangement le jour où il avait dû convaincre son père de ne pas écrire au Préfet-en-Chef de sa Maison pour se plaindre des punitions infligées à Nocturnus. Même si les parents Morguelune savaient que leur charmant rejeton avait un don certain pour s'attirer des ennuis et pousser la patience des autres à bout, ils estimaient que la discipline à Poudlard était trop rigoureuse pour que la créativité des élèves puissent s'y exprimer pleinement. Certaines des réprimandes essuyées par Nocturnus leur paraissaient donc excessives et l'adolescent passait toujours un temps considérable à les convaincre de le laisser régler ses problèmes par lui-même.

Définitivement, il y avait quelque chose de maternelle dans l'attitude de Sangster. Par un effort surhumain de l'intelligence, Nocturnus se mit à la considérer un être humain qui n'était pas qu'un « prof » et il se demanda si elle avait des enfants. Des frères et des sœurs. Ce qu'elle pouvait bien fabriquer pendant les vacances. Certains prétendaient que les enseignants de Poudlard étaient conservés dans des cryptes entre les périodes scolaires et qu'ils s'animaient, comme certaines des statues, à chaque rentrée, mais Nocturnus avait vite compris que cette légende — hélas — était surtout destinée à effrayer les premières années.

En tout cas, il avait botté en touche et la conversation avait repris — elle avait repris, pour son plus grand malheur, sur un terrain un peu glissant. Ils avaient fini par laisser la pureté du sang de côté pour se concentrer sur des préoccupations plus ordinaires d'adolescents et Nocturnus parut soudain un peu nerveux, comme si on venait de le surprendre en train de chercher le chemin des cuisines magiques du château.

La question de la professeure fut accueillie par un long silence édifiant et puis Nocturnus répondit d'un ton prudent, comme si on venait de lui tendre un piège.

— Non, pas vraiment...

La dernière fois qu'on avait été aussi direct avec lui dans une conversation sérieuse sur le sujet, en dehors des boutades de ses camarades, c'était quand il avait éconduit un prétendant qu'il mourrait d'envie d'embrasser en prétendant que les garçons ne l'intéressaient pas. Ce souvenir restait pour lui mêlé de confusion et de honte.

— Y a plein de filles qui sont jolies, bien sûr…

Il avait dit ça du même ton d'observation générale qu'il aurait employé pour affirmer que la Terre était ronde et le jus de citrouille meilleur servi frais.

— Genre euh…

Il se mit à chercher le nom d'une fille de sa promotion dont la beauté aurait fait consensus mais tout ce qui lui peuplait l'esprit, c'était des images d'abdominaux fermes ruisselant de sueur dans les vestiaires d'une équipe de Quidditch.

— J'sais pas. Des filles, quoi.

Il avait recommencé à changer de position toutes les deux secondes sur sa chaise, ce qui achevait de lui donner un air franchement coupable. S'il arrivait à mentir aux professeurs quand on le surprenait en train de rôder dans le château en quête d'un nouveau passage secret, sa vie personnelle était un sujet infiniment plus délicat qui réduisait à néant ses talents de dissimulateur.

Sur la défensive, il tenta de botter en touche et de faire appel à l'esprit intellectuel qui sommeille chez tout bon professeur.

— Mais c'est pas si important que ça, j'veux dire. C'qui compte, c'est les études et tout, non ? Apprendre des choses. Parler avec les gens. Et tout. J'veux dire, qu'est-ce qu'on s'en fiche de rester célibataire toute sa vie ?

Parce qu'évidemment, du haut de sa longue, longue expérience, Nocturnus était fermement convaincu que ses déboires présents dureraient toujours et qu'à défaut de pouvoir se rouler tout nu dans le foin avec de musculeux botanistes, il finirait son existence avec trois hiboux, deux chats et une belle collection d'artefacts magiques.

Mais comme il était populaire et qu'il n'était pas particulièrement difforme, il était difficile de croire que ses perspectives de célibataire fussent le produit d'un manque d'opportunités. Il avait beau tenter de le dissimuler sous de nobles sentiments d'abstraction, une chose était évidente à sa réaction : Nocturnus, les filles, ça ne l'intéressait pas.
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